Marie Bégin, Nathalie Camus, Luc Beauchemin et David Ellis ont donné un concert mardi, à Chicoutimi, afin de clore leurs fréquentations avec des instruments signés Vuillaume. Ils en ont profité pour aborder des oeuvres composées par des contemporains du luthier français.

Quand le Quatuor Saguenay devient le Quatuor Vuillaume

La musique fleurit grâce aux instruments et ceux-ci vivent par le biais des interprètes, un principe que les mélomanes rassemblés mardi soir, au Conservatoire de musique du Saguenay–Lac-Saint-Jean, ont pu vérifier lors d’un concert du Quatuor Saguenay. Il consistait en un hommage au luthier français Jean-Baptiste Vuillaume, dont l’atelier a produit les violons, l’alto et le violoncelle utilisés par les membres de la formation.

Ces trésors ont vu le jour au 19e siècle, à Paris. Pendant un an, Roger Dubois, propriétaire du Groupe Canimex, les avait confiés à Marie Bégin, Nathalie Camus, Luc Beauchemin et David Ellis. Ils les ont mis à leur main, un processus qui a pris plusieurs semaines. Il fallait apprivoiser leur son pour en tirer le plein potentiel et comme ils les rendront sous peu à leur propriétaire, un programme a été monté afin de tracer le bilan de l’expérience.

« Nous souhaitons piquer votre curiosité pour la lutherie... et nous allons jouer un petit peu », a annoncé David Ellis avec humour. Sept compositeurs français ayant vécu au temps de Vuillaume avaient été mobilisés. Un ou deux mouvements tirés de leurs quatuors à cordes ont été offerts, le tout entrecoupé de notes biographiques à propos de celui dont on dit qu’il a confondu Paganini après avoir fidèlement reproduit son Stradivarius.

L’âge d’or de son atelier a coïncidé avec une période où la musique française cherchait ses repères, à l’ombre des sensibilités allemande et italienne. Charles Dancia a apporté sa contribution avec le Quatuor no. 6 en do majeur. La finale exécutée dans la salle Jacques-Clément, nerveuse, ponctuée de jolis pizzicati, a été saluée par des « Ah ! » de contentement émanant du public.

Un autre inconnu, Félicien David, a produit une œuvre joyeuse, l’Allegretto du Quatuor à cordes no. 2 en la majeur. Le plaisir des musiciens était perceptible dans leur jeu et dans le sourire complice de Nathalie Camus à l’endroit de Marie Bégin, avant d’aborder une partie de l’œuvre où alternaient pizzicati et brefs coups d’archet.

Plus familier, Gounod a été représenté par son Petit quatuor en do majeur, découvert récemment. Les mouvements joués par le Quatuor Saguenay, le Presto et l’Allegro vivace, n’avaient jamais été interprétés en Amérique du Nord. Il s’agissait donc d’une première et dans l’Allegro vivace, on a pu imaginer Chaplin poursuivi par les Keystone Cops. C’était rapide, mais pas dangereux.

Avant d’aborder le Quatuor en fa majeur de Ravel, les musiciens ont sorti leurs instruments réguliers, au chômage depuis un an. Ils en ont joué avant de reprendre les Vuillaume, une démonstration parfois éloquente et parfois moins. « C’est difficile de mettre des mots sur la différence », a signalé David Ellis. « Comme la salle est petite, on ne sent pas à quel point le Vuillaume projette loin », a ajouté Nathalie Camus.

En revanche, tous ont approuvé quand Luc Beauchemin, après avoir fait résonner ses deux altos, a dit : « C’est différent ». Ils ont aussi plébiscité, avec raison, l’interprétation du Ravel. Rondeur du son sur fond de mélancolie. Notes boisées. Finale éthérée. C’est bien pour dire. On peut s’étendre longtemps sur les propriétés des instruments, mais à la fin, on revient toujours à la musique.