Micheline Hamel est fière d’avoir réalisé de grands formats comme celui-ci, une aquarelle intitulée Pas si vite. Elle devait faire partie de son exposition solo prévue pour le mois de mai, laquelle a été reportée au printemps 2021 en raison de la pandémie.
Micheline Hamel est fière d’avoir réalisé de grands formats comme celui-ci, une aquarelle intitulée Pas si vite. Elle devait faire partie de son exposition solo prévue pour le mois de mai, laquelle a été reportée au printemps 2021 en raison de la pandémie.

Peindre en toute liberté à l’ère des contraintes

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Si ce n’était du gel antiseptique disponible à l’entrée, l’atelier-galerie de Micheline Hamel ne laisserait voir aucun signe de la crise qui secoue la planète. À la lumière filtrée par les fenêtres s’ajoute celle que dégagent ses aquarelles, un spectacle qui, d’emblée, fait du bien à l’âme. Il y en a sur tous les murs, mais également sur les tables, et on devine que si le bâtiment était plus grand, d’autres oeuvres meubleraient l’espace.

C’est encore plus vrai ces temps-ci, puisqu’une exposition en solo était prévue pour le mois de mai, à l’Espace Maestria de Chicoutimi. Une trentaine de nouveaux tableaux auraient été présentés, fruits du travail réalisé depuis deux ans. Plusieurs sont visibles, dont une série de grands formats qui, forcément, attire le regard. Il y en a huit, annonce l’artiste, en précisant qu’ils mesurent 29 pouces sur 52.

Ce n’est pas habituel, tellement qu’elle a eu besoin d’un nouveau chevalet afin de peindre à son aise. Pour comprendre ce qui l’a motivée, il faut savoir que la création d’une aquarelle constitue une aventure dont Micheline Hamel ne contrôle pas tous les paramètres. Appliquer les couleurs et laisser couler de l’eau sur la toile provoquent des choses qui stimulent son imagination. Plus la surface est grande, plus c’est grisant.

« C’est pour la sensation de liberté », avance-t-elle en guise d’explication.

Ce tableau qui a pour titre La symphonie impromptue est l’une des grandes aquarelles réalisées par Micheline Hamel au cours des deux dernières années. Les personnages qui apparaissent à droite, dans la partie jaune, sont le fruit d’un heureux accident, en l’occurrence une tache provoquée par le contact de l’eau avec les pigments. Ils témoignent de sa façon de travailler, qui laisse place à beaucoup de spontanéité.

À l’élan initial, où le geste est d’autant plus spontané que l’espace à couvrir ne lui impose guère de contraintes, correspond l’étape suivante, celle du recul et de la réflexion. « Rendue là, je prends le temps de m’asseoir devant l’oeuvre pour voir ce qu’elle me dit », explique l’aquarelliste originaire de Chicoutimi.

Comparant chaque projet à un voyage, elle aime ces moments où même les accidents générés par le mélange de l’eau et des pigments deviennent sources de plaisir. C’est ainsi que sur La symphonie impromptue, où sont alignés de jeunes bouleaux, une tache l’a incitée à ajouter des personnages. Leur présence semble couler de source, tellement qu’on est porté à croire – à tort – qu’ils figuraient sur le croquis à partir duquel Micheline Hamel a donné libre cours à sa fantaisie.

Ce dessin, elle l’assimile à son côté cartésien. C’est l’expression d’une certaine rationalité, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne constitue pas le trait dominant de sa personnalité. Elle-même le reconnaît en souriant : « Dès que je travaille sur le papier coton, je suis guidée par la sensation du moment, davantage que par le croquis. C’est vraiment moi, ce qui me donne à penser que je fais du jazz en aquarelle. »

Déçue de ne pouvoir tenir son exposition en mai, sensible aussi aux drames provoqués par la pandémie, Micheline Hamel a ressenti le besoin de revisiter ses grands formats, plusieurs mois après leur création.

Micheline Hamel a changé les titres de quelques tableaux, dont celui-ci, afin de coller à l’état d’esprit découlant de la pandémie. Il s’appelle désormais Pas si vite, plutôt que Douce envolée.

« J’ai changé quelques titres, raconte-t-elle. Pas si vite a remplacé Douce envolée, qui ne correspondait pas à l’esprit du temps. Quant à La forêt enchantée, elle est devenue La symphonie impromptue. »

Même l’exposition a été rebaptisée. Elle s’appellera Démasquer la beauté, au lieu de l’Expérience sensorielle, quand les amateurs d’art la visiteront en mai 2021. « J’ai vécu une grande déception, mais la création m’a aidée à l’accepter. J’espère que l’Espace Maestria sera encore disponible à ce moment-là. Sinon, je louerai une salle parce qu’après 40 ans de carrière, faire un solo, c’est important », estime l’aquarelliste.

