Plusieurs membres de l’équipe du film Avant qu’on explose ont participé à la première régionale tenue mardi, au Cinéma Odyssée de Chicoutimi. Dans l’ordre habituel, il s’agit de la comédienne Julianne Côté, du réalisateur Rémi St-Michel, d’Étienne Galloy, interprète du rôle principal, ainsi que de ses collègues Will Murphy et Antoine Olivier Pilon, qui entourent le scénariste Éric K. Boulianne.

Pas juste un film d’ados

Créer un film d’ados, reprendre les codes de ces productions, tout en ajoutant plein de virages, d’avenues imprévues. C’est, en gros, la démarche qui a guidé l’équipe du long métrage Avant qu’on explose, diffusé en salle à compter de jeudi. Plusieurs de ses membres étaient de passage à Chicoutimi, mardi, dont le réalisateur Rémi St-Michel, qui aime l’idée que cette œuvre ne joue pas uniquement sur un tableau.

« Il s’agit d’un récit initiatique jumelé à un film catastrophe. On présente des gens qui sont confrontés à la fin du monde, tout en vivant à Baie-Saint-Paul, un lieu superbe. Il y a là un effet de contraste qui constitue un atout », a-t-il mentionné au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. C’est pendant la première semaine de tournage, en septembre 2017, qu’ont été captées les images montrant le joyau charlevoisien. Ensuite, on a planché sur les intérieurs dans la région de Montréal.

L’histoire est celle de Pier-Luc, un ado qui a bon cœur, mais que peu de gens apprécient dans son école. Il évolue au sein d’un trio tricoté serré, formé d’une « bolle » qui frôle la pédanterie et d’un fils de bourgeois. Lorsqu’on fait sa connaissance, il angoisse à l’idée que la planète pourrait sauter en raison d’un conflit entre les États-Unis et la Corée du Nord. Très vite, une obsession s’installe en lui : perdre sa virginité avant de mourir, idéalement avec une fille de la poly.

Rémi St-Michel, réalisateur du long métrage Avant qu’on explose.

Quand on dit à Rémi St-Michel qu’Étienne Galloy, le jeune comédien qui incarne Pier-Luc, n’est guère repoussant, il répond qu’à l’adolescence, l’apparence physique ne constitue pas le seul facteur pouvant ranger un étudiant dans le camp des « rejets ». « C’est une question d’énergie. Ça dépend de ce que le jeune dégage vis-à-vis les filles », énonce le réalisateur.

Il tenait également à ce que le personnage central du film soit attachant, malgré les bourdes qu’il collectionne comme d’autres les cartes de hockey. D’un échec à l’autre, en effet, Pier-Luc se met dans le trouble. On le soupçonne même de s’être masturbé dans un party, alors que ce n’est pas conforme à la réalité. Le voici engagé dans une spirale infernale, une crise existentielle dépeinte avec un réalisme cru.

« Au moment de former la distribution, nous avons cherché des comédiens qui étaient encore des ados ou qui s’en rapprochaient. Nous voulions aussi des gens atypiques qui se “matchaient” bien avec Étienne », précise Rémi St-Michel. Il y avait donc une chimie au sein du groupe, avant même que celui-ci ne soit soudé par la semaine de tournage dans Charlevoix. C’est l’un des facteurs qui ont permis de créer une œuvre différente du film d’ados à l’américaine. Plus dense et néanmoins divertissante.

« Les spectateurs sont surpris de voir qu’on va plus loin », se réjouit le réalisateur, dont Avant qu’on explose constitue le premier long métrage.

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UN TEXTE SUR MESURE POUR ÉTIENNE GALLOY 

(Daniel Côté) – Éric K. Boulianne a vécu une expérience mémorable lors du tournage d’Avant qu’on explose. La première semaine s’est déroulée à Baie-Saint-Paul, en effet, la communauté où lui-même a grandi, où il a vécu plusieurs scènes qui ont trouvé leur chemin dans le long métrage réalisé par son camarade Rémi St-Michel. La petite ville fait partie de l’histoire, en somme, au même titre que les personnages.

Scénariste du film Avant qu’on explose, Éric K. Boulianne a eu le bonheur d’assister aux premiers jours de tournage à Baie-Saint-Paul, la ville où il a grandi.

Si les trois amis au cœur du film se parlent « rough », c’est parce que le scénariste a voulu coller à la réalité qui fut la sienne. Si le personnage central, Pier-Luc, est si abattu après un party où on l’accuse – à tort – de s’être masturbé, c’est pour l’excellente raison qu’à Baie-Saint-Paul, il est impossible de se réfugier dans l’anonymat qui enveloppe la grande ville. « C’est arrivé pour vrai, la rumeur voulant qu’un ado se soit masturbé dans un party. Moi, par contre, je n’y ai jamais cru », précise Éric K. Boulianne.

Ce qui est tout aussi manifeste, c’est sa complicité avec Étienne Galloy, interprète du rôle de Pier-Luc. Celui-ci était âgé de 11 ans, la première fois qu’ils ont travaillé ensemble. « Il affichait un naturel désarmant, toujours “drette” sur le ton. J’ai eu un coup de foudre artistique », confie le scénariste. Le comédien, présent à ses côtés, lui a rendu la pareille en évoquant les textes qu’il a dû assimiler pour faire Avant qu’on explose. « Les personnages sont bien définis et les dialogues sont vrais, ce qui nous a facilité la vie sur le plateau. Dès qu’on ajoutait du rythme, ça marchait », fait-il remarquer.

Lui qui vient de Saint-Jean-sur-Richelieu ne s’est pas senti dépaysé à Baie-Saint-Paul, du moins en ce qui touche l’atmosphère dans laquelle évoluent les ados. « On n’avait pas d’intimité dans notre ville et ça doit être dix fois pire à Baie-Saint-Paul. Je me suis aussi reconnu dans la crise existentielle que vit Pier-Luc face à la mort. C’est vertigineux de penser que ça va finir, alors que tu ne sais pas où ça s’en va », souligne Étienne Galloy.

Or, les attaques de panique que subit son personnage sont calquées sur celles qui hantent régulièrement Éric K. Boulianne. Chaque fois qu’il arrive à un moment décisif, comme la fin des études universitaires, son esprit s’emballe. « Dans le cas de Pier-Luc, les éléments déclencheurs sont la fin du monde, ainsi que la peur de l’inconnu, de ce que sera son futur », raconte le scénariste.

Ce sont des considérations qui tranchent, par rapport aux films d’ados conventionnels, et c’est ce qui plaît à Étienne Galloy. Lui qui a campé des rôles comiques était content de s’investir dans un projet comportant une part de drame. « Dans ce film, il y a un équilibre entre le comique et le tragique. J’ai dû relever quelques défis, dont une scène émotive qui se déroule à l’hôpital, de même qu’un échange avec la psy de la polyvalente, affirme le comédien J’ai pu montrer toute la palette de mon jeu. »