De passage à Jonquière pour le Festival des musiques de création, Raôul Duguay s’est permis une rétrospective sur son parcours.

Raôul Duguay, l’infatigable créateur

80 ans, une centaine de toiles, 18 disques et autant de livres et, surtout, un hymne folklorique dédié à sa région natale devenu un emblème de la chanson québécoise. Le parcours de l’auteur de La Bitt à Tibi, Raôul Duguay, n’a pas pour autant fini de s’écrire. Alors que la dernière édition en mai du Festival des musiques de création (FMC) présentait Ode à l’Infonie, oeuvre maîtresse du curriculum du poète de Val-d’Or, Le Progrès a profité de son passage à Jonquière pour un entretien.

Le coloré chanteur, qui revêt un costard qu’il a lui-même fabriqué (et dont l’esthétique est à la hauteur de son imagination), raconte d’entrée de jeu sa dernière virée au Saguenay-Lac-Saint-Jean. « C’était pour l’hommage à Arthur Villeneuve, où j’avais interprété mon plus grand succès avec l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais j’ai des liens particuliers avec la région. C’est à Chicoutimi, plus particulièrement au Petit Séminaire, que j’ai pogné la diarrhée de la poésie » se remémore l’omnicréateur, dans un style qui lui est propre, teinté d’ouverture et livré avec une lucidité déconcertante.

Ayant toujours son mot à dire à propos de la créativité, Raôul Duguay encense la génération qui tient bien haut le flambeau artistique, comme l’ensemble 333ToutArtBel qui a livré un hommage à l’oeuvre multidimensionnelle qu’il a créée avec la musique de Walter Boudreau, dans leur formation l’Infonie.

Accessible et lucide, le poète abitibien possède un univers coloré, au leg important.

« L’art, c’est à mon sens la seule innovation qui se réinvente à travers le temps, une constante lecture nouvelle du monde. Que ces jeunes revisitent cette épopée, qui à ce que je sache demeure la seule à offrir un menu musical et artistique aussi complet (musiques jazz, progressive, rock et classique mêlées à la danse, la poésie et l’art visuel) est un parfait exemple de cette pérennité. Ça perpétue le concept qu’on avait à l’époque : “toutte est possible, toutte est dans toutte, et toutte est au boutte ! ” » ricane l’icône de la contre-culture québécoise. Il souligne au passage l’incroyable contribution du FMC à l’éveil musical des Saguenéens depuis près de 30 ans ; c’est d’ailleurs à l’invitation de son ami André Duschene, fondateur du festival et directeur artistique de la dernière édition, qu’il foulait le sol jonquiérois.

Livrant un historique de la philosophie derrière l’Infonie sans aucune digression, Raôul Duguay prône toujours les valeurs créatives d’il y a 50 ans, qu’il considère comme inchangées malgré l’avènement du numérique. « L’Infonie, c’était la symphonie de l’infini à l’intérieur de nos perceptions, qui, avouons-le, étaient en mode exploratoire en raison des substances de l’époque. Une ouverture totale, tous azimuts, à tout ce qui est possible. On était en plein Refus global, on castrait nos libertés et censurait notre sexualité ; on exigeait simplement d’être nous-mêmes » rappelle l’auteur-compositeur-interprète, en prenant toutefois soin de préciser que la méditation était le principal médium afin d’entrer dans ces modifications de la conscience.

« C’est une vraie défonce, aux conséquences absentes à comparé des drogues, ce qui explique pourquoi je suis encore ici pour vous parler » rappelle Duguay, qui avoue pratiquer assidument cette forme d’évasion.

Un peu à l’instar de ses créations, Raôul Duguay se revisite avec bonheur et étonnement.

Un peu à l’instar de ses créations, Raôul Duguay se revisite avec bonheur et étonnement. Toujours apôtre de liberté, de plaisir ainsi que d’émancipation, le sympathique déjanté prévoit, fidèle à son parcours, continuer d’émerveiller.