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UNE SÉRIE QUI MARIE L'ART ET LA RELIGION

Dans sa prochaine exposition en solo, qui aura lieu en 2021, Micheline Hamel présentera une série d’aquarelles réalisées à la demande de la Fabrique Saint-François-Xavier. Il y en aura 11, au total, et chacune a figuré sur le calendrier vendu chaque année, au profit de la cathédrale de Chicoutimi.

L’originalité de ce projet tient à l’intégration de thèmes bibliques dans les tableaux. La silhouette de l’église est apparue à l’occasion, mais ce n’est pas systématique. La seule constante, à vrai dire, tient à la facture originale des compositions. Le mouvement qui les anime compte parmi les traits distinctifs de l’artiste.

« La première oeuvre de cette série a pour titre Déo Gratias. À l’époque, il fallait montrer la cathédrale et veiller à ce que les personnages ne soient pas tristes. C’est pour cette raison qu’ils font de la musique », raconte Micheline Hamel. 

Encouragée par les réactions favorables, elle a pris plaisir à prolonger cette expérience, jusqu’à aujourd’hui.

La principale difficulté, de son point de vue, tient à son désir de coller au plus près à ce que révèlent les Écritures. « Je ne suis pas une théologienne. Je dois donc fouiller pour préparer chaque tableau, mais j’aime ça. Je suis fière de ce que j’ai accompli », fait observer l’aquarelliste.

Le mariage de la peinture et de la religion procède d’une longue tradition, comme en témoigne l’oeuvre de Rembrandt. Micheline Hamel y est sensible, mais sa première source d’inspiration reste Marc Chagall. « J’ai compris pourquoi il a tellement exploré ces thèmes. Dans un musée de Nice, j’ai vu une toile où il a tracé un lien entre l’art et la spiritualité », mentionne-t-elle.

Proposera-t-elle un 12e calendrier en 2021 ? Cette perspective lui sourit, mais qui peut garantir quoi que ce soit à l’ère de la COVID-19 ? En attendant de connaître la réponse, l’artiste a fait imprimer des reproductions d’une grande fidélité, puisque les oeuvres originales ont été attribuées par voie de tirage. Cette série sera présentée au cours de sa prochaine exposition en solo.

« Au début de cette aventure, je ne savais pas dans quoi je m’embarquais », confie Micheline Hamel qui, loin d’entretenir des regrets, se réjouit d’avoir pu fréquenter des personnages tels que Moïse, Zachée et les disciples d’Emmaüs.

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PAUSE FORCÉE POUR LE CHOEUR EUPHONIE

Si la pandémie n’a pas empêché Micheline Hamel de créer des aquarelles, elle l’a privée du plaisir de travailler avec ses camarades du Choeur Euphonie, qui regroupe 80 retraités de l’enseignement. Un concert a été annulé, mais le plus dur, c’est de ne pouvoir tenir de répétitions avec eux.

« La dernière fois, c’était en mars. Or, faire partie d’une chorale, ça va au-delà du fait de chanter. C’est une question d’équilibre, une source de bonheur, en même temps qu’un échange », fait observer la directrice de cette formation. 

Le problème est qu’à l’aube de la rentrée, moment où les activités reprennent après la pause estivale, personne ne sait de quoi l’avenir sera fait.

Au préalable, il faudra que le gouvernement du Québec détermine quelles seront les consignes destinées aux chorales. C’est à partir de ces balises que l’Association des retraités de l’enseignement du Québec, l’organisme qui chapeaute le Choeur Euphonie, prendra position au nom de ses membres.

S’agissant des concerts comme celui de la cathédrale de Chicoutimi, l’un de ses rendez-vous annuels, Micheline Hamel entretient peu d’illusions. Vu les normes de distanciation, il est difficile d’imaginer qu’un groupe aussi imposant puisse se produire en public. Elle croit cependant que le besoin de travailler ensemble est si grand qu’une rentrée modulée différemment aurait des chances de fonctionner.

« Pendant un bout de temps, on pourrait former des groupes restreints, quelque chose comme 50 personnes. Comme on respecterait la distanciation, la qualité des interprétations ne serait pas du même niveau que dans un concert, mais on retrouverait le plaisir de chanter », laisse entrevoir la directrice.

Elle croit que dans ce contexte, il serait préférable de chanter à l’unisson, histoire de réduire le coefficient de difficulté. En parallèle, les répétitions pourraient comprendre des exercices de diction et d’autres ayant pour objet de faire travailler les cordes vocales. Quant à l’impact que la pause involontaire aura sur les effectifs, il n’est pas facile à cerner.

« J’anticipe une petite baisse causée par l’absence de quelques membres pour des raisons de santé. D’un autre côté, il y a des gens qui viennent de prendre leur retraite. Peut-être que certains d’entre eux se joindront à nous, ce qui pourrait compenser pour les départs », mentionne ainsi Micheline Hamel.