Cette photographie montre Louise Portal, Marie-Lou Dion et Christiane Pasquier à l’été 1975. Elles vivaient alors dans un chalet d’Eastman, tout en jouant dans la pièce Madeleine de Verchères, présentée au Théâtre La Marjolaine. C’est cette expérience qui constitue le point d’ancrage du livre Un été, trois grâces, publié chez Druide.
Cette photographie montre Louise Portal, Marie-Lou Dion et Christiane Pasquier à l’été 1975. Elles vivaient alors dans un chalet d’Eastman, tout en jouant dans la pièce Madeleine de Verchères, présentée au Théâtre La Marjolaine. C’est cette expérience qui constitue le point d’ancrage du livre Un été, trois grâces, publié chez Druide.

Quand l’amitié mène à l’écriture

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Fidèles en amitié, Louise Portal, Marie-Lou Dion et Christiane Pasquier chérissent les liens qui se sont développés à l’été 1975, à Eastman. Elles vivaient alors dans le même chalet, l’Oasis, tout en donnant des représentations de la pièce Madeleine de Verchères au Théâtre La Marjolaine.

Les expériences vécues sur scène et dans l’intimité de leur refuge se sont révélées si déterminantes qu’elles ont justifié l’écriture d’un livre à six mains, Un été, trois grâces, arrivé en librairie plus tôt cette semaine. Initié par Louise Portal, ce projet porté par la maison d’édition Druide est à la fois le portrait d’une époque et de trois femmes pour qui la liberté constituait une manière d’être.

« C’est devenu un été particulier, un carrefour de nos vies. Quand on est témoin des vibrations de ses amies, ça crée des liens très forts. C’est pour cette raison que nous sommes des soeurs de coeur », a énoncé Louise Portal au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Chaque fois qu’elles se voient, leur complicité renaît, comme ce fut le cas lors d’une réunion tenue en 2016.

Ce pèlerinage les a ramenées au temps de leur jeunesse. Elles ont vu leur ancien chalet, emprunté le sentier portant le nom de la Saguenéenne, cofondatrice des Correspondances d’Eastman, et mangé au restaurant Les Trois Grâces, le surnom donné aux jeunes et jolies comédiennes au moment où elles faisaient revivre Madeleine de Verchères sur les planches.

« On a passé une journée magnifique et quand Marie-Lou a lu un extrait de son journal, rédigé en 1975, j’ai retrouvé l’essence de ce que nous avions vécu cet été-là. Le lendemain, j’ai donc lancé un défi aux filles, soit de produire un récit des expériences que chacune a pu vivre, de la vingtaine jusqu’à aujourd’hui. Cette idée les a tentées, tout en les confrontant à leur pudeur », raconte Louise Portal.

L’exercice de la liberté

La liberté évoquée plus haut a représenté le point focal de l’exercice mené par le trio. Chacune a produit son texte isolément, sans nulle contrainte, et c’est ce qui confère au livre son caractère singulier. L’été 1975 est décrit suivant des perspectives différentes, sans toutefois qu’il y ait dissonance. Le tout est plus grand que la somme des parties.

« Chaque femme aborde les thèmes à sa manière. Christine, par exemple, situe cet été-là dans le contexte de l’époque. Elle parle notamment de la guerre du Vietnam. Sa réflexion est sociale et politique, alors que ma vision est plus romantique », fait remarquer Louise Portal.

Pour elle comme pour ses amies, cette saison fut notamment celle des amours. Le grand, mais aussi les autres variantes, y compris l’éphémère. Les hommes défilent, en effet. Entre les lignes, on sent que le mot s’est passé rapidement, jusqu’à Montréal, voulant que l’Oasis porte bien son nom. D’aucuns s’étonneront de voir des femmes mener le jeu de cette manière, surtout à l’ère du #MeToo. On dirait qu’elles ont vécu sur une autre planète.

« Nous étions dans la libération de la femme et on ne se laissait pas faire, explique Louise Portal. Je constate cependant qu’il reste beaucoup de chemin à parcourir en ce qui touche l’amour. Je vois des jeunes femmes qui ont des problèmes majeurs à cet égard. »

Quant à elle, son désir de réussir sa vie affective, ce qui passait par une relation à la fois durable et féconde, a toujours occupé une place centrale. Sur ce plan, elle se distingue de ses amies.

