L’acteur Kiefer Sutherland aurait dû chanter le 15 août, sur la rue Racine. Il avait confirmé sa présence à la soirée de clôture du Festival international des Rythmes du Monde.
L’acteur Kiefer Sutherland aurait dû chanter le 15 août, sur la rue Racine. Il avait confirmé sa présence à la soirée de clôture du Festival international des Rythmes du Monde.

Pas de Festival international des Rythmes du Monde, pas de Kiefer Sutherland

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
« C’est un grand vide. Ce qui arrive cet été est irréel. Encore tantôt, au bureau, des gens ont demandé à quel moment le festival aurait lieu », raconte Robert Hakim.

L’événement en question est le Festival international des Rythmes du Monde (FIRM). La 18e édition aurait dû commencer le 6 août et prendre fin neuf jours plus tard. Le dernier soir, justement, on anticipait une foule très dense sur la rue Racine en raison de la présence de l’acteur Kiefer Sutherland, connu pour ses rôles dans 24 heures chrono, Cité obscure, Pompeii et Survivant désigné, entre autres.

C’était l’un des bons coups du comité organisateur. L’homme fait dans la musique country, avec deux albums à son actif, Down in a Hole et Reckless & Me, et comme l’agence qui le représente est la même que celle du groupe Billy Talent, signé deux fois par Robert Hakim, celui-ci a tenté sa chance. Sa carte maîtresse était le couple formé du Jonquiérois Michel Voyer et de la Chicoutimienne Cendra Martel, qui vit à Los Angeles.

« Lui est arbitre au hockey, alors que sa compagne est designer de mode sur les plateaux de cinéma. Ce sont des amis de Kiefer Sutherland et ils devaient descendre avec lui. Cette visite aurait eu un impact incroyable, avance le promoteur, avec un zeste de mélancolie dans la voix. J’ai renouvelé l’invitation pour 2021, mais il est en réflexion. Peut-être qu’il y aura des tournages. »

Optimiste pour 2021

Kiefer Sutherland se serait ajouté à la liste des invités prestigieux du FIRM, laquelle comprend les noms de Rachid Taha, Angélique Kidjo, Ky-Mani Marley, Tiken Jah Fakoly, Elvis Crespo, Alpha Blondy, The Cat Empire, Émeline Michel et Wyclef Jean. Au moins, il reste l’espoir que ça fonctionnera l’an prochain, jumelé à l’intérêt que susciteront les autres invités.

La plupart ont confirmé leur présence. C’est le cas des Cowboys Fringants, qui se produiront à la Zone portuaire, ainsi que de Sarahmée, Coeur de Pirate, The Skatalites et le groupe Ayrad, attendus sur la rue Racine.

Il reste à voir dans quel contexte on se trouvera cet été-là. Le virus desserrera-t-il son étreinte ? Robert Hakim se range dans le camp des optimistes. « Je suis persuadé qu’il y aura des festivals. Déjà, ailleurs dans le monde, on en présente avec de bonnes mesures sanitaires », avance le promoteur.

Ce qui est tout aussi clair dans son esprit, c’est que rater une deuxième édition entraînera la disparition de 80 % des événements. Une hécatombe. « C’est impossible de garder tes employés si tu n’as pas de revenus, explique-t-il. Les gens ont besoin de sortir, particulièrement au Québec. Et ceux qui fréquentent le FIRM se le sont approprié. C’est pour eux qu’on le fait. Pas pour nous. Non seulement ils y assistent, mais plusieurs nous suggèrent des noms pour l’année suivante. »

Tendances lourdes

L’ironie est que cette fois-ci, la préparation du FIRM s’était déroulée rondement. Lorsque le gouvernement provincial a interdit la tenue des festivals, la programmation était ficelée et on s’apprêtait à dévoiler l’affiche de la 18e édition. Pour la première fois, aussi, l’événement devait s’affranchir des vacances de la construction, à la suite d’une évaluation des tendances.

