PHOTO DE LA UNE: Orloge Simard vient de sortir l’album À chacun son Waterloo, sur lequel on retrouve des titres décapants, dont quelques-uns qui comportent une touche d’autodérision. Le son est résolument rock, ce qui n’empêche pas le groupe saguenéen de livrer quelques textes au caractère introspectif.

Orloge Simard, à la fois pareil et différent

Musiques résolument rock. Fort ancrage dans la réalité saguenéenne. Textes pimentés par une touche d’autodérision. Pas de doute, le nouvel album d’Orloge Simard, À chacun son Waterloo, porte un ADN similaire à celui de son prédécesseur, Beuvez tousjours. Ne mourez jamais. Le ton ironique, limite baveux, est toujours présent, tout comme le plaisir immédiat que provoque l’écoute des 11 titres mis en marché par la boîte L-A be, désormais associée au groupe.

« On a un produit bien fait et on croit que la réception sera bonne, même si on ne sait jamais ce qui va se passer. Les chansons ont été enregistrées au studio de notre guitariste Jimmy Descôteaux, de même qu’au studio Pulsar de La Baie. Les musiques sont plus homogènes qu’avant et plus agressives. Ça fesse davantage. Ça sonne comme un coup de poing », a décrit le chanteur et parolier Olivier Simard, il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

Il ajoute que les enregistrements ont été réalisés en toute liberté, une donnée importante pour Orloge Simard, dont le catalogue comprend des pièces comme Pendaison de crémaillère, Eurk ! Un condom et la légendaire Cabane à pêche, qui épouse les traits d’un conte grivois. « C’est après que nous avons signé avec L-A be. Ils trouvent notre travail intéressant et nous laissent faire ce qu’on veut », note Olivier Simard.

Un coup d’oeil sur la pochette donne une idée de l’atmosphère dans laquelle ont été confectionnés les 11 titres d’À chacun son Waterloo. Représenté en gros plan, le faciès souriant d’un personnage dont on se demande s’il est sain d’esprit ou particulièrement enjoué fournit une partie de la réponse. Il s’agit d’une marionnette en bois que les gars ont baptisée Roxan. Elle est devenue leur muse.

Voici la mine réjouie de la marionnette Roxan, telle qu’elle se présente sur le nouvel album du groupe Orloge Simard, À chacun son Waterloo.

« C’est un petit pantin en bois qu’on traîne depuis deux ans dans nos spectacles. Il est drôle et les gens ont appris à l’apprécier. Ça lui arrive même de faire du bodysurfing », raconte Olivier Simard. Un jour, cependant, le groupe s’est aperçu que sa mascotte avait disparu. Il commençait à faire son deuil quand Roxan est réapparu après deux ou trois semaines d’errance. « Le visage était défiguré, mais on l’a réparé. Il n’est pas si mal », affirme le chanteur, qui s’est inspiré des aventures de la marionnette pour dessiner la trame de l’album. Comme elle vit des expériences hors du commun, on évoque tour à tour sa naissance au Texas, sa participation à la Deuxième Guerre mondiale et ses difficultés d’adaptation au sein d’Orloge Simard, un environnement si chaotique que le pauvre Roxan a frappé un mur.

La fabuleuse histoire de Roxan Puppettville, Le sacre de Puppettville et La disparition de Roxan, une pièce instrumentale portée par les claviers, réfèrent directement à la saga de l’étrange personnage. Il y a donc un concept, mais il n’est pas étouffant, assure Olivier Simard. « Nous tenions à ce que chaque toune puisse être écoutée seule », fait-il remarquer.

Parmi celles qui ressortent, mentionnons deux brûlots rock chargés d’ironie. Dans Olivier, le chanteur parle d’« un ambitieux aux 1000 visages », alors que Seuls contre tous brosse un portrait peu flatteur de tout le groupe. « Pas de talent. Pas de respect ». « Le gars qui chante, il se fait passer pour un personnage ». « Pourquoi ça marche leurs affaires ? C’est pas clair ». Cet air enlevé, un peu russe, un peu Hôtesses d’Hilaire, finit naturellement sur des huées.

