C’est une Coeur de Pirate en voix, lumineuse, qui a retrouvé ses fans du Saguenay vendredi soir, lors d’un spectacle présenté au Théâtre du Palais municipal de La Baie.

Plaisir reporté, plaisir assumé, pour les fans de Coeur de Pirate

Les fans de Coeur de Pirate ont vécu l’expérience d’un plaisir reporté, vendredi soir, au Théâtre du Palais municipal de La Baie. Privés de chanteuse en novembre, résultat d’un problème de santé qui avait eu raison de sa voix lors d’une escale à Dolbeau-Mistassini, ils l’ont retrouvée sous son meilleur jour, enjouée, lumineuse, en compagnie de ses quatre musiciens.

Occupant l’essentiel du parterre, le public était exceptionnellement varié, comprenant autant des enfants que des têtes blanches et toutes les tranches d’âge entre les deux. Il a suffi que l’artiste sorte des coulisses pendant que ses camarades distillaient les premières notes de Combustible pour que des cris fusent. «On s’est rencontrés, j’étais plutôt fragile», dit la chanson. Or, rien ne permettait de croire que cette phrase correspondait à la réalité du moment. La voix était nette, la gestuelle énergique.

Ce fut suffisant pour comprendre ce que voulait dire Coeur de Pirate, en entrevue, lorsqu’elle évoquait la couleur rétro des arrangements. Ils fleurent bon les années 1960, la pop française élégante sans être trop lisse et capable, à l’occasion, de laisser gronder la guitare. Les amours malheureuses demeurent toutefois l’un de ses thèmes de prédilection, un exemple éloquent provenant de la pièce Je veux rentrer, portée par une musique aussi dense que le texte.

Juste avant, le public avait été joyeusement interpellé par la chanteuse, qui a fait référence à leur rendez-vous manqué. «Je devais être là en novembre, mais j’étais malade. Je n’avais plus de voix et je ne voulais pas donner la moitié d’un concert. Là, par contre, je suis de retour et c’est grâce à vous si, après dix ans, je peux encore faire ce métier», a raconté l’invitée de Diffusion Saguenay.

Pour durer, il faut surprendre et c’est ce qu’a fait Coeur de Pirate peu de temps après. Elle a commencé à interpréter Malade, extrait de son nouvel album intitulé En cas de tempête, ce jardin sera fermé, quand la trame musicale serrée, joliment mélancolique, a emprunté des accents familiers. La guitare de l’excellent Renaud Bastien, un brin spectrale, s’est mise à ressembler à celle qu’on entend dans le succès de Chris Issaak, Wicked Game. Et justement, c’est l’air que la jeune femme s’est mise à chanter.

Sa voix était à l’avenant, un brin plus sensuelle, pendant que le groupe négociait la transition sans coup férir. Ensemble, ils ont généré un moment de grâce qui a continué de résonner dans la tête des fans lorsque l’artiste, seule sur scène, a offert des interprétations de nature plus intimiste. Francis, d’abord, tiré de l’album par qui tout est arrivé. Puis, Place de la République où ce fut à son tour d’afficher ses qualités de musicienne.

L’air est joli, bien sûr. C’est aussi l’un de ses plus connus, mais ce qui a ressorti vendredi, ce sont les variations d’intensité dans l’exécution, la musique qui enfle et se tasse à répétition, possédant un rythme interne semblable à celui des compositions de Philip Glass. C’était comme l’amour tel que le décrit Coeur de Pirate dans plusieurs de ses textes, cet amour si près et si évanescent.

«Ça va devenir joyeux tantôt... Dans deux tounes», avait annoncé l’artiste avant de s’attaquer à Place de la République. Elle a tenu parole en proposant un concentré de pop dansante regroupant des titres comme Saint-Laurent et Amour d’un soir, en route vers un rappel que quelques enfants ont vécu dans les allées, en se trémoussant sur Dans la nuit et Prémonition. Leur idole était un peu essoufflée, mais contente, elle aussi. Après une pause salutaire, la machine est repartie.