Cette photographie a été captée en 1962, en marge d’une représentation de la pièce <em>Les Fourberies de Scapin</em>. Dans la loge, la comédienne Danielle Simard se fait coiffer, tandis que Claude Colbert semble s’examiner dans le miroir. Derrière, celui qui est debout, à gauche, se nomme Lucien Girard. Il est flanqué de Michel Dumont, qui étudie un texte en compagnie de Gérald Tremblay.
Cette photographie a été captée en 1962, en marge d’une représentation de la pièce <em>Les Fourberies de Scapin</em>. Dans la loge, la comédienne Danielle Simard se fait coiffer, tandis que Claude Colbert semble s’examiner dans le miroir. Derrière, celui qui est debout, à gauche, se nomme Lucien Girard. Il est flanqué de Michel Dumont, qui étudie un texte en compagnie de Gérald Tremblay.

Quand Michel Dumont jouait au Collège de Jonquière

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
«Il était évident, à le voir travailler, qu’il irait loin dans le domaine du théâtre. Il excellait déjà», raconte Paul-Henri Fortin, à la faveur d’un échange de courriels avec le représentant du Progrès. Cet homme qui l’a tant impressionné est le comédien Michel Dumont, décédé il y a quelques jours. Il l’a côtoyé au Collège de Jonquière, au sein d’une troupe étudiante qui s’appelait simplement L’Équipe.

La première fois, le 8 décembre 1959, Paul-Henri Fortin faisait partie des décorateurs, dans le cadre d’une production intitulée Les trois sagesses du vieux Wang. Cette pièce, écrite par Henri Ghéon, avait mobilisé un grand nombre de comédiens. Michel Dumont, qui était le président de la troupe, jouait le rôle de Lao, tandis que celui de Tchang fou Tang était défendu par une autre personne dont le nom est devenu familier, le sociologue et historien Gérard Bouchard.

Voici la distribution de la pièce Le P’tit bonheur, une pièce jouée en 1960, au Collège de Jonquière.
Le programme de la pièce Le P’tit Bonheur

«Les textes de ce programme sont particulièrement intéressants. Ils montrent, entre autres, le rôle important de Michel Dumont», fait observer Paul-Henri Fortin.

Rédigés au temps de l’Église triomphante, ils témoignent autant des ambitions artistiques du groupe que de sa quête spirituelle. «L’Équipe veut former des hommes et des chrétiens authentiques et responsables, par un théâtre vrai, jeune, ennemi du facile», avait mentionné le président.

Un an plus tard, soit le 7 décembre 1960, les étudiants ont interprété la pièce Le P’tit bonheur, de Félix Leclerc. Cette fois, on remarque la participation de deux femmes, tandis que Paul-Henri Fortin campe deux personnages. Dans le premier des quatre tableaux, Le banc sur la route, Michel Dumont donne la réplique à Gérard Bouchard. Chacun effectuera une autre apparition pendant le spectacle, mais séparément.

«Il connaissait par coeur les textes de tout le monde. Je me disais : “Il pourrait remplacer n’importe quel acteur à la dernière minute ! ” On voyait qu’il adorait le théâtre», fait observer Paul-Henri Fortin en parlant de Michel Dumont.

Le journaliste Berthold Landry, du Soleil, avait consacré un reportage à la troupe étudiante du Collège de Jonquière. Il a été publié le 14 mai 1962.

Loin d’avoir la grosse tête, son camarade avait le sens du collectif, comme l’illustraient les repas du groupe au restaurant, après une soirée sur les planches. «Il aimait raconter des histoires drôles, se souvient Paul-Henri Fortin. Il me faisait tellement rire qu’il m’empêchait de manger !»

Tous deux originaires de Kénogami, ils se sont retrouvés une dernière fois en 1962, cette fois dans Les Fourberies de Scapin. Ce spectacle a été présenté le 10 mai, dans le gymnase du futur cégep. Bien sûr, c’était avant la construction de la salle François-Brassard.

Dans le programme, le groupe signale que cinq mois ont été nécessaires afin d’apprivoiser l’oeuvre de Molière. Il a conçu un «décor libre et jeune» et porté des costumes qui «n’iront pas fixer l’action au calendrier des siècles». «On pourra peut-être nous reprocher bien des choses, mais on ne pourra jamais nous en vouloir d’avoir été jeunes, libres et, surtout, personnels», proclame l’auteur d’un texte intitulé Idéaliser le réel

Paul-Henri Fortin avait hérité du rôle de Sylvestre, tandis que celui de Léandre était assumé par Gérard Bouchard. Quant à Michel Dumont, il incarnait Scapin, mais on pouvait aussi le voir sur la dernière page du programme, dans une publicité de la station de télévision CKRS. Une photographie de l’émission Claire-Joie le montre entouré des comédiens André Jean et Danielle Simard, interprète du rôle de Zerbinette dans Les Fourberies.

Dans le programme de la pièce Les trois sagesses du vieux Wang, Michel Dumont signe un texte en tant que président de L’Équipe.
Voici la distribution de la pièce Les trois sagesses du vieux Wang, présentée au Collège de Jonquière en 1959. Elle comprend Michel Dumont, ainsi que le futur sociologue et historien Gérard Bouchard, qui a participé à plusieurs productions de la troupe étudiante.

«J’ai vu cette pièce à Jonquière et c’était magnifique. La salle était pleine et, plus tard, la troupe a joué à Val-Menaud. Je me rappelle que ma mère n’a pas voulu y aller parce qu’elle disait que cette salle avait mauvaise réputation», a souligné en riant la soeur de Paul-Henri Fortin, Bernadette, lors d’une conversation avec l’auteur de ces lignes.

Son frère, lui, a été témoin d’un incident qui aurait pu avoir des conséquences fâcheuses pour le président de L’Équipe. Il est survenu au gymnase, toujours pendant Les Fourberies. «Quand il jouait le rôle de Scapin, il entrait sur la scène en descendant par une corde à partir de la mezzanine, explique Paul-Henri Fortin. Lors d’une représentation, au lieu de saisir la partie longue de la corde, il a saisi la partie courte et il a fait une sorte de chute sur le sol. Sans se blesser et sans nuire à son entrée en scène !»

Longtemps après la fin de ses études, il a revu Michel Dumont, qui était devenu l’un des comédiens les plus réputés du Québec. Après avoir assisté à une représentation de La mort d’un commis voyageur dans la Vieille Capitale, le Kénogamien a retrouvé son camarade à l’intérieur de sa loge. «Il m’avait accueilli chaleureusement et, bien gentil, il m’avait fait des compliments sur mes anciens talents d’acteur. Je suis fier de l’avoir côtoyé un peu au Collège de Jonquière», affirme Paul-André Fortin.

À La Pulperie
Pour revenir à Bernadette Fortin, elle travaillait à La Pulperie de Chicoutimi lors de sa dernière rencontre avec le comédien. On procédait au montage de l’exposition La main à la pâte quand l’idée lui est venue de demander à Michel Dumont, ainsi qu’à Rémy Girard, de prêter leurs voix à deux ouvriers ayant travaillé sur le site au temps de J.-E.-A. Dubuc.

«Ça représentait dix minutes de conversation et ils ont accepté de le faire gracieusement, précise-t-elle. Pour moi, c’était magique de faire entendre cet enregistrement aux visiteurs et de leur demander de deviner à qui ces voix appartenaient.»