Les comédiens Pierre-Luc Brillant et Karelle Tremblay ont présenté le film La disparition des lucioles vendredi, en compagnie du réalisateur Sébastien Pilote.

Portrait d’une ado à la croisée des chemins

Une adolescente vivant dans une ville en mutation, dont la grosse usine a fermé ses portes quelques années plus tôt. Son père, le dernier président du syndicat, a porté l’odieux de cette tragédie, tellement qu’il a dû monter dans le nord pour assurer sa subsistance. À son exil physique correspond l’exil intérieur dans lequel sa fille, Léonie, s’enferme à la fin du secondaire.

Tel est le propos du nouveau long métrage de Sébastien Pilote, La disparition des lucioles. À quelques heures de la première régionale tenue vendredi soir, au cinéma Odyssée de Chicoutimi, le réalisateur a évoqué la genèse de cette histoire tournée, pour une large part, à La Baie. «C’est un sujet grave que je voulais traiter de façon légère. Ce film est accessible, généreux, et je l’ai nourri avec des souvenirs de mon adolescence», a-t-il confié au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Pour l’anecdote, signalons que le cinéaste a travaillé sur un terrain de balle-molle, tout comme Léo, et que certaines chansons intégrées dans le film font partie de la bande sonore de sa vie. C’est également une part de lui qui l’a aidé à cerner le personnage principal, une fille cynique et sarcastique, aussi dure avec elle qu’avec autrui.

Sébastien Pilote espère que le public ira voir son nouveau long métrage, La disparition des lucioles, projeté en salle à compter de vendredi prochain. Il en parle comme d’un film porté par une belle mélancolie.

«Léo est cynique parce que c’est un moyen de défense, parce que les gens qui l’entourent le sont aussi. En même temps, elle est fatiguée, hésitante quant à ses désirs. Sa situation est d’autant plus frustrante que la ville où elle réside a rejeté son père, un homme qu’elle idéalise. C’est une adolescente qui se sent étrangère face à son propre monde», fait observer Sébastien Pilote.

«Une belle mélancolie»
Très vite, le film s’articule autour de l’opposition entre le père et celui qui l’a remplacé dans le lit maternel, un animateur de radio pour le moins réactionnaire. Et justement, c’est le socle sur lequel a été construit La disparition des lucioles. Deux pères, en quelque sorte, auxquels s’ajoute Steeve, un homme avec lequel Léo se lie d’amitié. Plus âgé qu’elle, il lui enseigne la guitare et se fait complice de joyeuses sorties, sans toutefois échapper à la vindicte de sa jeune camarade.

«Il y a le père absent qu’elle aime, le père présent qu’elle déteste et Steve qui complète le portrait», résume Sébastien Pilote. Il y voit un conflit à la Hamlet qui se déploie à notre époque, sans toutefois s’y coller entièrement. À petites touches, en effet, on voit poindre des clins d’oeil aux temps lointains, musicaux et parfois visuels, comme ce juke-box qui distille un air rétro à la demande de l’ado.

Sébastien Pilote, Karelle Tremblay, Pierre-Luc Brillant et le producteur Marc Daigle posent en compagnie des figurants de la région qui ont pris part au tournage.

«Je voulais un film qui soit difficile à dater, avec des éléments provenant d’époques différentes. Quand on voit Steeve donner des cours de guitare dans le sous-sol de la maison de sa mère, par exemple, ça me ramène à mon adolescence. Il y en avait plein, des gars comme ça qui nous apparaissaient comme des génies, mais qui étaient pas mal plus vieux que nous», raconte le réalisateur.

La ville dépeinte dans La disparition des lucioles est de taille moyenne, comme La Baie ou Chicoutimi avant la fusion. Le fait de tourner ici a donc apporté une plus-value au film, croit Sébastien Pilote. «Ça donne un look différent parce que même les rues, les poteaux, sont différents chez nous. Ce n’est pas comme à Montréal ou New York», avance-t-il.

