Québec Issime cartonne sur Facebook

Les concerts LIVE offerts chaque soir par la troupe Québec Issime, depuis le 17 mars, connaissent un succès qui étonne même ses artisans. Tant le volet junior que celui qui réunit des artistes aguerris, certains connus, d’autres qui mériterait de l’être, génèrent de 6000 à 8000 visionnements en direct, sans parler des visites effectuées ultérieurement, via sa page Facebook.

« Ce projet a débuté lorsque Mélanie Fortin, la conjointe du directeur artistique Pierre Doré, lui a lancé un défi dans le contexte de la pandémie. Il a alors contacté ses amis, ainsi que des membres de la grande famille de Québec Issime, afin qu’ils présentent des spectacles chez eux. La participation a été surprenante. On a été dépassés par les événements », a raconté Suzanne Richard, directrice de production, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Chaque soir, rendez-vous est pris à 20h 30, et il en sera ainsi jusqu’à la fête des Mères, au minimum. Pendant une trentaine de minutes, parfois davantage, on entre dans l’intimité d’un artiste.

Chaque soir, rendez-vous est pris à 20 h 30, et il en sera ainsi jusqu’à la fête des Mères, au minimum. Pendant une trentaine de minutes, parfois davantage, on entre dans l’intimité d’un artiste, parallèlement à son univers musical. Chacun étant libre de ses choix, qui n’obéissent à aucune considération mercantile, ces séances possèdent des accents de vérité qui compensent la qualité variable du son et de l’image.

C’est l’occasion d’entendre Marc Hervieux chanter doucement l’hymne de Louis Armstrong, What A Wonderful World, de découvrir une version de la chanson I Got You Under My Skin signée Tim Morgan, en mode piano solo, et de voir son collègue Gilles Hamel réveiller le souvenir de Yves Montand avec À bicyclette. La palette de goûts est large, confirme Suzanne Richard.

« Les gens ont carte blanche et, jusqu’à maintenant, on a eu du rock, de la pop, du blues, du jazz, des chansons françaises et québécoises, des covers et des compositions originales. On va dans plein d’univers », se réjouit-elle. Cette diversité a pour effet d’élargir le public traditionnel de Québec Issime, formé pour une bonne part de personnes âgées de 55 ans et plus. Les jeunes aussi y trouvent leur compte.

Pas si évident

On pourrait croire que les artistes l’ont facile, eux qui peuvent chanter devant des centaines ou des milliers de spectateurs, sans perdre leurs moyens. Or, il n’est pas si simple de participer à la série LIVE, même dans le confort de son salon. Pour certains, le premier obstacle est d’ordre technique. Tous ne sont pas doués pour le pitonnage, ce qui a amené la troupe à préparer des tutoriels à l’intention de ses collaborateurs.


« Chaque soir, on leur confie l’équivalent d’un premier rôle. »
Suzanne Richard

Il faut également chanter et jouer d’un instrument de musique pour un public invisible. Ça non plus, ce n’est pas habituel. « Les artistes performent devant des gens. L’art qu’ils pratiquent est un art vivant, alors qu’on leur demande de s’adresser à un petit téléphone, sans interaction directe, ce qui peut devenir une source de stress. Ils y prennent goût, cependant. Certains sont ainsi rendus à leur deuxième participation. C’est le cas de Gilles Hamel, Tim Morgan et Philippe Berghella », indique Suzanne Richard.

Pour ceux qui chantent dans les revues musicales de Québec Issime, où l’individu est mis au service du collectif, la série offre l’opportunité de briller autrement, fait valoir la directrice de production. « Chaque soir, on leur confie l’équivalent d’un premier rôle et on découvre des talents qui, jusqu’alors, n’étaient pas ressortis, mentionne-t-elle. Certains se dévoilent par le biais de compositions originales, alors que d’autres vont s’imposer un défi, comme de jouer du ukulélé pour la première fois. »

La formule a généré tant de bonnes vibrations que les plus jeunes ont souhaité apporter leur contribution. Ainsi est né le volet junior, des concerts tenus les jeudis et dimanches à compter de 19 h 45. Le premier à se lancer fut Marc-Olivier Bergeron, membre de la distribution de Décembre.

« La réaction des gens nous a incités à continuer. Les spectacles durent de 15 à 20 minutes et là aussi, nous donnons carte blanche aux participants. Dans bien des cas, leurs parents sont eux-mêmes des artistes. Il leur arrive de les accompagner en tant que musiciens », précise Suzanne Richard.

Chez les adultes, la prochaine occasion de vivre l’expérience LIVE se présentera le 25 avril, à 20 h 30. L’invitée sera Anaïs Vanessa, tandis que le lendemain, toujours à la même heure, la chanteuse Sylvie Tremblay, originaire de Kénogami, se rappellera au bon souvenir de ses fans. En lever de rideau, si on peut dire, une jeune interprète originaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Léa-Kim, se produira à 19 h 45, dans le cadre du volet junior.

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UN OEIL SUR L'AVENIR, UN OEIL SUR LE CASINO 

L’expérience menée ce printemps, par le biais des concerts LIVE, nourrira la réflexion engagée parmi les artisans de la troupe Québec Issime. Ces échanges menés à l’interne portent sur ses perspectives d’avenir et, plus globalement, celles de l’industrie du spectacle. Il y a longtemps que celle-ci est exposée à des vents contraires, en effet. La crise du coronavirus n’a fait qu’accentuer une tendance lourde.

« Nous voulons demeurer actifs et c’est pourquoi nous cherchons d’autres formes de diffusion. Il faut s’adapter à la nouvelle réalité, notamment celle qui suivra la pandémie. Il est clair que rien ne sera pareil », fait remarquer Suzanne Richard, directrice de production au sein de la compagnie saguenéenne.

En attendant d’identifier les créneaux qui supporteront l’action de Québec Issime pendant son deuxième quart de siècle, quelques certitudes émergent. Parmi ces ancrages qui ont le mérite de rassurer, on note l’esprit qui anime les membres de l’équipe.

« Ce qui compte, c’est le fait que nous formons une famille et que nous nous serrons les coudes pour avancer, ce qui est le cas présentement avec la pandémie. C’est de cette manière que nous allons passer à travers de la crise. En 25 ans, nous avons vu beaucoup de choses. Nous pouvons virer sur un dix cents », énonce Suzanne Richard.

Une autre constante a été réaffirmée à la faveur des concerts LIVE, soutient la directrice de production. « Le public ne nous a pas lâchés, en dépit des circonstances. Il a même grossi », avance-t-elle, en s’appuyant sur la popularité des spectacles diffusés par le truchement de Facebook.

En août ?

Dans l’immédiat, cependant, la question la plus brûlante porte sur le séjour que le spectacle De Céline Dion à la Bolduc doit effectuer au Casino de Montréal, du 5 au 29 août. Ce serait le premier de la troupe à cet endroit, un nouveau partenariat laissant entrevoir de jolies retombées. Or, il n’est pas clair que ce rendez-vous sera maintenu, du moins aux dates prévues.

« À l’heure actuelle, c’est sur pause. Comme les spectacles en salle n’ont pas encore été annulés pour le mois d’août, nous attendons les prochaines directives du gouvernement, tout en nous montrant réalistes », affirme Suzanne Richard. 

À ses yeux, en effet, plusieurs facteurs militent en faveur de la prudence. « Nous devons faire attention à nos artistes qui, parfois, entrent en contact sur la scène, signale ainsi la directrice de production. Nous savons également que notre public est vulnérable, lui qui est âgé de 55 ans et plus. »