Pierre Tremblay, directeur général de l’École de musique de Chicoutimi, devra réorganiser les horaires afin de pouvoir accueillir les élèves inscrits en concentration artistique.
Pierre Tremblay, directeur général de l’École de musique de Chicoutimi, devra réorganiser les horaires afin de pouvoir accueillir les élèves inscrits en concentration artistique.

 Programmes scolaires de concentration artistique: «Il y a panique en la demeure»

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
L’annonce du ministre de l’Éducation interdisant pour le moment les activités parascolaires en dehors de la « bulle-classe » a été reçue avec stupéfaction par les directions d’écoles de danse et de musique qui se préparaient à recevoir les élèves des programmes scolaires de concentration artistique d’ici quelques jours à peine. Une lettre initiée à Saguenay sera acheminée à la ministre de la Culture vendredi matin afin de tenter de la sensibiliser aux impacts d’une telle décision et de demander de l’aide financière.

« Il y a panique en la demeure, affirme d’emblée Julie Morin, directrice de l’École de danse Florence Fourcaudot de Chicoutimi. C’est le choc. Jusqu’à mercredi, on était tous en mode rentrée. Tout repartait. C’est une nouvelle brique qui nous tombe sur la tête. »

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Jeudi, le ministre Jean-François Roberge a annoncé cette nouvelle mesure, appuyé par le ministre de la Santé, Christian Dubé. Les jeunes pourront ainsi pratiquer un sport au sein d’une équipe civile, mais pas dans le cadre d’un programme scolaire qui implique de se retrouver avec d’autres jeunes qui ne font pas partie de la même « bulle-classe ».

Julie Morin, directrice de l’École de danse Florence Fourcaudot, estime que la décision du ministre de l’Éducation est un non-sens.

« C’est un non-sens, estime Julie Morin. On nous avait donné le droit de déconfiner, on a eu un plan de déconfinement, la ministre de la Culture a autorisé les cours. On a reçu deux messages contradictoires. On s’était fait dire par la commission scolaire d’être prêts, qu’on pourrait donner nos cours, déplore-t-elle. Les jeunes recréent de nouvelles bulles pour pratiquer des activités sportives, culturelles ou scientifiques. Il y a 700 jeunes inscrits dans des concentrations sportives et artistiques à Chicoutimi seulement ! »

La directrice est inquiète pour l’ensemble des activités de son école.

« L’annonce fragilise notre capacité à offrir tous les autres services. Notre personnel ne peut pas rentrer à 30 % de sa tâche. Si on enlève les cours de concentration, on compromet le volet récréatif. Ça nous fait de la peine pour nos élèves qui ont vraiment hâte de recommencer. C’est très difficile au niveau humain. »

Julie Morin affirme que les organismes subventionnés par le ministère de la Culture sont en contact depuis jeudi afin de mettre en place des actions concertées.

Les jeunes inscrits en concentration artistique ignorent quand ils pourront recommencer à danser.

« On veut s’organiser et aller chercher de l’aide auprès du ministère, on veut l’informer de l’impact, sonné la sonnette d’alarme. »

Une lettre sera acheminée en ce sens à la ministre de la Culture et des Communications Nathalie Roy.

Dominique Gagnon, directrice générale et artistique de l’Académie de danse du Saguenay, est elle aussi inquiète de l’annonce. « On essaie de gérer la situation alors qu’on est en période d’inscription. Ça touche la précarité des organismes alors qu’ils sont déficitaires. Ça fait un mois qu’on travaille sur les horaires et l’organisation des studios. Tout d’un coup, cette information nous tombe dessus. Il y a clairement eu un problème dans les communications. »

Cette dernière s’inquiète à la fois pour les jeunes et le personnel.

Dominique Gagnon, directrice générale et artistique de l’Académie de danse du Saguenay, est inquiète pour ses élèves et le personnel.

« C’est très difficile pour les jeunes et pour les employés. Les jeunes ont envie de faire leur sport. Ils en ont besoin. On ne comprend pas que ceux qui le font par loisir peuvent le faire, mais pas ceux qui le font dans les programmes de performance. Avec les restrictions, on a moins de places et les inscriptions au récréatif sont commencées. Est-ce que ça veut dire que les jeunes des programmes de concentration ne pourront pas danser ? C’est illogique. »

Pierre Tremblay, directeur général de l’École de musique de Chicoutimi, a également été surpris par l’annonce du ministre. Il s’estime toutefois chanceux puisqu’il sera en mesure de s’adapter une nouvelle fois à la situation.

« Nous avons aménagé le programme de concentration artistique en attribuant un local par élève, donc il n’y a plus de cours de groupe. Avec l’annonce, nous devrons tout de même réaménager nos horaires pour les cours de théorie, ainsi que pour l’activité du vendredi. On devra faire sept groupes afin de réunir les élèves qui sont dans une même classe à l’école et les déplacer dans différents locaux. Nous sommes capables de nous organiser, mais on aurait aimé le savoir avant. »