Celui qui a été maire de Kénogami de 1970 à 1976 ne pensait jamais qu’il se mettrait à écrire. Son roman est publié à compte d’auteur.

Papetier romancier

Il existe un lien fondamental entre ce qui a nourri le quotidien de Roger Malaison pendant toute sa vie professionnelle et ce qui alimente aujourd’hui les jours du retraité d’Abitibi-Price : le papier. L’ancien travailleur d’usine et ex-maire de Kénogami vient tout juste de publier un premier roman, à l’âge vénérable de 88 ans.

Jamais, alors qu’il travaillait comme papetier ou tandis qu’il dirigeait l’ancienne ville fusionnée à Jonquière en 1976, Roger Malaison n’a cru qu’il prendrait un jour la plume. Mais comme le veut le dicton, il ne faut jamais dire jamais et le père de famille a eu l’appel de l’écriture peu après sa retraite, prise à 57 ans. C’était presque un concours de circonstances.

À ce moment, Roger Malaison avait envie de partager ses souvenirs de jeunesse et de rassembler dans un recueil les événements qui ont marqué les annales familiales, photographies incluses. Le tout a pris la forme de mémoires, rédigés sur 20 ans. L’auteur a profité d’une fête organisée pour marquer son 75e anniversaire de naissance, en 2004, pour présenter son bébé à ses proches. L’ouvrage, publié à compte d’auteur, était en fait un cadeau destiné à ses deux enfants, Jean et Louise. 

L’aboutissement du projet a agi comme bougie d’allumage et a mis la table à des écrits subséquents. Les premiers épanchements littéraires de Roger Malaison ont titillé quelque chose chez lui, ouvrant ainsi les vannes d’un ouvrage de retenue contenant une inspiration puissante et faste. Il a pris goût à cette forme d’expression, laquelle, dit-il, lui permet de vivre de belles et grandes émotions.

« Pourquoi j’ai écrit alors que je n’avais jamais écrit avant ? Disons qu’avec l’ordinateur et le correcteur, ça m’a donné le goût. Ensuite, quand j’ai lu ce que j’avais écrit dans le livre pour ma famille, Afin que vous sachiez, et que je me suis relu, j’ai pensé que je pouvais faire mieux », raconte l’octogénaire, qui se trouve en pleine forme, à deux printemps de ses 90 ans.

Né en 1929, Roger Malaison est issu d’une famille typique de Kénogami au début du 20e siècle. Fils de papetier, il était voué au même destin que ses oncles, son père et ses frères. Il a fait ses premières armes au moulin tout jeune et y a gravi les échelons.

Le dernier projet qu’il a dirigé avant d’accrocher sarrau, lunettes protectrices et casque antibruit a été la modernisation de la machine #7, la dernière en activité à Kénogami. Roger Malaison s’est déplacé jusqu’en Finlande pour aller chercher le savoir-faire et les connaissances requises à la refonte des équipements. Après voir quitté l’entreprise fondée par la famille Price (aujourd’hui Produits forestiers Résolu), il a agi comme consultant dans l’industrie des pâtes et papiers en Europe. Pendant son séjour sur le Vieux Continent, le Kénogamien a tenu un journal de bord, ce qui lui a permis de rassembler beaucoup de notes. De l’argent en banque, pour toute personne qui aspire à concrétiser un projet d’écriture. 

Sans prétention

Roger Malaison lance donc Entre usine et clocher en toute humilité. Ce premier ouvrage, tiré à une centaine d’exemplaires, porte sur la vie de familles qui ont vécu à Kénogami entre 1912 et 1946. Les histoires, basées sur des personnes et des faits réels, sont romancées. Elles se déclinent sur fond de pauvreté, de diversité culturelle et d’entrepreneuriat. On y retrouve des personnages colorés et des anecdotes qui font dans une pléiade de registres, du drame à l’humour. « Des situations tantôt drôles, parfois dramatiques, mais toujours passionnantes. La vie quoi ! », peut-on lire sur le quatrième de couverture du livre.

