La nouvelle marionnette de La Tortue Noire effectuera ses premières sorties publiques mardi. Elle est manipulée par Patrick Simard, Anne-Louise Imbeau, Sara Moisan et Martin Gagnon, qui l’accompagnent sur cette photographie.

Quand une marionnette se promène en ville

Imaginez quel enfer serait votre vie si vous aviez quatre cerveaux distincts, chacun ayant le pouvoir de contrôler un bras, une jambe, le tronc ou la tête. Telle est l’expérience qu’ont menée quatre marionnettistes dans les dernières semaines, à l’initiative du théâtre de La Tortue Noire. Ils avaient pour tâche de manipuler une marionnette grandeur nature en vue d’une initiative baptisée L’Autre dans la cité.

Elle se déploiera du 20 au 22 mars, dans les centres-villes de Jonquière et de Chicoutimi. Appuyée par le Festival international des arts de la marionnette, cette série d’interventions amènera les interprètes à improviser, puisqu’ils seront plongés dans des situations qui échappent à leur contrôle. Il n’y aura pas de scénario, en effet. Juste des bouts de vie, des rencontres impromptues ayant pour but de célébrer la Journée mondiale de la marionnette.

« Nous voulons surprendre les gens en nous rendant, chaque jour, dans une douzaine de lieux. L’idée consiste à piquer la curiosité en faisant vivre une marionnette dans cette ville qui est membre de l’Association mondiale de la marionnette. Nous savons qu’il va arriver des choses imprévues, mais nous ne voulons déranger personne », a souligné le directeur artistique de La Tortue Noire, Dany Lefrançois, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce jour-là, l’équipe complétée par les marionnettistes Sara Moisan, Martin Gagnon, Patrick Simard et Anne-Louise Imbeau répétait dans la salle Marguerite-Tellier, voisine de la bibliothèque municipale de Chicoutimi. Le prototype développé par Mylène Leboeuf n’était pas beau, mais il avait l’immense avantage de se mouvoir aisément, comme l’ont illustré quelques promenades et sauts au ralenti exécutés sous l’oeil attentif de Dany Lefrançois.

Ceux qui devaient se tenir à genoux pour tenir les jambes avaient du mérite. Néanmoins, les mouvements étaient réussis, presque gracieux par moments. « Nous sommes en train de développer un langage, et peut-être qu’un jour, une ou deux personnes suffiront pour animer la marionnette », a mentionné Sara Moisan à la fin de l’exercice.

Elle et ses camarades tentent de prévoir tout ce qui peut être prévu, des gestes comme l’ouverture d’une porte, des pas de danse ou le simple fait de s’asseoir à un bar. Le défi, bien sûr, sera de se mouler aux conditions ambiantes, forcément changeantes. Un chien pourrait surgir. Un enfant soit turbulent, soit apeuré. La liste est infinie comme la vie.

« Le plus dur sera d’improviser, confirme Sara Moisan, qui est aussi directrice générale de La Tortue Noire. Par contre, nous arrivons à produire des mouvements clairs. La coordination est bonne. » Plus les gestes seront fluides, plus il sera facile de générer des interactions avec les gens, ce qui représente l’un des objectifs de la compagnie. La marionnette sera habillée, comme on s’en doute, mais on maintiendra un flou artistique en ce qui touche son âge, sa personnalité ou son sexe.

Les citoyens qui la croiseront seront invités à partager cette expérience sur Facebook et Instagram en utilisant le mot-clé #lautredanslacité

Ce projet est aussi parrainé par l’Association des centres-villes de Chicoutimi, la Corporation Centre-ville de Jonquière, la Caisse Desjardins de Jonquière, le conseil d’arrondissement de Chicoutimi, ainsi que la Fabrique culturelle.

C’est le genre de scène qui se répétera mardi et mercredi, à Jonquière et à Chicoutimi, alors que Sara Moisan manipule une marionnette grandeur nature sous l’oeil de sa consoeur Anne-Louise Imbeau.

La prochaine création: L'Ogre, de Larry Tremblay

La marionnette grandeur nature utilisée dans le projet L’Autre dans la cité reprendra du service prochainement. Peu après ses pérégrinations à Jonquière et Chicoutimi, elle sera intégrée à la prochaine création du théâtre de La Tortue Noire. Il s’agit d’une adaptation de L’Ogre, une pièce écrite par le dramaturge Larry Tremblay.

«J’ai découvert ce texte à l’occasion d’une activité de La Rubrique consacrée au théâtre à risque. J’ai été impressionné par la puissance de ce personnage qui, à lui seul, parvient à faire vivre un monde par la parole», a fait remarquer le directeur artistique de la compagnie, Dany Lefrançois, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

La version de La Tortue Noire fera toutefois de ce monologue une pièce portée par différents personnages, révèle la directrice générale Sara Moisan. L’équipe planchera sur ce chantier en juin, et comme on s’en doute, l’expérience acquise dans le cadre de L’Autre dans la cité constituera un précieux atout. «Le temps que nous prenons pour pratiquer avec la marionnette va servir à ce moment-là», souligne-t-elle.

Ceux qui connaissent la compagnie savent qu’elle préconise le théâtre d’objets, comme dans Kiwi et Le petit cercle de craie. L’Ogre, avec sa marionnette aussi grande que les manipulateurs, amènera donc un changement important. De surcroît, cette nouvelle oeuvre sera destinée aux adultes, alors que plusieurs des spectacles faisant partie du répertoire de La Tortue Noire sont accessibles au jeune public.

Deux de ces productions sont offertes cette année. Le grand oeuvre sera joué en France au mois de mai, ce qui coïncidera avec le dixième anniversaire de sa création. Quant au Petit cercle de craie, il sera présenté à Chibougamau le 13 avril, puis à Laval et à Québec, après des séjours à Jonquière et à Montréal en janvier.