L’artiste berlinois Tiny Domingos a profité de l’exposition Valeurs fixes et variables, tenue à la galerie L’Oeuvre de l’Autre, pour présenter des graphiques sous un jour différent.

Quand des graphiques ouvrent une fenêtre sur la poésie

Tiny Domingos est le genre d’artiste qui voit de la poésie partout, y compris dans les tableaux statistiques. Il affectionne particulièrement ceux qui présentent les données au moyen d’un cercle coloré, lesquels se trouvent au cœur de l’exposition Valeurs fixes et variables tenue jusqu’au 21 novembre, à la galerie L’Œuvre de l’Autre située sur le campus de l’UQAC.

Sur les murs, on remarque une succession de tableaux de cette nature. La différence, par rapport à ceux qui pullulent dans les rapports annuels des entreprises et organismes publics, c’est qu’aucun chiffre n’est accolé aux pointes de tartes formant les cercles. On ne sait pas, non plus, à quoi réfèrent les images. Il pourrait s’agir du commerce des métaux lourds en Albanie ou des facteurs contribuant au bonheur national brut en Ouzbékistan. C’est laissé à l’imagination du visiteur.

Originaire d’Orléans, en France, Tiny Domingos a migré à Berlin après la chute du Mur. C’est pendant le premier volet de sa carrière, dans l’ancienne capitale de la Prusse, qu’il a été exposé à une forte dose de tableaux statistiques. « J’étais traducteur pour une entreprise de construction, un univers gris, sérieux, où on est bombardé de chiffres », a-t-il décrit il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au journal.

Plus tard, il est devenu directeur d’une galerie de Berlin, rosalux, tout en s’exprimant par le biais de projets artistiques. C’est dans ce contexte que les tableaux se sont rappelés à son bon souvenir. Qu’arriverait-il si on les dépouillait de leurs chiffres et des sujets qu’ils sont censés évoquer ? Telle est la réflexion qui a nourri l’exposition proposée à l’Œuvre de l’Autre.

« Le fait d’avoir enlevé les chiffres constitue, en soi, un commentaire de ma part. Ça devient abstrait et j’invite les gens à profiter de cette occasion pour se poser des questions. Pourquoi je travaille ? Pourquoi je ne profiterais pas davantage de la beauté qui m’entoure, une beauté qui peut également résider dans des graphiques ? Ils invitent à la méditation » , estime Tiny Domingos.

Ajoutons que sa présence à L’Œuvre de l’Autre découle d’un échange avec AMV, un groupe d’artistes établis au Saguenay. Dans le premier volet, qui s’est déployé plus tôt cet automne, Cindy Dumais, Mathieu Valade et Julien Boily, accompagnés par Amélie Laurence Fortin et Charlie Lescault, ont participé à une exposition collective tenue chez rosalux. Ils ont également profité de leur séjour, qui coïncidait avec la Berlin Art Week, pour approfondir leurs liens avec la scène artistique locale.

« On s’est compris dès leur arrivée. On a le même langage, le même sens de l’humour, alors que nous vivons si loin les uns des autres » , résume Tiny Domingos.