Meky Ottawa présente son exposition d’art numérique qui marie la tradition avec l’art contemporain jusqu’au 3 novembre au Musée amérindien de Mashteuiatsh.

Quand l’art autochtone devient aussi numérique

En mariant l’art contemporain, l’art autochtone et les techniques de production numérique, l’artiste atikamekw Meky Ottawa arrive à marier les traditions et la modernité dans son exposition Nehirowisidigital, présentée au Musée amérindien de Mashteuiatsh jusqu’au 3 novembre.

Devant une toile où l’on voit deux têtes tressées, Meky Ottawa s’arrête pour présenter son œuvre.

« Les Autochtones ont toujours eu des cheveux longs et on ne sait pas si c’est une fille ou un garçon, dit-elle. Ma mère m’a toujours dit que les cheveux étaient comme des antennes et mon père disait que les gens qui ont les cheveux longs ont une plus grande pensée. C’est un symbole super fort pour moi, parce que ça représente notre identité. Sans compter qu’on a beaucoup coupé les cheveux à nos ancêtres quand on les a amenés dans les pensionnats. »

Pour elle, sa grand-mère, sa famille, son héritage, le quotidien, l’humour, et la musique sont tous des sources d’inspiration qui la mènent à dessiner des reproductions animales sur son ordinateur, comme plusieurs castors roses sur une toile au fond turquoise, ou encore sa version de la toile Ceci n’est pas une pipe .

Si l’artiste a essaimé depuis trois ans sur la scène nationale et internationale, notamment en présentant une œuvre collective au Musée des beaux-arts de Montréal et en publiant plusieurs illustrations dans les magazines de renom comme Wired, elle note qu’elle ne connaissait rien de l’art numérique il y a trois ans.

C’est en postulant pour un emploi dans une maison de production qu’elle a eu le coup de foudre. « Ils voulaient une artiste designer, mais j’avais juste de l’expérience en cinéma », lance la femme qui a rapidement appris les rudiments du métier. « C’est venu naturellement. Je suis très chanceuse de gagner ma vie comme ça », ajoute celle qui a remporté plusieurs prix au Canada et en France.

Nehirowisidigital, le nom de l’exposition, signifie «autochtone digital», « un bon moyen de représenter le côté contemporain et autochtone », soutient Meky Ottawa. En plus de présenter ses œuvres dans des musées et dans les magazines, l’art numérique l’a aussi amenée à faire du travail d’animation dans le documentaire Rumble, the indians who rocked the world diffusé pour la première fois en 2017. Un film qui l’a menée à faire une exposition des scènes inédites du film à Nantes, en France.

« On dirait qu’il y a quelque chose qui se passe sur la scène artistique autochtone », note l’artiste, native de Manawan et qui réside maintenant à Montréal, pour expliquer une partie de son succès. « Une femme mapuche, au Chili, m’a dit un jour que nous, les Autochtones, on doit charmer les gens par les arts et la poésie. Et je crois que ça marche vraiment. »

Selon Eruoma Awashish, la conservatrice du musée, cette exposition permettra de ramener l’art contemporain dans les communautés et de démontrer les talents d’une artiste atikamekw douée.

+

DES RÉNOVATIONS DE 2,6 MILLIONS $

Le Musée amérindien de Mashteuiatsh a subi une cure de rajeunissement majeure pour revamper le bâtiment, mettre à jour les infrastructures et pour diffuser davantage d’expositions interactives et immersives.

« On a fait une réfection intérieure et extérieure complète », mentionne d’emblée Isabelle Genest, directrice générale de l’établissement, dont une partie datait de 1983. Les équipements ont été modernisés pour améliorer le contrôle de l’humidité et de la température selon les règles muséales.

Le musée, qui était fermé depuis le mois d’octobre 2017, a rouvert ses portes à la fin juin. Les rénovations ont forcé le musée a changer son exposition permanente, qui devrait voir le jour à l’automne 2019.

Entre temps, le musée présente l’exposition Dialogue de l’art, où des artistes locaux ont revisité des œuvres faisant partie de la collection permanente de l’établissement, explique Eruoma Awashish, la nouvelle conservatrice du musée depuis l’automne dernier. Dans une autre salle, on retrouve également une exposition ethnologique qui traite de l’occupation du territoire et des premières rencontres avec les Européens. 

Des visites guidées sont aussi offertes sur le site extérieur, permettant de découvrir les activités traditionnelles et les plantes prisées par les Pekuakamiulnuatsh.