Niagara avait offert une prestation à La Baie, dans le cadre du 150e anniversaire de la région.

Que sont les Français devenus?

CHRONIQUE / Qu’ont en commun Bérurier Noir, Niagara et Renaud? Ces grosses pointures de la scène musicale française ont donné des spectacles au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il y a une trentaine d’années. Qui plus est, leurs fans de la région ont pu les voir à un moment où leur carrière était florissante dans l’Hexagone. Que ce soit au sein de la mouvance punk, de la pop ou du folk engagé, chacun possédait un statut particulier, celui qu’on réserve aux têtes d’affiche.

Quand on y pense, ça fait rêver. J’ai couvert le spectacle que Bérurier Noir avait donné au Théâtre Palace Arvida, qui affichait complet. J’ai aussi vu Niagara à Roberval, dans le cadre de la Traversée du lac Saint-Jean, de même qu’à La Baie, sur la scène extérieure du 150e anniversaire de la région. J’ai aussi réalisé une entrevue téléphonique avec Renaud, qui s’apprêtait à jouer chez nous.

À la même époque, Francis Cabrel faisait son tour régulièrement, tout comme Julien Clerc et quelques chanteurs de charme qui, eux, provenaient souvent de la Belgique. Bref, il était naturel d’accueillir des artistes européens s’exprimant en français, et ceux-ci attiraient des foules conséquentes. Or, les incursions sont devenues épisodiques. On a plus de chance de voir un cardinal dans sa cour qu’une vedette française dans nos salles.

Oui, il y a eu La Grande Sophie au Côté-Cour de Jonquière, Arthur H à la salle Michel-Côté d’Alma et Patrick Bruel au Théâtre du Palais municipal de La Baie, de même que Rachid Taha et Alpha Blondy au Festival international des Rythmes du Monde, mais la liste est trop courte pour ne pas susciter une interrogation. C’est comme si le Québec réel, hors de la bulle montréalaise, avait perdu le contact avec les émules de Charles Aznavour.

Il est vrai que la chanson française est disparue des radios commerciales, alors que celles-ci lui faisaient bon accueil à l’époque où Bashung chantait Vertige de l’amour. Seul le marché de la nostalgie fonctionne encore, mais peu à peu, la source se tarit. Si ce n’était que du Festival de la chanson de Tadoussac, qui travaille fort pour attirer de gros noms (Juliette Greco, Dick Annegarn), ainsi que les valeurs montantes, on pourrait croire que la France qui chante a cessé de nous enchanter. Daniel Côté