Pierre Lapointe passera l’année 2020 sur la route avec une tournée inspirée par l’album Pour déjouer l’ennui. Trois fois, il se produira au Saguenay-Lac-Saint-Jean, du 3 au 5 décembre.
Pierre Lapointe passera l’année 2020 sur la route avec une tournée inspirée par l’album Pour déjouer l’ennui. Trois fois, il se produira au Saguenay-Lac-Saint-Jean, du 3 au 5 décembre.

Pierre Lapointe: la tournée qui fait du bien

Pendant la tournée inspirée par l’album Punkt, sorti il y a six ans, Pierre Lapointe et ses musiciens, assumant le rôle de choristes, interprétaient La plus belle des maisons, une pièce alors inédite. Cette expérience s’est révélée si gratifiante qu’elle l’a poussé à créer un album épousant les mêmes caractéristiques, Pour déjouer l’ennui. Or, voici qu’approche la tournée qui découlera de cet enregistrement, les premiers rendez-vous étant prévus pour la mi-février.

« Notre version de La plus belle des maisons nous avait fait tellement de bien que j’ai voulu produire tout un album de cette façon. Nous avons commencé par cette chanson qui ressemble pas mal à l’originale. Très vite, j’ai composé Le monarque des Indes avec mon ami Albin de La Simone, puis le reste s’est enchaîné », a raconté l’artiste il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Comparant les pièces formant le disque à des « berçeuses pour petits enfants devenus grands », il leur a réservé un traitement à l’avenant. Tout sera plus doux sur scène. La basse se fera caressante et les voix figureront à l’avant-plan, tandis que la guitare se substituera au piano, son instrument de prédilection. « Ce sera la première fois de ma carrière que je m’en passerai et c’est pour faire différent. La façon de chanter changera un peu, mais ça reste le même gars », assure Pierre Lapointe d’un ton enjoué.

Les influences donnent la couleur du spectacle. Elles comprennent le Buena Vista Social Club, Cesaria Évora et des choses beaucoup plus vieilles. On lui parle des Compagnons de la Chanson pour l’usage des voix, par exemple, et le voici qui trace un parallèle avec ses quatre camarades de scène. « J’ai mon choeur de marins », lance le chanteur, qui range également l’ensemble vocal The Four Seasons, ainsi que le jazzman Chet Baker, parmi ses sources d’inspiration.

Ses musiques enveloppantes, un brin mélancoliques, mais pas franchement tristes, collaient tellement à l’état d’esprit du groupe que l’enregistrement de l’album a duré à peine cinq jours. « Ça s’est fait délicatement, gentiment. Nous étions dans l’amitié partagée », se souvient l’auteur d’Un coeur qui saigne. Ces séances, pourtant, clôturaient une phase créative très intense. À l’intérieur d’une fenêtre de six mois, elles ont été précédées par celles des albums La science du coeur et Ton corps est déjà froid.

Si le premier est le fruit d’une démarche qu’il qualifie d’intellectuelle, le deuxième a laissé filtrer son côté givré, autant que son penchant pour le rock. Il y a vu une expérience libératrice, tandis que Pour déjouer l’ennui se distingue pour d’autres raisons. « C’est l’album que j’ai le plus écouté, peut-être parce qu’on l’a fait si rapidement et que je n’ai pas eu le temps de me tanner à force de l’entendre à répétition. C’est drôle à dire, mais il me rassure. Il me fait du bien », confie Pierre Lapointe.

Prendre la route avec cette collection de chansons lui sourit d’autant que la pause a été longue, depuis la dernière tournée. Une année se sera écoulée lorsqu’il se pointera à Québec en février. Du jamais-vu en ce qui le concerne. « Ça me travaille d’aller sur scène, de rencontrer les gens avec ce spectacle qui couvrira l’ensemble de mon parcours, mentionne-t-il. Après 20 ans, j’ai du répertoire en masse. »

Parmi les dates qui ont été annoncées, on remarque celles du 3, du 4 et du 5 décembre 2020. Elles coïncident avec sa venue au Saguenay–Lac-Saint-Jean, alors qu’il se produira à l’Auditorium Fernand-Bilodeau de Roberval, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi et à la Salle Michel-Côté d’Alma. « Je suis super heureux parce que ça va bien en ce qui touche la vente des billets. Ça fera de beaux cadeaux pour les Fêtes », note Pierre Lapointe avec humour.

PETIT GUIDE DE LONGÉVITÉ ARTISTIQUE

Toujours se renouveler, mais en créant des chansons susceptibles de s’inscrire dans la durée. Ainsi se décline la philosophie de Pierre Lapointe en matière de longévité artistique. Lui dont la carrière a commencé il y a 20 ans n’a jamais dérogé à cette ligne de conduite. Dès ses débuts, à une époque où ses ambitions s’appuyaient sur peu de réalisations, mais bon nombre de certitudes, il savait de quelle manière se déploierait son parcours.

« J’ai tout de suite vu ma carrière comme un long fleuve et dans ma tête, il était clair que je marquerais les esprits en m’associant avec des artistes contemporains, en travaillant simultanément en Europe et en Amérique. J’ai fait des trucs à gauche et à droite, aussi, et les gens ont vu qu’il y avait une rigueur dans ma démarche. Je le sens dans la solennité avec laquelle ils me parlent des chansons, des spectacles qui les ont marqués », souligne Pierre Lapointe.

Le fait de se mettre en danger, de ne pas se trouver là où on l’attend, l’a aussi bien servi que sa vision créative. Un jour, il fait dans la pop. Puis, c’est du rock décalé. Puis, des ballades élégantes, seul ou avec d’autres. « Je me suis laissé imprégner par les amitiés et ça reflète mon attitude vis-à-vis la musique. Il arrive un moment où je veux que ça change », énonce le chanteur.

Tisser des liens avec le public, c’est aussi un exercice d’humilité. Il faut accepter de se montrer tel qu’on est, petites failles incluses, afin de susciter une réelle adhésion. « J’appelle ça des aveux de défaite. Ça fait du bien d’écrire là-dessus et ça aide les gens à accepter leur condition. Ça les touche quand on se met à nu », fait observer Pierre Lapointe.

Retour à La Voix

Une autre de ses stratégies a pour but de compenser pour la faible diffusion de ses compositions à la radio. Elle consiste à participer à l’émission de télévision La Voix, ce qu’il fera l’hiver prochain, pour une quatrième fois. Membre du jury aux côtés de Garou, Coeur de Pirate et Marc Dupré, il est engagé dans la partie du mandat qui demeurera cachée jusqu’au moment opportun : la rencontre avec les candidats.

« Nous avons commencé les enregistrements et pour eux, ça représente énormément de stress. Moi, par contre, je n’y vois que du bonheur. J’apprends des choses à leur contact, puisqu’un artiste plus jeune peut avoir beaucoup à offrir, même à quelqu’un qui fait carrière depuis longtemps. Et puis, c’est motivant de voir des gens en train de se découvrir eux-mêmes », fait valoir Pierre Lapointe, qui avait dû s’absenter de l’émission pendant quelques saisons, le temps de mener la tournée de La science du coeur.