PHOTO DE LA PAGE POSTER: Marie-Andrée Gill évoque son rapport à la nature, de même qu’à l’hiver, dans Chauffer le dehors. Ce recueil de poésie publié par les Éditions La Peuplade relate le cheminement qui a permis à l’écrivaine de transcender une peine d’amour.

Quand la nature se fait réparatrice

« Toujours en train d’écrire de quoi pour survivre », confie Marie-Andrée Gill dans Chauffer le dehors. Derrière cette phrase se cache la trame de cet ouvrage, son troisième recueil de poésie publié aux Éditions La Peuplade. Se montrant sous un jour vulnérable au lendemain d’une déception amoureuse, l’écrivaine originaire de Mashteuiatsh, établie à L’Anse-Saint-Jean depuis neuf ans, présente son texte le plus personnel, le fruit d’un cheminement parfois douloureux, ultimement libérateur.

« J’ai trouvé ça dur d’en parler. Par contre, lorsqu’on aborde un sujet comme celui-ci, une peine d’amour, tout vient spontanément, a-t-elle énoncé au cours d’une entrevue accordée au Progrès. J’étais vraiment dans l’émotion et je n’ai jamais écrit un livre aussi vite. C’est comme quelque chose qui devait sortir. » On la voit ainsi traverser une phase mélancolique où filtre la nostalgie des anciens enchantements, prélude à une reprise en mains où la nature joue un rôle décisif.

Plus l’histoire progresse, en effet, et plus Marie-Andrée Gill trouve une forme de sérénité découlant, pour une bonne part, de ses sorties dans le Bas-Saguenay. Camping sur les rives du fjord. Rencontre avec des chevreuils à qui elle chante des airs pop. Lever de soleil aussi sacré qu’une messe de Noël. Le thème de la nature réparatrice devient incontournable. « Comment se guérir quand ça ne va pas bien ? Je crois que c’est en se laissant toucher par la beauté des paysages qui nous entourent, fait observer l’écrivaine. Le dehors aide à guérir le dedans et c’est ce que j’ai voulu illustrer dans le livre, à quel point c’est réparateur. Or, nous sommes chanceux parce que dans cette région, il y en a plein, de beaux espaces. »

Inventive, la jeune femme a trouvé d’autres façons de transcender l’épreuve. La plus inattendue réside dans les chansons de Jean-Jacques Goldman interprétées par Céline Dion. « Toutes les tounes de Céline que je chante dans mon char apaisent mes rages de sucre de toi », écrit-elle. « J’avais plein de citations tirées que l’album qu’ils ont créé ensemble. J’en a gardé une, mais au début, je voulais en mettre partout », ajoute Marie-Andrée Gill pendant l’entrevue.

Malaises

N’empêche que les malaises abondent, comme pendant une visite dans la maison de l’ex. Elle prend note des moindres changements et constate que peu à peu, les traces de sa présence disparaissent. Même une course à la pharmacie la rend songeuse. « Il y a toujours un souvenir qui traîne dans une allée ou une toune d’amour quétaine qui joue et me ramasse », peut-on lire.

Mais heureusement qu’il y a l’hiver, autre antidote au spleen qui figure en bonne place dans Chauffer le dehors, disponible en librairie à compter du 26 février. Même la jolie couverture conçue par Mariery Young, choisie par l’auteure parmi une vingtaine de propositions, s’en fait l’écho. « Je tripe sur cette saison. J’aime les sports d’hiver et j’ai eu envie d’en parler. Je suis déterminée par ça, ainsi que par mon héritage de Première Nation », explique Marie-Andrée Gill.

Ce qui est nouveau par rapport aux recueils précédents, Béante et Frayer, c’est la nature de son écriture. Elle demeure aussi créative, aussi maillée dans le réel, mais prend encore plus de relief lorsqu’on la lit à voix haute. « Cette fois, j’écris comme je parle, ce qui me rapproche de mon authenticité, estime l’écrivaine. Je trouve que ça fait du bien de décomplexer l’écriture de cette manière, en utilisant des mots, des tournures de phrases, qui ne se peuvent pas. »

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UNE POÉSIE ACCESSIBLE À TOUS

Fidèle aux Éditions La Peuplade depuis le début de sa carrière littéraire, Marie-Andrée Gill fait figure d’exception, en ce sens que ses recueils génèrent un lectorat que maints romanciers pourraient lui envier.

Elle-même tient à ce que ses textes soient accessibles au plus grand nombre, tout en reconnaissant, avec une pointe de regret, que la poésie demeure l’apanage des milieux underground et des cercles universitaires. 

« C’est pour cette raison que je travaille tellement sur l’écriture, que j’en enlève d’un bord et que j’en ajoute de l’autre. Je veux que ce soit fluide », fait remarquer l’écrivaine originaire de Mashteuiatsh. 

Cette approche lui a souri, puisque les lecteurs sont nombreux à l’aborder pour parler de son oeuvre. Les ventes sont à l’avenant, comme l’illustrent les 2000 exemplaires de son deuxième ouvrage, Frayer, qui ont trouvé preneurs en 2018.

« Ce livre a vraiment marché, en particulier dans les cégeps. Il rejoint les étudiants parce que je décris une adolescence – la mienne – dans laquelle plein d’autres personnes peuvent se reconnaître », indique Marie-Andrée Gill. Optimiste, elle estime que la poésie est promise à un bel avenir grâce à l’Internet. Ce support tant décrié lui offre des possibilités inédites, lesquelles méritent d’être explorées.

« Une belle phrase, ça sort bien là-dessus. La clé pour toucher les gens dans ce contexte, c’est d’être honnête avec soi-même. Si on rentre dans le bobo, ça va mieux », analyse l’écrivaine. Elle en fournit justement la preuve sur son dernier-né, Chauffer le dehors. La forme courte lui réussit. On pourrait également l’imaginer dans un créneau différent, eu égard à l’histoire racontée dans ce livre. Y a-t-il une romancière derrière la poétesse ?

« J’aimerais écrire un roman. Le problème est que ça demande beaucoup de rigueur, ce qui colle moins au mode de vie qui est le mien ces temps-ci. Puisque j’ai trois enfants, la poésie se moule davantage à ma réalité », répond Marie-Andrée Gill.