Les cinéastes Alexandre Rufin, Caroline Fillion, Carl Morasse et Priscilla Vaillancourt viennent de recevoir une aide de la bande Sonimage, un centre de soutien et de production basé au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Chacun planche sur un projet de film qui se concrétisera à l’intérieur d’une fenêtre de deux ans.

Quatre projets appuyés par la bande Sonimage

Quatre films viennent de recevoir l’appui de la bande Sonimage. L’un d’eux, le long métrage d’Alexandre Rufin, intitulé Nanook 2022, bénéficie d’un soutien centré sur la postproduction, tandis que Priscilla Vaillancourt, Caroline Fillion et Carl Morasse ont reçu des bourses d’aide à la création. Celles-ci ont pour objet de favoriser la naissance des films Dans l’adversité on s’attache, Big Bang!?#$*Sacré&#?! et À la poursuite du monde.

«Nous offrons des bourses à la création depuis 2011, ce qui comprend des cachets, ainsi que l’accès gratuit à des équipements. Ce qui est nouveau, c’est l’ajout d’une aide à la postproduction. Elle aussi est attribuée à des artistes originaires du Saguenay-Lac-Saint-Jean», a souligné la directrice de la bande Sonimage, Claudia Chabot, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Le soutien accordé épouse différentes formes. En plus de l’impact direct sur le cheminement des projets, il faut ajouter l’effet de levier, fait valoir l’administratrice. «Comme les dossiers sont évalués par un jury de pairs, ça aide à faire lever le financement», énonce-t-elle. C’est ce qu’illustre le cheminement de deux des cinéastes sélectionnés cette année, Carl Morasse et Caroline Fillion.

Le réalisateur d’À la poursuite du monde vient de recevoir un gros coup de pouce du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), par le biais d’une bourse de création en cinéma vidéo. «On m’a confié 40 000 $, alors que le budget de tournage est évalué à 60 000 $, et je crois que le soutien de la bande Sonimage a joué un rôle là-dedans. Il s’agit d’une belle marque de confiance», se réjouit-il.

Son étonnement est d’autant plus grand que ce projet est difficile à caser à l’intérieur d’un formulaire. Il consiste en un documentaire pendant lequel un jeune inuit du Nunavik, Adamie, participera à sa première expédition de chasse au béluga. Au préalable, il sera guidé par son grand-père, un sage qui l’initiera au chamanisme, tout en lui enseignant que le sacrifice d’une vie animale constitue un privilège dont on doit se montrer digne.

«Je vais filmer ça en juillet 2020, pendant un séjour d’un mois au Nunavik. Ce sera du cinéma direct, l’occasion de présenter des Inuits contemporains et de faire connaître la dimension culturelle de la chasse aux bélugas sous l’angle de la transmission. J’ai en tête la trame du film, mais sur place, on ne sait jamais ce qui peut arriver», laisse entrevoir Carl Morasse.

La destruction créative

De son côté, Caroline Fillion a vu le Conseil des arts du Canada lui accorder un montant de 25 000 $. En additionnant l’enveloppe de 2000 $ provenant de la bande Sonimage, ce qui couvrira une partie des cachets, de même que l’équivalent de 15 000 $ en services, elle sera en mesure de procéder au tournage de son court métrage à l’automne. Celui-ci épousera une facture expérimentale, sous le thème de la destruction créative.

«On parle souvent de la mort de l’art, mais je crois qu’il se réinvente constamment, un phénomène que je compare au Big Bang. Pour l’illustrer, je fabrique des maquettes représentant six musées d’art contemporain, dont le Pompidou et le MOMA. Je les ferai ensuite exploser en recourant à des feux d’artifice. Ce sera filmé au ralenti et je veux voir si ça produira de jolis effets, genre des fleurs qui poussent», indique la cinéaste.

Quant à Priscilla Vaillancourt, elle créera un court métrage de fiction baptisé Dans l’adversité on s’attache.

«Elle a une pratique en art numérique, mais cette fois-ci, son projet touche le cinéma. L’aide que nous lui avons accordée lui permettra de peaufiner le scénario et de réaliser le film», rapporte Claudia Chabot.

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RENCONTRE DE DEUX MONDES AU NUNAVUT

Grâce au soutien à la postproduction provenant de la bande Sonimage, Alexandre Rufin a amorcé le montage de son premier long métrage, le documentaire Nanook 2022. Appuyé par un monteur professionnel, il a revu 50 heures de film captées dans le Nunavut afin de produire ce qu’on appelle une rough cut. Sept heures d’images ont survécu, ce qui permet d’entrevoir à quoi ressemblera l’oeuvre finale, d’une durée de 90 à 120 minutes.

«On aura de quoi d’aérien, d’immersif, en même temps qu’un film choral. Je viens d’ailleurs de rencontrer Pascal Beaulieu, qui composera la bande sonore. J’anticipe quelque chose de planant, presque transcendantal», a raconté le cinéaste mercredi, lors d’une entrevue accordée au Progrès. Pour comprendre d’où vient cette impression, il faut savoir que le film montrera la rencontre de deux Suisses avec de jeunes Inuits. Ensemble, ils ont participé à une expédition sur l’île de Baffin.

Témoin privilégié de cette aventure, Alexandre Rufin a vu les Européens découvrir de quelle manière leurs vis-à-vis pratiquaient la chasse et la pêche traditionnelles, comment ils tannaient des peaux de phoques et d’autres formes d’artisanat. Il est aussi question du regard qu’ils portent sur leur territoire, lequel impose une présence que reflétera Nanook 2022.

«T’as l’impression d’être sur une autre planète, ce dont témoignent les vues aériennes. On perçoit également les effets du réchauffement climatique, notamment dans une baie où s’échouent des icebergs. Avant, ça n’arrivait pas», souligne le cinéaste. Il définit son long métrage comme un hommage à la ténacité des humains, à ce désir irrépressible qu’ils ont d’explorer des régions peu hospitalières, de se dépasser constamment. Son voeu est de le sortir en 2020, mais il y en encore loin de la coupe aux lèvres.