Marie Christine Bernard vient de lancer le roman Polatouches, un thriller teinté de réalisme magique. Il se déroule dans une ville minière du nord du Québec et met en scène des personnages en quête d’identité.

Quand la quête d’identité rime avec danger

Le nouveau roman de Marie Christine Bernard, Polatouches, possède un pouvoir d’attraction qui confine à l’envoûtement. Un coup d’oeil sur la couverture, sur le joli castor dessiné par Chantal Boyer, suggère qu’il sera question des Amérindiens, comme ce fut le cas dans le précédent ouvrage, Matisiwin. Ce qu’on ne réalise pas aussi rapidement, c’est qu’un mystère enveloppe cette histoire campée dans une région minière du Québec. Un mystère doublé d’un thriller.

Des vies sont en jeu, et plus on approche de la 225e et dernière page, plus on a le sentiment que le texte défile à la vitesse grand V. On a eu le temps d’apprivoiser les protagonistes et on s’inquiète pour eux, notamment pour le couple formé par Stéphanie et Josée, en crise après dix ans de vie commune. Josée veut se marier, ne craint pas les commérages, tandis que Stéphanie est obnubilée par sa mère psychorigide. L’aimera-t-elle encore, si sa fille ne fonde pas famille avec un homme ?

Stéphanie vient d’emménager dans le chalet de ses parents, histoire de faire le point sur sa vie, lorsque des voisins étranges apparaissent en même temps que leurs chiens intimidants. C’est la semaine de relâche, et l’enseignante file un mauvais coton. « Dans ce roman, je montre des gens normaux, pas héroïques, et il y a peu de descriptions physiques parce que je souhaitais les présenter de l’intérieur », a expliqué l’auteure au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Il est beaucoup question d’identité dans Polatouches, ce que reflète le titre qui désigne un écureuil volant que peu de Québécois ont eu la chance de voir, puisqu’il ne s’active que la nuit. « C’est un animal terrestre, mais il vole. Comme bien des humains, sa place dans le cosmos est mal définie », fait observer Marie Christine Bernard.

Stéphanie s’interroge sur son identité sexuelle tandis que Josée, élevée par des Blancs, se montre indifférente aux liens du sang qui l’arriment à la communauté crie voisine de la ville minière. Ainsi se montre-t-elle agacée lorsque le meilleur ami de Stéphanie, Claude, multiplie les recherches destinées à le rapprocher de ses racines amérindiennes, dont on a essayé de l’éloigner.

« Lui, c’est mon alter ego. Il a mon humour, et sa quête d’identité est semblable à la mienne, puisque je suis Métis, confie Marie Christine Bernard. J’ai appris récemment qu’il y avait une filiation micmaque du côté de ma mère, que mon arrière-grand-mère avait dû renoncer à son statut d’Indienne après avoir marié un Blanc. Mon travail d’écriture sur les Autochtones m’aide à attacher les fils. »

Thriller et réalisme magique

Comme c’est souvent le cas en littérature, Polatouches est le fruit d’un heureux accident. L’auteure avait écrit une nouvelle destinée à une revue qui n’existe plus, pour ensuite constater que ses personnages étaient trop forts, qu’ils avaient besoin d’un cadre plus ample, celui du roman, afin d’atteindre leur pleine grosseur. Un brouillon soumis à l’éditrice Milena Stojanac, qui la guide depuis plusieurs années chez Stanké, l’a confirmée dans cette impression.

« Elle m’a dit qu’il y avait un roman là-dedans, et en mars 2017, j’ai signé un contrat prévoyant que le manuscrit serait livré à la fin d’août. J’en ai profité pour développer certains personnages, dont celui de Claude. J’ai décidé d’en faire un ami qui ne serait pas un ami gai, sans qu’il y ait quoi que ce soit d’équivoque dans sa relation avec Stéphanie », précise Marie Christine Bernard

En prime, ce chantier lui a offert un rare privilège, soit de tricoter un thriller sur fond de nordicité. « Je me suis beaucoup amusée avec ça, mais c’est exigeant. Moi-même, quand j’en lis un et que je vois un fil qui pend, l’auteur me perd. Le défi est que l’histoire demeure logique, sans que le lecteur devine ce qui s’en vient » énonce-t-elle.

Un autre de ses désirs touche le réalisme magique. Cette approche était déjà présente dans son oeuvre, la différence étant que Polatouches pousse le bouchon plus loin. « C’est le premier roman où je suis allée pleinement dans cette direction. Or, dans le contexte de cette histoire, tous les personnages, à l’exception de Josée, croient que le réel englobe plus de choses que ce que les sens arrivent à percevoir », note l’auteure originaire de la Gaspésie, désormais enracinée au Lac-Saint-Jean.