« Nous avions constaté qu’à la fin de juillet, l’afflux de touristes était inférieur au nombre de personnes qui se déplaçaient à l’extérieur de la région, fait observer Robert Hakim. Ça compliquait la location des loges VIP pendant la première semaine, alors que les choses se replaçaient dans la deuxième. »

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le fruit de cette réflexion demeurera valide en 2021, qui sera l’année de la reprise. Les festivaliers pourront squatter la rue Racine du 5 au 14 août, tout en s’autorisant quelques détours à la Zone portuaire.

Et à ceux qui craignent de geler, le promoteur invoque une autre tendance lourde : le réchauffement de la planète. « Désormais, le beau temps s’étire jusqu’en septembre », énonce-t-il.

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BEAUCOUP DE FILS À ATTACHER AVANT 2021

En boutade, Robert Hakim affirme que c’est la première fois qu’il ne travaille pas pendant l’été. Il a raison, dans la mesure où les festivals que chapeaute son organisation n’ont pas lieu cette année, soit La Grande Ourse de L’Anse-Saint-Jean, de même que le Festival des Bières du Monde, le Festival international des Rythmes du Monde (FIRM) et Panache, tenus à Chicoutimi. Si on tient compte des tracas causés par ces annulations, cependant, ses soi-disant vacances ne sont pas synonymes de farniente.

Il y a beaucoup de fils à attacher quand on fait une croix sur des rendez-vous de cette nature. On pense d’abord aux artistes, dont le rôle est si névralgique. Dire qu’on souhaite les réinviter ne suffit pas. Il faut arrimer les agendas, jeter un oeil sur les contrats. À cet égard, le promoteur anticipe des difficultés avec les gros noms provenant de l’extérieur du Québec. « Ce sera plus complexe à l’international parce qu’on ne pourra plus envoyer un dépôt », mentionne-t-il.

Une autre source de tracas tient aux assurances. Il s’attend à ce que ça coûte plus cher de couvrir un festival et que les compagnies ajoutent plein de conditions. Et puis, il y a les fournisseurs de la région, héros obscurs des événements estivaux. Juste pour le FIRM, ils sont 34 et la crise sanitaire en a fragilisé plusieurs. « Ça comprend les hôtels, les restaurants, les services techniques. J’en connais qui ne sont pas sûrs d’être de retour en 2021 », révèle Robert Hakim.

De nouvelles balises

Du côté de la Ville de Saguenay, il reste à trouver un terrain d’entente en ce qui touche la prochaine édition du FIRM. Elle a accepté de verser la deuxième tranche de l’aide accordée cette année, laquelle totalise 270 000 $. Ça représente une diminution de 10 % par rapport à la somme que l’organisation pensait recevoir, mais ce n’est pas là-dessus qu’il y a un os.

Le désir du conseil municipal de ne rien verser en 2021, dans l’éventualité où le festival n’aurait pas lieu, est autrement plus conséquent. « Agir de cette manière, c’est marcher à l’envers, souligne ainsi Robert Hakim. Quand on adresse des demandes à Patrimoine Canada et au Tourisme, à l’automne, la première chose qu’ils veulent savoir, c’est si notre ville nous appuie. C’est pour ça que Saguenay ne peut pas attendre jusqu’en mars, pour voir si la santé publique nous donnera son OK. »

Le patron du FIRM a fait état de ses préoccupations aux élus, qui auraient prêté une oreille attentive et promis un retour prochainement. Il croit qu’une nouvelle manière de baliser l’entente pourrait satisfaire tout le monde. Si elle est entérinée par la Ville, sa proposition obligera le FIRM à réduire les dépenses au maximum, du moins jusqu’au moment où la santé publique livrera son verdict. « Si on a le temps de se préparer, on peut se rendre là sans problème », énonce-t-il.

La contrepartie, à ses yeux, réside dans l’impact de l’événement sur la communauté. L’an dernier, il a attiré 158 116 festivaliers et généré des retombées économiques à hauteur de 4,5 millions $. « Ça s’ajoute au fait que le nom de Saguenay est véhiculé partout », rappelle Robert Hakim.