Roger Malaison a puisé sa matière première dans toutes les histoires que lui a racontées sa mère. Il les a couplées à son bagage personnel avant de faire jaillir quelque 500 pages animées des Silverman, des McNabb, des Cyrène, des Laroche, des Verreault, des Archibald, des Fitzmorritz et autres détenteurs de patronymes francophones et anglophones qui ont contribué à l’essor de Kénogami. Certains noms ont été conservés, d’autres sont fictifs. McNabb, par exemple, est un ancien patron de l’usine, un homme bon qui a gagné le coeur et l’admiration de Roger Malaison. 

« Ce McNabb en a tellement fait pour moi », confie l’auteur. Cette admission le fait basculer dans l’émotion, comme une vague qui fait perdre le pied au baigneur insouciant. Plus tard, Roger Malaison a acheté la maison des McNabb, une superbe propriété typique du quartier des Anglais située sur la rue Fluhman.

À 88 ans, l’ancien papetier et ex-maire de Kénogami, Roger Malaison, vient de publier Entre usine et clocher, un premier roman.

«J’ai aimé ma ville et je l’aime encore»

Entre usine et clocher est jonché de repères qui feront sans doute grand bien aux lecteurs de la place épris de leur patrimoine, tout comme aux expatriés nostalgiques de leur patelin. 

Bien évidemment, la papeterie de la rue de Champlain, le parc Price, l’église et la rue Sainte-Famille sont des tableaux incontournables, lesquels servent de trame de fond aux chroniques de Kénogami, un livre dont la rédaction a nécessité que Roger Malaison ouvre ses tripes. Il l’a fait en toute modestie. 

«Je ne suis pas un littéraire, je suis un raconteur. Cette humilité, je la porte. Je ne veux pas me prendre pour un écrivain, même si j’aurais aimé ça avoir ce talent-là. Je suis allé à l’école primaire ici à Kénogami. Mon université, je l’ai faite sur le plancher de l’usine. Il y a toutes sortes de façons de s’instruire», fait valoir Roger Malaison, un amoureux des livres.

Pour lui donner un coup de main, il a embauché l’historien Dany Côté, lui-même auteur d’un ouvrage sur les villes de compagnies. Le consultant a fait un peu d’élagage dans le texte, rédigé en continu, sans égard aux espaces réservés aux paragraphes ni aux tirets cadratin marquant les dialogues. Le consultant n’a toutefois pas modifié la trame narrative.

Le livre à peine déshabillé de son emballage par ceux et celles qui l’ont reçu à Noël, Roger Malaison planche déjà sur un deuxième tome. Celui-là sera consacré aux événements qui ont marqué Kénogami de 1946 à 1976. L’auteur est en veine et a déjà noirci une centaine de pages.

«Ça vient me chercher, les sentiments. Des fois, ça m’empêche même de dormir. Ça occupe mon esprit et ça me rappelle ce que tous ces gens-là ont vécu. Il y avait de la pauvreté, des drames et des difficultés familiales. Je parle aussi beaucoup des événements municipaux du temps et des choses qui ont marqué l’époque», dit-il. 

Politique

Évidemment, les années où Roger Malaison a agi comme échevin et comme maire seront mises en exergue dans le second volume. 

«J’ai quitté la politique parce que j’ai été battu par Francis Dufour à la mairie de Jonquière après la fusion, mais la politique ne m’a jamais vraiment quitté», s’est-il livré, au cours d’une entrevue réalisée dans la verrière de sa maison centenaire. 

Roger Malaison continue de suivre l’actualité politique saguenéenne avec intérêt, même depuis la Floride, où il s’apprête à se rendre en voiture pour se dérober à l’hiver. Il se dit heureux que Julie Dufour ait raflé le district #2, lequel inclut Kénogami, parce que la jeune conseillère a selon lui le leadership nécessaire pour «défendre» le secteur.

Roger Malaison pense que la deuxième division de son ouvrage en sera l’ultime chapitre. Il fermera ensuite le livre sur les chroniques de la cité des pâtes et papiers, cette ville qui l’a bercé et vu grandir. 

«J’ai aimé ma ville et je l’aime encore. J’étais content de pouvoir prendre tous ces renseignements qui m’ont été donnés pendant des années et de les utiliser pour raconter Kénogami», conclut l’ancien magistrat.