Bien sûr, les gens de la région reconnaîtront des lieux familiers, dont plusieurs sont disparus dans les derniers mois. Ça ajoute un élément de curiosité, mais ce que souhaite le réalisateur, d’abord et avant tout, c’est que la population se laisse raconter une histoire tantôt sombre et tantôt lumineuse, lorsque l’oeuvre amorcera sa carrière en salle, vendredi prochain.

Le réalisateur Sébastien Pilote, les acteurs Karelle Tremblay et Pierre-Luc Brillant, et le producteur Marc Daible étaient de passage à Chicoutimi vendredi.

«J’espère qu’ils seront nombreux à voir ce film porté par une belle mélancolie», laisse échapper Sébastien Pilote.

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UNE GRANDE PRESSION POUR KARELLE TREMBLAY

Karelle Tremblay a hâte à la première montréalaise du film La disparition des lucioles, tenue lundi soir. Ce n’est pas tant le désir de revenir dans sa ville natale qui lui inspire ce sentiment que les commentaires que livreront ses amis les plus chers, les plus candides aussi, au sujet de son interprétation du rôle principal. S’ils ont aimé sa manière de camper la jeune Léonie, elle les croira. S’ils expriment des réserves, elle fera sienne leur évaluation, si douloureuse soit-elle. «Le problème au cinéma, c’est qu’on attend un an ou deux pour voir le produit fini. Entre-temps, moi j’ai évolué. J’ai travaillé, vieilli, voyagé. Je sens que je suis devenue une meilleure comédienne et c’est pour ça que je trouve épouvantable d’assister à une projection. Au final, je suis contente, mais il y a des scènes que je referais», a commenté la jeune femme vendredi, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Son personnage étant de toutes les scènes ou presque, elle en avait gros sur les épaules au moment d’amorcer le tournage. Elle a ressenti une pression d’autant plus grande qu’on ne lui avait jamais confié un premier rôle auparavant. «J’avais peur que ce soit de ma faute si le film n’était pas bon, confie Karelle Tremblay. Ensuite, j’ai rationalisé tout ça et je n’ai pas été stressée sur le plateau.»

Pour entrer dans la peau de Léonie, elle a remonté le cours du temps, replongé dans son adolescence. «Moi aussi, j’ai été cynique, frustrée, mais d’une manière différente. Léonie, elle, est cynique et tannée d’être cynique. C’est lourd à porter», estime la comédienne. Heureuse d’avoir participé à presque toutes les scènes, ce qui a réduit les périodes d’inactivité sur le plateau, elle a aussi apprécié le fait de tourner au Saguenay. «Ça aide à se mettre dans le mood», analyse Karelle Tremblay.

Pierre-Luc Brillant

Principal partenaire de jeu de Karelle Tremblay dans La disparition des lucioles, Pierre-Luc Brillant incarne Steeve, un professeur de guitare qui, à l’approche de la quarantaine, est content de vivre dans la maison de sa vieille mère. Le sous-sol est son antre, le réceptacle de toutes ses ambitions. C’est donc un homme serein, en même temps qu’un homme bon, qui croise la route de Léonie au début du film.

«Sébastien (Pilote, le réalisateur) voulait qu’on en fasse un personnage dénué d’aspérités, mais qu’on ne lasse pas de voir, ce qui a représenté la plus grande difficulté à laquelle j’ai été confronté. Ce qui l’a sauvé, c’est la guitare, mais pour faire du metal comme lui, il a fallu que j’assimile quelques notions, moi qui joue de la guitare classique. J’ai aussi planché deux mois sur la scène où je fais du ‘‘air drum’’ sur une chanson du groupe Rush», mentionne l’interprète.

Ce tournage avec Sébastien Pilote lui a fait découvrir un cinéaste qui sait mesurer ses effets, comme dans la scène où Steeve passe du sous-sol au rez-de-chaussée, sans tambour ni trompette. C’est l’affaire de quelques secondes, mais suffisant pour qu’on saisisse l’importance du geste. Dans la même perspective, le comédien aime que le film laisse des questions en suspens. «Le cinéma de Sébastien ménage une place à l’imaginaire. Ce n’est pas tout cuit dans le bec», fait valoir Pierre-Luc Brill