Mettant en vedette la soprano Stéphanie Lessard dans le rôle de Violetta (sur cette photographie, elle est accompagnée par Richard-Nicolas Villeneuve), l’opéra La Traviata a attiré des foules importantes au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. On y a enregistré un taux d’occupation de 96% au cours des trois représentations données par la Société d’art lyrique du Royaume, du 7 au 10 février.

Performance historique au guichet pour «La Traviata»

La directrice générale de la Société d’art lyrique du Royaume, Aude Gauthier-Martel, parle d’un succès historique. Les trois représentations de l’opéra La Traviata données au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, du 7 au 10 février, ont généré un taux d’occupation de 96 %. Cette performance marque une progression sensible par rapport au pourcentage de 72 % enregistré en 2018, alors qu’on avait présenté Faust. Elle surpasse aussi le bon score que Carmen a réalisé en 2017, soit 88 %.

« Nous n’avons jamais eu des salles comme ça. Le dimanche, il a même fallu ouvrir les loges, de même que les sièges de la section B situés tout près de la fosse d’orchestre. C’est le signe que la population du Saguenay-Lac-Saint-Jean est prête pour l’opéra, en particulier un opéra romantique à quelques jours de la Saint-Valentin », a commenté l’administratrice au cours d’une entrevue accordée au Quotidien.

Dès le lendemain de la première représentation, elle a senti un surcroît d’engouement. Les réservations allaient bon train, d’autant que la vente des billets avait commencé plus tôt, mais il y avait autre chose. Le fait de commencer le jeudi, au lieu du vendredi, jour où le spectacle a effectué une pause justifiée par la nécessité de préserver la voix des chanteurs, a donné au bouche-à-oreille plus de temps pour se déployer. « J’étais rendue dans mes plans B », lance Aude Gauthier-Martel d’un ton amusé.

Appelée à cerner d’autres causes de cette popularité, elle avance différents facteurs. Les activités promotionnelles ont bien fonctionné, tandis que les gens ont été attirés par le chef-d’œuvre de Verdi. Plusieurs ont aussi relevé l’utilisation de surtitres, un ajout qui fut manifestement apprécié. « Là-dessus, on ne pourra plus reculer, même dans le cas d’un opéra en français. De cette manière, il est plus facile de suivre l’histoire », estime la directrice générale.

Elle évoque également l’esprit dans lequel a baigné cette production, avant même l’arrivée du premier spectateur. « Quand l’équipe est enjouée, c’est positif. Ça rayonne. Or, il a régné une atmosphère extraordinaire cette année », fait observer Aude Gauthier-Martel. Et bien sûr, elle note le travail des interprètes, dont celui de la soprano Stéphanie Lessard dans le rôle de Violetta.

Omniprésente sur scène, portant des airs souvent costauds, tout en ayant pour mission d’incarner une jeune femme dont les jours sont comptés pour cause de tuberculose, elle a ébloui les mélomanes. « Stéphanie était contente de faire sa première Traviata ici. Ayant joué dans Carmen, elle connaissait déjà l’équipe et savait à quel point le public de la région aime l’opéra. Et puis, sa voix a tenu le coup. Je crois même que c’est au dernier jour qu’elle a livré sa meilleure performance », affirme la directrice générale.

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FINANCES PLUS SAINES, AMBITIONS PLUS GRANDES

Le succès de foule de La Traviata ouvre des perspectives intéressantes pour la Société d’art lyrique du Royaume. Grâce aux revenus qui furent plus importants qu’on l’avait anticipé, l’organisme sans but lucratif pourra effacer une grande partie de son déficit accumulé. Il voit également se rapprocher le moment où de nouveaux projets figureront à l’ordre du jour.

L’un d’eux est cher au cœur de la directrice générale Aude Gauthier-Martel. Il prendrait la forme d’un programme éducatif centré sur les jeunes. « Nous voulons tenir des ateliers et créer une production qui tournerait partout dans la région. Ça s’inscrirait dans le prolongement de notre programme d’accès à l’opéra lancé cette année », fait-elle observer.

Un autre projet caressé par l’organisme sans but lucratif permettrait aux étudiants en chant inscrits au Collège d’Alma, ainsi qu’au Conservatoire de musique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de participer à un atelier centré sur l’opéra. Cette initiative pourrait leur donner accès aux productions de la Société d’art lyrique du Royaume, laisse entrevoir l’administratrice.

Elle croit également que la présentation d’un deuxième opéra, en plus de celui qui tient l’affiche en hiver, ne relève plus de l’utopie. Dans son esprit, ce spectacle coûterait moins cher à monter et pourrait épouser différentes formes, parallèlement à l’opéra. « Nous miserions sur des interprètes de la région qui monteraient des œuvres en version concert, des oratorios, voire des comédies musicales. Nous sommes ouverts à toutes les possibilités », avance Aude Gauthier-Martel.

Pour que ces choses se concrétisent, cependant, il faudra obtenir un appui plus substantiel de la part du Conseil des arts et des lettres du Québec. « Nous recevons le même montant depuis 2001. Comme notre entente arrive à échéance, nous avons déposé une demande comportant une augmentation et j’espère que nous serons entendus. Il n’y a que trois maisons d’opéra au Québec et nous sommes la seule établie en région », plaide la directrice générale.

En attendant, elle et les autres membres de l’équipe planchent à feu doux sur la programmation 2021. On célébrera alors le 50e anniversaire de la Société d’art lyrique du Royaume.