Paolo Almario a fabriqué ces machines qui, jusqu’à la fin de son exposition présentée au Centre Bang, produisent des oeuvres sur papier qui aboutissent sur les murs de la salle où elles sont nées, un point à la fois.

Paolo Almario, l'homme qui crée avec la lumière

Les artistes aiment à dire qu’ils peignent la lumière, alors que Paolo Almario crée des oeuvres avec la lumière. Poursuivant une démarche au long cours, laquelle a pour objet de représenter des villes au moyen de données relatives à la lumière extérieure, il a profité d’une résidence amorcée en janvier 2018, dans le cadre du projet D’Artagnan-02 piloté par le Centre Bang, pour monter une exposition qui présente le centre-ville de Chicoutimi sous un jour inhabituel.

Intitulée Datasets : Lumière : Chicoutimi, elle occupera les deux salles du rez-de-chaussée jusqu’au 7 janvier. La première renferme quatre tables où des machines à dessiner fabriquent des oeuvres, un point à la fois. Ces images aboutissent sur les murs où se déploient les séries Ensemble et Abstractions, tandis qu’une vidéo diffuse de jolies animations constituées de cubes minuscules qui s’étirent, puis se contractent, en un mouvement à la fois imprévisible et séduisant.

Cette installation génère des sons et de la lumière modulés en fonction des données captées par l’artiste Paolo Almario, ainsi que ses collaborateurs, au centre-ville de Chicoutimi.

Dans l’autre salle, une installation regroupant 25 dispositifs comprenant des haut-parleurs et des lumières DEL forme un carré sur le plancher. Ils émettent un son répétitif, une trame de 40 minutes qui tourne en boucle. Le son, tout comme la lumière, est modulé par les données recueillies l’été dernier au centre-ville. « Il n’y rien d’interactif ici, ni à côté », précise Paolo Almario.

La série Ensemble, par exemple, montre des cartes du secteur. On reconnaît le nom des rues, mais rares sont ceux qui pourraient donner un sens aux chiffres contenus dans les espaces prévus à cette fin. En réalité, il s’agit d’informations qui ont été colligées dans différents lieux, des échantillons de lumière que l’artiste a patiemment prélevés en compagnie de trois collaborateurs.

Derrière les jolies animations présentées sur cette vidéo conçue par Paolo Almario se cachent des données sur la lumière auxquelles il a donné un tour poétique.

« Nous avons déambulé dans la ville pour obtenir ces données. On sait quelle était l’intensité de la lumière à ce moment-là, la température, ainsi que l’importance relative du rouge, du vert et du bleu, les trois couleurs du spectre. Il y a des journées où l’une ou l’autre est plus présente », fait observer Paolo Almario. Il ajoute que ces outils scientifiques sont détournés, mis au service d’une démarche poétique, celle dont lui-même tire les ficelles.

Prenez la vidéo sous l’angle des cubes évoqués plus tôt. Ceux-ci reviennent constamment au fil de ses travaux. Ils font partie de sa signature, de son esthétique personnelle. « Ils forment des nuages en mouvance », énonce l’artiste. N’empêche que la matière première provient de la ville, de l’espace qui, d’une certaine manière, enserre le Centre Bang. C’est en se nourrissant de cette réalité que l’une des quatre machines à dessiner produit les oeuvres qui, chaque jour, enrichissent la série Abstractions.

Sur certaines images présentées au Centre Bang, on voit des cartes du centre-ville de Chicoutimi où figurent les lieux où l’équipe dirigée par Paolo Almario a capté des informations sur la lumière.

Le crayon se déplace sur la feuille en se laissant guider par la banque de données. Il génère des dessins qui font penser à des taches surdimensionnées, mais aussi des données livrées dans toute leur nudité, touffues, incompréhensibles. Il est là, pourtant, le portrait de Chicoutimi à l’été 2018. Moins beau qu’un tableau de Turner, mais d’une précision redoutable.

« Partout, on parle du numérique, mais sans savoir de ce que c’est vraiment. Il s’agit d’un moyen d’encoder la réalité pour constituer des banques de données », explique Paolo Almario, qui rêve de poursuivre sa démarche dans d’autres villes, puis de comparer celles-ci sous l’angle de la lumière. Vaste programme dont le point d’ancrage se trouve au Centre Bang.