Carl Bouchard retourne à la galerie Séquence, vingt ans après sa dernière exposition solo.

Quand les armes sont belles

L’artiste Carl Bouchard s’est fait rare ces dernières années, du moins dans la région. La dernière exposition en solo de celui qui reprend l’affiche au centre Bang, en terre saguenéenne, remontait à plus de 20 ans.

Dans Désordres - Le commencement, Carl Bouchard s’inspire librement de la banalisation de la violence et présente quelques séries d’oeuvres qui font écho aux sept chakras de l’hindouisme.

Rencontré quelques heures avant le début de l’exposition, dans la fébrilité précédant les instants avant le vernissage, Bouchard explique pourquoi il a pigé dans ce système énergétique pour ce projet.

« Chacun des chakras doit être en harmonie. Ils sont reliés à la communication, à la sexualité, aux relations... Bref, il y a toutes sortes d’attributs positifs liés à l’égard de chacun des chakras. Quand ils ne sont pas en harmonie, ils sont en dysfonction. À ce moment-là, c’est le côté négatif qui est actif. »

C’est sur ce côté négatif, on le devine, que Bouchard a voulu mettre l’accent.

Ces objets métalliques, qui représentent des gâchettes, évoquent des phylactères.

En série

Dans la première des salles, on retrouve deux séries d’oeuvres qui se déclinent en sept unités, comme les chakras. Les armes du jeu Clue font face à ce que Bouchard nomme des « armes de destruction massive », dont certaines sont des objets de la vie courante, mais détournée de leur but premier.

Dans la deuxième, sept représentations de drogues et de médicaments se trouvent en face de pots de fleurs, sis dans des cendriers, qui flétriront alors que le temps passera. Aux deux endroits, des gâchettes accrochées au plafond évoquent les duels au fusil ou encore la guerre. « Tout semble bien organisé, mais c’est plutôt des représentations qui posent des questions de désordre », poursuit l’artiste, qui cumule une trentaine d’années de carrière.

Les fleurs flétriront pendant l’exposition.

Pourquoi ?

Toutes ces représentations de la violence, d’un déséquilibre, contrastent avec le soin apporté à mettre ces armes dans des cadres de bois, sur les murs du centre Bang. Les armes du jeu Clue, par exemple, ont été conçues avec des morceaux de vinyle collés avec minutie.

« C’est énormément d’énergie, de coeur et de soin à enjoliver, à faire quelque chose de magnifique, quand en réalité, c’est des armes. Ça peut soulever, selon moi, l’attrait que l’on a pour le sensationnel, le spectaculaire, le dramatique, le tragique [...] Je leur ai porté beaucoup de soin, mais ce ne sont pas des posters, indique Bouchard. Ce qui devrait nous intéresser, c’est le pourquoi ? Je n’expose pas de solutions. Mais j’expose l’attrait que les gens ont pour l’agressivité et la violence. »

Il demeure tout de même que l’ensemble montre une vision négative du monde qui nous entoure. « Ce n’est pas pessimiste, mais c’est quand même sombre. Ça fait partie de notre réalité. Autrefois, ça passait aux nouvelles très tard, maintenant, c’est en soupant, quand on ne voit pas complètement et en direct des attentats. C’est de l’ordre du commun », juge celui qui s’est démarqué par la multidisciplinarité de sa pratique.

Ces armes de destruction massives sont détournées de leur but premier.

Désordres - Le commencement est présentée à l’espace Séquence du centre Bang, sur la rue Racine, jusqu’au 4 mai.