Elles aussi ont poursuivi cette quête avant de renoncer à vivre en couple dans les dernières années. Elles font partie de celles qui vivent seules, un groupe auquel Louise Portal a rendu hommage dans le livre Seules – Ces femmes que j’aime, publié l’an dernier. « Christiane et Marie-Lou sont passées à autre chose et elles sont bien là-dedans », résume la Saguenéenne.

Déserts professionnels

Le rapport au métier de comédienne représente un autre thème exploré par le trio. S’exprimant avec franchise, chacune décrit les hauts et les bas de cette forme d’apostolat. Christiane Pasquier, dont la carrière a démarré sur les chapeaux de roues avec les séries La Petite Patrie, Du tac au tac et La bonne aventure, a ressenti un choc à l’aube de la quarantaine. « On ne sait pas pourquoi, c’était la fin des privilèges, il n’y avait plus rien », écrit-elle.

Le théâtre et l’enseignement ont pris le relais, tandis que Marie-Lou Dion, confrontée au même vide après avoir fait partie de la distribution du téléroman Le temps d’une paix, s’est tournée vers l’art lyrique sous l’angle de la mise en scène.

« Nous avons traversé des déserts professionnels comme actrices, mais nous nous sommes réorientées. Moi, je suis devenue chanteuse, puis à l’âge de 50 ans, j’ai amorcé une carrière littéraire. Ce livre est d’ailleurs mon 24e et j’ai d’autres projets en chantier », rapporte Louise Portal.


« Quand on est témoin des vibrations de ses amies, ça crée des liens très forts. C’est pour cette raison que nous sommes des soeurs de coeur. »
Louis Portal

Ce faisant, elle s’inscrit dans le droit fil de son père, l’écrivain Marcel Portal. Et justement, les relations des trois amies avec leurs parents sont également abordées. L’affection mutuelle qui unissait la Saguenéenne et son paternel tranche avec le mur qui s’est dressé entre Christiane Pasquier et l’auteur de ses jours. Longtemps, elle a cru que celui-ci l’aimait, avant de comprendre qu’il s’agissait d’une illusion. « Le regard de mon père, je me suis mis à considérer que je ne l’avais pas eu », confie la comédienne.

Écrire des phrases aussi lourdes de sens, de l’ordre de l’intime, témoigne de l’impact qu’a eu l’exercice d’écriture sur Christiane Pasquier et Marie-Lou Dion. La pudeur du début a été transcendée, affirme leur amie, qui était déjà rompue à cette pratique. « Les deux possèdent une bonne plume et ce projet leur a redonné le goût d’écrire. Chacune a trouvé sa voix dans le livre », se réjouit Louise Portal.

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DES DÉDICACES

Signe des temps, Louise Portal a donné sa première conférence virtuelle, mercredi après-midi. Elle qui aime rencontrer les gens, vivre des partages en leur compagnie, s’adapte ainsi à la nouvelle réalité imposée par la pandémie. Il faut composer avec les contraintes, peu importe leur nature, une philosophie qui la guide aussi dans sa carrière d’écrivaine.

S’agissant du livre Un été, trois grâces, par exemple, il aurait été compréhensible que sa sortie soit reportée. On craint une deuxième vague et si l’expérience vécue au printemps se répète, la culture sera assurément l’une des premières victimes. Or, ce titre où figurent également les noms de Christiane Pasquier et Marie-Lou Dion est disponible en librairie depuis le 9 septembre.

«Il n’a jamais été question de remettre sa sortie. J’ai confiance que les gens iront le chercher dans les librairies», affirme Louise Portal. 

Joignant le geste à la parole, elle participera à une séance de signatures le 12 septembre (aujourd’hui), de 14h à 16h. 

Pour la rencontrer, il suffira de se pointer à la librairie Les Bouquinistes située sur la rue Racine, à Chicoutimi.

«J’aime beaucoup, beaucoup, beaucoup les employés, ainsi que l’atmosphère qui règne à cet endroit. C’est une librairie dédiée à la littérature. Comme je vis au Saguenay, j’ai moi-même offert d’y tenir une séance de dédicaces. Ce sera ma première depuis la sortie du livre», fait valoir l’écrivaine.

Elle-même sera masquée, tout comme ses interlocuteurs, mais qu’importe. Ce qui compte, c’est de maintenir le contact, en personne de préférence. «Nous ne procéderons pas à un lancement et il n’y aura pas de Salon du livre sous la forme habituelle, cet automne. J’espère donc que les gens viendront aux Bouquinistes», mentionne Louise Portal.