« Je me suis fait plaisir. Je n’étais pas encore allé dans l’autodérision, alors que nous avons une réputation de mauvais garçons qui nous suit. J’en profite pour nous insulter », mentionne Olivier Simard. À l’opposé de ces caricatures, l’album ouvre une fenêtre sur d’autres genres de sentiments et là encore, il s’agit d’une première. Ainsi découvre-t-on la mélancolie de T’en souviens-tu Émilie ? , de même qu’une jolie ballade intitulée Rivière-Éternité.

Fiers de leurs origines saguenéennes, les membres d’Orloge Simard se sont fait photographier sur les glaces de la baie des Ha! Ha! pour illustrer la sortie de l’album À chacun son Waterloo.

« Sur ces chansons qui laissent voir plus de sensibilité, c’est mon inconscient qui parle », révèle leur auteur, qui a créé les titres d’À chacun son Waterloo avec le bassiste Guillaume Bouchard. Le groupe, qui vit toujours au Saguenay, comprend également le batteur Maxime Bouchard et le claviériste Andy Ellefsen, de même que Jimmy Descôteaux.

Cette photographie captée il y a trois ans montre l’atmosphère qui régnait au Vieux Théâtre de La Baie, lors du lancement de l’album Beuvez tousjours, ne mourez jamais. Le groupe Orloge Simard y retournera le 6 mars, cette fois pour présenter les chansons figurant sur son nouvel opus, À chacun son Waterloo.

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DE RETOUR AU VIEUX THÉÂTRE DE LA BAIE

Comme il y a trois ans, lors de la sortie de l’album Beuvez tousjours. Ne mourez jamais, Orloge Simard étrennera sa nouvelle tournée en donnant un spectacle au Vieux Théâtre de La Baie. Cet événement aura lieu le 6 mars et, bien sûr, le groupe en profitera pour interpréter les compositions figurant sur son plus récent enregistrement, À chacun son Waterloo.

C’est le seul endroit où la mise en scène sera calquée sur celle du lancement tenu hier (vendredi), au Club Soda de Montréal. Une exclusivité, en quelque sorte. « Nous aurons de beaux costumes, comme de grosses fourrures avec des chapeaux, et nous évoluerons dans un décor particulier, avec une thématique s’appuyant sur la glace. Ce sera une manière d’évoquer l’hiver tel qu’on le vit chez nous, notamment la pêche blanche », fait observer le chanteur Olivier Simard.

Les nouvelles pièces seront offertes dans le même ordre que sur l’album, comme ce fut le cas en 2017. Si l’histoire se répète, la salle sera pleine au bouchon et il régnera une atmosphère éminemment festive. La Baie, en effet, c’est le point zéro de l’univers d’Orloge Simard. Les lieux. Les personnages mentionnés dans les chansons. Ce n’est pas pour rien que les gars y vivent toujours, alors que la solution facile aurait été de migrer à Montréal.

« On a grandi ici, avec la culture d’ici. Ce sont les choses dont je parle dans mes textes et même si je ne pense pas tout ce que je dis, je dépasse la ligne régulièrement. On vit dans le risque et ce n’est pas tout le monde qui oserait faire ça. Il y a des gens que ça rejoint et malgré le fait que nous ayons une couleur précise, nous savons que dans plusieurs régions, on s’identifie à nos histoires », affirme le chanteur.

Cette universalité a permis à Orloge Simard de connaître une progression spectaculaire dans les dernières années. Le groupe a joué partout au Québec, en salle et dans le contexte des festivals. Même à Montréal, il fait salle comble, comme l’a démontré sa plus récente apparition au Café Campus. Il y a donc lieu d’être optimiste en vue de la nouvelle tournée.

« Beaucoup de choses s’en viennent, y compris l’été prochain, dans la région. On sent un engouement et cette fois, les arrangements seront plus électriques, avec de grosses guitares. À travers nos blagues, nous faisons de la musique décomplexée », rapporte Olivier Simard.