Appuyés par quatre musiciens, Kathleen Fortin et Stéphane Aubin présenteront Les 4 saisons d’André Gagnon aujourd’hui (samedi) et dimanche, à Chicoutimi et Dolbeau-Mistassini.

Pour le plaisir d’explorer l’oeuvre d’un géant

Le dernier spectacle qu’André Gagnon a présenté dans la région remonte à 2012. Le pianiste tenait encore la forme et avait revisité son vaste répertoire, tout en offrant de savoureuses anecdotes. Le charme avait opéré au Théâtre Palace Arvida, où l’auteur de ces lignes était présent. Depuis, toutefois, bien des choses ont changé. Les ennuis de santé du musicien ne lui permettent plus d’aller à la rencontre du public, d’où l’importance du projet que pilote Stéphane Aubin depuis 2016.

Il s’agit d’une production intitulée Les 4 saisons d’André Gagnon et, pour la première fois, elle sera à l’affiche au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Une sortie est prévue pour le 22 février à 20 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Le lendemain, à 14 h, c’est à la Salle Desjardins-Maria-Chapdelaine de Dolbeau-Mistassini que Stéphane Aubin, la comédienne et chanteuse Kathleen Fortin, ainsi que quatre musiciens évoluant à l’intérieur des mouvances jazz et classique, couvriront plus de 50 ans de carrière.

« C’est notre devoir de le faire et pour moi, ça représente un beau défi que de jouer du André Gagnon. Les oeuvres plus récentes sont relativement simples, mais d’autres comme Chevauchée et Ta samba nous rappellent qu’à une certaine époque, il était considéré comme un virtuose », a mentionné Stéphane Aubin au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Pivotant deux trios de musiciens, il ouvre le spectacle en revenant sur les années où André Gagnon formait un duo en compagnie de Claude Léveillée. Il est aussi question de sa collaboration avec la chanteuse Monique Leyrac, décédée récemment. « À la fin des années 1980, ils ont monté un concert centré sur l’oeuvre d’Émile Nelligan, rappelle le pianiste. Cette production a tenu l’affiche au Québec et en France. C’est dans ce contexte qu’ils ont créé la première version du Vaisseau d’or. »

Pour la plupart des gens, toutefois, les titres les plus familiers sont ceux qui ont été conçus dans la foulée de l’album Neiges, sorti en 1975. Des pièces comme Wow, comme Petit concerto pour Carignan et orchestre, sont devenues des succès populaires au même titre que les chansons de Robert Charlebois. Elles ont aussi transcendé les frontières du Québec, ce qu’illustrent les nombreuses tournées qui ont justifié la présence d’André Gagnon au Japon.

« C’était un homme spécial, dont on entend la voix à différents moments au fil du spectacle. Son éducation musicale a été réalisée par l’entremise du classique, mais il est demeuré ouvert au folklore, ainsi qu’au répertoire populaire. Aujourd’hui, ça va de soi, mais à l’époque, ce n’était pas courant. C’est lui, par exemple, qui a composé la musique de la chanson Dans ma Camaro », rapporte Stéphane Aubin.

Cette photographie captée en 2012, au Théâtre Palace Arvida, montre André Gagnon lors de sa dernière visite dans la région. Lui-même n’est plus en mesure de jouer devant public, mais sa musique vit toujours, sur scène, grâce au projet monté par son collègue Stéphane Aubin.

La première du spectacle a eu lieu en 2017 et près de 40 représentations ont été données à ce jour, ce qui constitue une agréable surprise pour le pianiste. « Pour une production qui comporte beaucoup de musique instrumentale, il s’agit d’un bon résultat. Je crois toutefois que l’an prochain, ce cycle va se refermer. Du moins, sous cette forme », avance-t-il.

Une expérience tentée en juillet dernier, à Montréal, pourrait indiquer à quoi ressemblera l’avenir des 4 saisons. Un concert donné avec une trentaine de cordes a montré les oeuvres sous un jour différent, tout en amenant plus de jeunes à joindre les rangs du public. « Nous le referons en mai, à la Place des Arts, et j’ai l’intention de proposer cette formule à différents orchestres, annonce Stéphane Aubin. Ce sera une autre manière de faire vivre le spectacle. »

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UNE RELATION QUI REMONTE À 2005

André Gagnon est entré dans la vie de Stéphane Aubin en 2005. Celui-ci avait participé à la pièce Antoine et Cléopatre en tant que pianiste, ce qui a attiré l’attention de son illustre collègue. « ‘‘Faut que je te parle’’, m’a dit André au téléphone. Il avait apprécié mon jeu, puis nous avons abordé d’autres sujets. La conversation a glissé vers nos compositeurs favoris : Schubert, Chopin et Mozart », rapporte l’homme derrière le spectacle Les 4 saisons d’André Gagnon.

Leurs routes se sont à nouveau croisées en 2012, l’année où on a célébré le 50e anniversaire de l’événement Leyrac chante Léveillée. « Une amitié s’est développée et je lui ai demandé la permission de monter un concert centré sur ses oeuvres. Je voyais un parallèle entre cette démarche et celle d’André vis-à-vis les poèmes d’Émile Nelligan. Il était légèrement intimidé, mais a accepté », relate Stéphane Aubin.

Sachant à quel point André Gagnon était exigeant envers les autres, autant qu’envers lui-même, le pianiste était un peu nerveux lors de la première des 4 saisons, en 2017. Quelle serait sa réaction, lui qui avait le pouvoir moral, sinon légal, de compromettre l’avenir de cette production ? « Il a vu l’une des premières représentations et s’est révélé très content, mentionne Stéphane Aubin. André nous a demandé l’autorisation de revenir et il l’a fait. 

Déjà, sa santé déclinante ne lui permettait plus de donner des concerts et justement, son camarade assimilait la création du spectacle à un devoir de mémoire. Dans ce Québec si prompt à oublier, il fallait trouver une façon de garder vivantes les compositions d’un artiste aussi important. « En France, aux États-Unis, on a ce respect pour les gens qui nous ont précédés, un artiste comme Gershwin, par exemple. Je voulais que les jeunes voient ce qu’a fait André », explique Stéphane Aubin.

Notre amnésie collective embrasse toutes les dimensions de la vie, cependant, comme le lui ont révélé ses recherches menées sur la Toile. Il raconte que sur Wikipedia, on trouve plein de renseignements sur la chanson Hound Dog, alors que la description du classique de Félix Leclerc, Le petit bonheur, tient sur cinq lignes. Ce constat a produit une forte impression sur lui.

« La partie n’est pas égale et c’est pourquoi j’aimerais monter un site, à titre personnel. J’ai l’intention de préparer des capsules, des vignettes, à propos des artistes dont j’ai aimé le travail », évoque Stéphane Aubin.