Pascale Archambault au CNE: les folies de l’âme et de l’humanité

La folie ; la destructrice, la meurtrière, l’incurable, la douce. Toutes ces folies, matérialisées dans la pierre, le bois ou la céramique par l’artiste Pascale Archambault, dans Lame à l’âme, au Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière, puisent leurs origines dans des lettres écrites par son grand-père médecin, interné pendant 27 ans, et à qui on avait affublé cette étiquette de la folie.

Ce grand-père, l’artiste ne l’a jamais connu. Ce n’est que récemment qu’elle a pu en apprendre davantage sur cette histoire familiale, taboue et douloureuse, en se plongeant dans les missives rédigées par son grand-père paternel. L’homme, médecin et artiste, a rédigé ces lettres, dont plusieurs adressées à sa femme, pendant son internement à l’hôpital psychiatrique Saint-Jean-de-Dieu de Montréal, du milieu des années 1930 aux années 1950.

« On s’est rendu compte qu’il n’était pas fou. Il a peut-être fait un burnout, mais à cette époque-là, les gens qu’on ne voulait pas, on les tassait », partage l’artiste de L’Avenir, dans le Centre-du-Québec, en ajoutant que son grand-père avait pu travailler de nouveau comme médecin pendant sept ans, après son internement.

Pascale Archambault propose dans Lame à l’âme une réflexion sur la folie et sur le sort réservé par la société à ceux qui souffrent de problèmes de santé mentale ou qui n’entrent pas dans le moule. Bipolaire, pièce maîtresse de l’exposition, présente un être de bois et de céramique torturé par une double personnalité.

Ces lettres ont agi comme l’un des éléments déclencheurs qui ont amené l’artiste à explorer plus largement le thème de la folie et de la santé mentale, lorsqu’elle a commencé à travailler sur cette exposition, il y a environ un an, après s’être intéressée à la vieillesse dans une précédente exposition.

Lors du passage du Progrès, le matin du vernissage de Lame à l’âme, à la fin du mois de novembre, Pascale Archambault s’affairait à apporter la dernière touche à son exposition en installant dans un coin de la salle les copies de la vingtaine de lettres rédigées par son grand-père. Chiffonnées, elles reposent dans un présentoir vitré, à l’image de ceux qui, comme son auteur, ont été mis au ban de la société.

Les facettes de la folie

La sculpteure aborde la folie sous différents angles parmi la quarantaine d’oeuvres diversifiées installées dans la salle Desjardins jusqu’au 19 janvier. « En fait, je ne voulais pas traiter un type de folie, ou [uniquement] de santé mentale, je voulais traiter la folie at large », souligne-t-elle.

La folie guerrière et meurtrière de l’être humain, la belle folie et encore celle des « gens un peu spéciaux », enfants ou adultes, font également partie de cette exposition présentée pour la première fois au CNE et qui est appelée à devenir une exposition itinérante.

« Il faut en parler et accepter la belle folie aussi. […] Si on encourageait plus cette espèce d’état d’être, peut-être qu’il y aurait moins de gens fous, soulève l’artiste. Si on acceptait ça à partir de l’enfance, ces gens-là, peut-être qu’ils ne deviendraient pas déraillés et qu’ils accepteraient leur façon d’être. »

Mélange de matériaux

Le mélange des matériaux que l’on retrouve dans Lame à l’âme est une première pour la sculpteure. Elle a travaillé le bois, la pierre, la céramique et exploité le dessin dans ses oeuvres, conçues au gré des objets et des matériaux qu’elle entrepose depuis des années dans sa grange, qui fait office d’atelier sur sa propriété « Je me suis laissée aller, car je ne voulais pas trop réfléchir. Je ne voulais pas verbaliser ou intellectualiser ça, car justement, c’est quelque chose qui vient des tripes. »

Parfois, les matériaux se sont imposés à elle, comme un tronc d’arbre de cerisier noir, tombé sur ses terres lors de grands vents. Le tronc abattu par les intempéries s’est transformé en la pièce maîtresse de l’exposition, Bipolaire, un être de bois et de céramique torturé par une double personnalité.

La pièce témoigne de la souffrance brute qui se matérialise sous la finesse du travail de la sculptrice dans chacune des oeuvres présentées, rappelant la fragilité de l’équilibre de l’âme et de celui de l’humanité.

Lame à l’âme est présentée jusqu’au 19 janvier au CNE de Jonquière.