Pierrot Fournier demeure actif en tant qu’interprète, puisqu’il donne de 50 à 75 spectacles par année. L’artiste originaire de Roberval crée également des chansons, comme en témoigne son nouvel album intitulé À contre-courant.

Pierrot Fournier, le brellien au long cours

« J’ai fait une belle carrière et je continue. »

Cette petite phrase échappée au milieu de l’entrevue, entre deux observations touchant l’industrie du disque et ses jeunes années à Roberval, traduit l’état d’esprit dans lequel se trouve le chanteur Pierrot Fournier. Lui qui arrive à la fin de la soixantaine regarde le chemin parcouru avec un mélange de lucidité et de gratitude. Il sait que les petites salles constituent désormais son unique option, mais l’accepte en se disant que la vie a été généreuse avec lui.

Son parcours a été ponctué de grands rendez-vous, en effet, l’un des plus importants étant le spectacle d’ouverture du Festival d’été de Québec en 1997, aux côtés de l’Orchestre symphonique de Québec. Il chérit également sa rencontre avec le Quatuor Alcan, devenu Saguenay, sur la scène de l’Auditiorium Dufour de Chicoutimi. Une quinzaine de fois, des formations classiques ont souhaité se produire avec lui. Et le plus souvent, ce fut pour aborder le répertoire que l’homme maîtrise si bien, celui de Brel.

Aujourd’hui encore, Pierrot Fournier revisite les titres les plus célèbres du grand Jacques. Parfois, ils prennent toute la place, alors qu’à d’autres moments, l’interprète ajoute des classiques d’Aznavour, Ferrat, Brassens, Reggiani et aussi Claude Léveillée. C’est son univers depuis toujours. Dès son enfance, au sein d’une famille dont il était le 13e et dernier enfant, ce qu’on appelle la chanson à texte l’a interpellé.

« C’est ce qui jouait chez nous à la radio », raconte le Jeannois, qui vit aujourd’hui à Trois-Rivières. Des cours de guitare amorcés à l’âge de 13 ans ont servi de trait d’union entre la maison et la scène. Son premier public fut celui des brasseries, dans les années 1970. Un public difficile, peu attentif, alors que le jeune homme lui offrait des airs connus, dont ceux de Paul Piché.

Une révélation

En cette époque où les artistes n’avaient pas de plan de carrière ni de stratégie commerciale, il fallait que les planètes s’alignent d’elles-mêmes pour montrer la voie du succès. Dans le cas de Pierrot Fournier, la révélation est survenue lorsqu’il s’est mis à intégrer des chansons de Brel dans son spectacle. « J’ai alors constaté que les gens écoutaient. Ça m’a montré qu’il y avait quelque chose là », relate l’interprète.

Le pas décisif a été franchi en 1983, à La Baie, à l’occasion des Jeux d’hiver du Canada. Des personnes qui l’avaient entendu faire du Brel à Alma s’étaient prononcées en faveur d’un spectacle complet épousant la forme d’un hommage. L’expérience ayant été concluante, le chanteur a passé deux étés à La Pulperie de Chicoutimi, en 1984 et 1985. Cinq fois par semaine, il remettait son ouvrage. L’équivalent d’une très longue résidence.

« J’ai déménagé à Montréal à la même époque et pendant 15 ans, j’ai chanté du Brel de façon continue, partout au Québec. Il faut dire que son décès était encore récent et qu’il y avait beaucoup de gens attachés à la chanson française. Aujourd’hui, ils sont moins nombreux. Dans mes salles, il y a pas mal de têtes blanches », constate l’artiste d’un ton amusé.

Ce qui ne change pas, cependant, c’est son rapport à la scène. « C’est l’endroit où je suis le plus heureux. L’échange avec le public, ça me nourrit », confie-t-il. Le nombre de spectateurs a diminué. Ils peuvent être une cinquantaine, mais qu’importe. Le plaisir reste le même. De surcroît, Pierrot Fournier a la chance de se produire fréquemment, de 50 à 75 fois par année.

Depuis quatre ans, par exemple, il fait son tour régulièrement au Petit Champlain, l’une des belles salles de Québec. À Montréal, ça fait une quinzaine d’années qu’on peut l’entendre au Rendez-vous du thé, un établissement situé dans le quartier Ahuntsic. Le 14 septembre, par exemple, il sera de retour à la faveur d’un souper spectacle consacré à Brel. Et six jours plus tard, le Jeannois convoquera les grands de la chanson française.

« Je suis présent trois fois par mois et c’est à force de côtoyer ce public que j’ai ajouté différents hommages à mon répertoire, décrit-il. Le plus souvent, je suis accompagné par la pianiste Jocelyne Tremblay, qui est originaire de La Baie. » Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, il y a longtemps qu’on ne l’a pas vu sur scène, peut-être cinq ou six ans. La fermeture du Sous-Bois, à Chicoutimi, l’a privé d’un lieu qui lui allait comme un gant. Néanmoins, il se pourrait que les choses bougent dans un proche avenir.

« Je n’ai pas fait de démarches récemment, mais je vais envoyer des propositions en vue de la saison 2020-2021. Même si je bouge moins qu’avant, j’ai encore beaucoup d’énergie », assure Pierrot Fournier.

+ À CONTRE-COURANT DANS TOUS LES SENS DU TERME

La grande nouveauté cette année, dans l’univers de Pierrot Fournier, est la sortie de l’album À contre-courant. Il s’agit de son cinquième en carrière et du troisième renfermant des compositions originales. Disponible partout au Québec, grâce à la collaboration des Disques Artic, cet enregistrement se situe hors des modes, reflétant ainsi les allégeances de son auteur. « Ce disque se situe à contre-courant parce que j’appartiens à cette génération qui mettait les textes en avant. Il est le fruit d’une démarche qui a été étalée sur deux ans, laquelle m’a procuré beaucoup de plaisir. Les arrangements ont été conçus par Jérôme Boisvert, un ami de mon fils Ian. C’est assez orchestré », a relevé l’artiste à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

La plupart des pièces ont été écrites récemment. Parmi celles qui le rendent fier, il mentionne son ode à la langue française, N’y touchez pas, de même que Gabrielle, le portrait qui ouvre l’album. « Cette composition colle à notre époque, puisqu’elle met en scène un personnage moderne. Le ton est amusant », fait valoir Pierrot Fournier. À l’opposé du spectre, on retrouve Tu sais Ian, le titre le plus ancien. Il a vu le jour à la fin des années 1970, quand son garçon – devenu chanteur lui aussi – était tout petit.

Deux autres plages, Les poètes de la rue et Après l’école, font partie de son catalogue depuis les années 1980 et 1990. « Je les faisais régulièrement en spectacle, mais elles n’avaient pas été enregistrées. J’en ai d’autres comme ça », laisse entendre le chanteur. Il précise que l’album a été lancé en mai et qu’il s’inscrit dans le droit fil de Léo du Lac, qui regroupe également des pièces originales. Cinq années se sont écoulées entre les deux.

« Le marché étant ce qu’il est, les ventes en magasin sont modestes. Par contre, ça va mieux quand je donne des spectacles. Il m’arrive d’intégrer des compositions à moi dans la première partie, avant de présenter des reprises. C’est une formule qui fonctionne bien », rapporte Pierrot Fournier.