Patrycja Walton: fée de la lumière et de la fluidité

Patrycja Walton a probablement un don, du moins, des doigts de fée. L'artiste parvient à transformer du verre et du métal, matériaux solides et lourds, en oeuvres qui prennent l'allure de pièces de vêtements à l'apparence légère et délicate. Elle présente ses créations avec Robes de glace, une exposition offerte au Centre national d'exposition de Jonquière jusqu'au 19 janvier.
Patrycja Walton récupère des morceaux de verre et de vaisselle. Elle les assemble à l'aide de fil de métal afin de créer des vêtements féminins tout en transparence et en lumière. L'artiste donne aux matières la légèreté d'une plume ou de la dentelle, la brillance et la douceur de la soie.
En entrant dans la salle du CNE, le visiteur se retrouve en présence d'oeuvres qui prennent l'allure de véritables bijoux étincelants. L'artiste crée de véritables dentelles de verre, oeuvres nées d'un travail de moine. Celle qui a déjà tenu un studio de création textile dans une communauté Cris s'inspire de la tradition de l'artisanat féminin pour explorer de nouvelles avenues afin de réinventer son approche de l'art textile. La robe évoque pour elle la séduction et le désir.
Les bleus, les blancs et les transparences sont bien présents dans son travail, mais certaines couleurs terre caractérisent aussi quelques pièces dont plusieurs sont suspendues tels de véritables vêtements, bien qu'ils soient improbables de les porter.
À l'entrée de la salle d'exposition, le mur réunissant Ice Gown, Bombay Gin et Evening in Bombay donne l'impression d'avoir devant les yeux une partie de la garde-robe de Cendrillon.
La majorité du verre utilisé provient de bouteilles d'alcool cassées.
La pièce Inconnue in canoe II/Sasanak/Voyageur ne contient toutefois aucun verre. L'oeuvre spécialement créée pour l'exposition du CNE et qui raconte une partie de l'histoire régionale est notamment composée de morceaux d'écorce de bouleaux. Par respect pour les Amérindiens, l'artiste a évité d'utiliser le verre provenant de bouteilles d'alcool.
Dans Camisole pour M, des morceaux de vaisselle réunis prennent l'aspect et la légèreté d'un costume de patineuse. La même matière a servi à fabriquer Une robe pour un lièvre, lui donnant l'aspect d'un bijou blanc luisant à l'encolure bleu pâle.
Si la beauté des pièces touche le visiteur en premier, leur sens est tout aussi évocateur. En unissant des bouts de verre, l'artiste donne aux créations un effet mosaïque qui s'apparente à sa propre vision des choses, elle dont la vision tend à disparaître tranquillement.
C'est probablement cette réalité qui a inspiré la création de Lunettes-thique, pièce composée de lunettes retenues par des fils de cuivre.
Dans Robes de glace, les créations de verres côtoient aussi les toiles où l'artiste mélange collage et acrylique. Au total, une douzaine de vêtements de verre et presque autant de toiles sont exposés. La robe est présente dans chacune d'elles.
Une grande toile intitulée Dressage message I, mélange d'acrylique, de collage et de pastel sur toile réalisée en 2005, expose de vieux patrons.
Présentées près des oeuvres de verre, les toiles prennent l'aspect de complément, mais donnent aussi l'impression d'avoir été à la source des oeuvres, sorte d'esquisses, de schémas qui les ont inspirées.
Là encore, l'artiste parvient à jouer avec les matières. Lumière, brillance et fluidité émanent des toiles à la manière de pièces de tissus légers ou soyeux. On peut percevoir les plumes, les dentelles, la légèreté d'une soie. Et pourtant...