Présence discrète, musiques étonnantes, souvent très douces. Magali Babin a été la première à se produire mercredi, à la Salle Pierrette-Gaudreault, dans le cadre du spectacle intitulé 7 femmes à l’atelier.

Ouverture au féminin pour les Musiques de création

Voix de femmes, musiques de femmes pour public mixte. La soirée d’ouverture du Festival des musiques de création a pris un tour moins masculin qu’à l’ordinaire, mercredi soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. Pas de barbus scandinaves, ni québécois, cette fois. En lieu et place, le comité organisateur avait opté pour un spectacle intitulé 7 femmes à l’atelier, lequel a été proposé devant une assistance qui augure bien pour la suite des choses.

Il faut dire que c’est le 30e anniversaire de cet événement, une étape soulignée par le président Jocelyn Robert en lever de rideau. Il a salué la mémoire des pionniers, dont le regretté Pierre Dumont, tandis que l’un de ceux qui ont animé les premières éditions, de même que les suivantes, André Duchesne, a évoqué l’importance de préparer la relève. «La chose qu’on souhaite, c’est de passer le témoin à la génération qui est prête», a mentionné celui qui assumait le rôle de directeur artistique, cette année.

Pour clore la partie protocolaire, on a invité le Conseil des arts de Saguenay, ainsi que la Fondation Thomas-Léon Tremblay, à procéder à la remise officielle du Prix Hors-Piste, une distinction qui perpétue la mémoire du musicien Dominique Tremblay. Elle a pour but de soutenir les artistes de Saguenay dont la pratique se révèle audacieuse. Le premier lauréat, le saxophoniste Guillaume Tremblay, correspond parfaitement au profil recherché.

«J’ai joué ici il y a 11 ans, lors d’un hommage à John Zorn. C’est une joie que de recevoir cette tape dans le dos. Je suis fier comme un paon et avec la bourse de 3000 $, je vais acheter plein de beaux instruments. Ce ne sera pas de l’argent gaspillé», a lancé l’heureux homme. Le moment était venu de découvrir 7 femmes à l’atelier, plus spécifiquement Diane Labrosse, présente par le truchement de la technologie.

C’est elle qui a créé les musiques précédant l’arrivée de ses consoeurs sur la scène, des arrangements dépouillés, fort jolis. Quant à Magali Babin, elle a été la première à se matérialiser, mais en affichant une discrétion qui tranche avec les codes du show-business. Assise au parterre, sous le nez du public, elle s’est mise à manipuler des dispositifs électroniques regroupés sur une table.

Une faible lumière permettait de voir ses mains qui, délicatement, se posaient sur les objets de métal. Un simple toucher provoquait un changement d’atmosphère, comme la fois où un son répétitif, faisant penser à celui d’une contrebasse, a été télescopé par des bruits qui graffignaient les tympans. Puis, la musique s’est adoucie, tandis que l’écran dominant la scène laissait voir des couleurs en constante mutation, jumelées à des motifs qui n’auraient pas déparé dans un musée d’art moderne.

Le public a apprécié cette performance, tout comme celle de la poétesse Geneviève Letarte, qui a récité un texte comportant des parties chantées. L’oeuvre avait pour titre Le temps a filé et s’apparentait tantôt à une prière, tantôt à une complainte. «J’ai mal à ma mémoire». «Je veux entendre ce qui se tait». Les mots, les phrases, étaient élégants, tout en laissant filtrer une touche de désenchantement. C’était émouvant, surtout à la fin, quand la voix de l’artiste s’est fondue dans l’environnement sonore.

Autre présence forte, celle de Marie-Soleil Bélanger, sans doute la seule Québécoise qui revendique à la fois les statuts de violoniste et d’archéologue. Elle a utilisé son instrument de prédilection pour illustrer à quel point la notion de temps a évolué depuis le Big Bang. De l’invention du chronomètre aux technologies permettant d’établir combien de temps dure la rotation de la Terre, on a pu apprécier le pouvoir d’évocation de la musique. Elle parle plus clairement que bien des professeurs.

Notons aussi la performance vocale de Kathy Kennedy, la dernière participante que l’auteur de ces lignes a pu voir. Un micro et une voix, la sienne. C’est tout ce qu’il lui faut pour générer une trame sonore à la fois riche et cohérente. Elle a joué avec les textures et les émotions avait autant de facilité que Marie-Soleil Bélanger le fait avec son violon.

À un moment donné, cette étrange musique est devenue enveloppante, voire hypnotique, comme si cette femme originaire de la Gaspésie logeait un orchestre dans sa gorge. On n’était plus dans l’effet de curiosité, mais dans une forme de communion, un moment de grâce produit par le plus vieil instrument du monde.

C’est le genre d’étonnement que génère le festival depuis 30 ans et qui, n’en doutons pas, émaillera la présente édition, qui prendra fin le 19 mai. Aujourd’hui (jeudi), deux rendez-vous figurent au programme. Le premier est prévu pour midi, alors que le Duo Rolando-René se produira à la bibliothèque municipale de Jonquière (l’entrée est gratuite). Suivra un programme double à la Salle Pierrette-Gaudreault, un hommage au compositeur Gilles Tremblay (20h), puis un concert de Symon Henry (21h 30).

Premier récipiendaire du Prix Hors-Piste, Guillaume Tremblay a pris la parole mercredi soir, à l’ouverture du Festival des musiques de création. Il était accompagné de la directrice générale et de la présidente du Conseil des arts de Saguenay, Kathy Boucher et Guylaine Simard, ainsi que du représentant de la Fondation Thomas-Léon Tremblay, l’homme d’affaires Charles-Philippe Tremblay.
Photo : Sophie Lavoie