Céline Fortin et Huguette Tremblay uniront leurs talents mardi, à l’occasion du premier concert d’orgue de la saison à la cathédrale de Chicoutimi. Pendant que la musicienne sera aux commandes de son cher Casavant, sa camarade dirigera le Choeur de la cathédrale, qui comptera sur un plus grand nombre de choristes qu’à l’ordinaire.

Orgue et choeur à la cathédrale

Tradition oblige, le Choeur de la cathédrale ouvrira la 28e série de concerts d’orgue tenue à l’église Saint-François-Xavier de Chicoutimi, le 26 juin à 20 h. Fidèle au poste au cours des dix dernières années, sauf pour de rares occasions, la formation que dirige Huguette Tremblay depuis quelques mois proposera un programme laissant transparaître une forme d’intériorité, tout en reflétant la légèreté propre à l’été qui commence.

À cet égard, la pièce la plus évocatrice sera Je ferai un jardin, offerte à la toute fin, avec la complicité de l’organiste Céline Fortin. « On a trouvé de belles harmonisations de Gaston Brisson. Les choristes ont aimé travailler là-dessus », raconte Huguette Tremblay qui, à titre exceptionnel, a recruté une quinzaine de voix supplémentaires, portant à 33 le nombre de chanteurs qui seront associés à cet événement.

Il s’agit du concert le plus fréquenté de la série qui, elle-même, compte parmi les plus populaires du Québec. Les membres du choeur y tiennent au point d’étirer le calendrier de répétitions jusqu’à l’extrême limite. Or, ils ont été fort occupés dans les derniers mois. En plus des messes dominicales, le groupe a chanté lors de l’ordination épiscopale de Monseigneur René Guay, ainsi qu’aux funérailles de Monseigneur Roch Pedneault, évêque auxiliaire du diocèse de Chicoutimi.

« Puisque c’est ma première année à la direction du Choeur de la cathédrale, je tenais à faire ce concert que nous préparons depuis le mois d’avril. Le fait d’être plus nombreux motive les choristes et là, je dirais que nous sommes quasiment prêts. Il reste juste à appliquer une petite couche de vernis », fait observer Huguette Tremblay en souriant.

Toujours dans la deuxième partie de la soirée, le groupe interprétera une pièce particulièrement séduisante, You Raise Me Up. Voix et orgue feront ressortir ses accents celtiques, lesquels piquent la curiosité au même titre que les compositions de l’Anglais John Rutter insérées dans le programme : A Clare Benediction et Prayer Of St-Patrick.

« A Clare Benediction, c’est du bonbon, fait valoir la directrice. À un moment donné, le choeur devient une seule personne. »

L’orgue aura également droit de cité, puisque Céline Fortin s’autorisera quelques sorties en solo. Après la Chaconne en mi mineur de Buxtehude, cet homme que Bach avait pris pour mentor, elle abordera le répertoire romantique français tel que défini par César Frank à la fin du 19e siècle. « Prélude, fugue et variation se moule parfaitement aux caractéristiques de notre orgue », précise celle qui, en plus d’être titulaire des grandes orgues de la cathédrale, planifie la série estivale.

Un autre compositeur jouira d’une belle fenêtre, le Québécois Denis Bédard. « C’est l’un des plus joués, ici et aussi aux États-Unis. Ce qu’il écrit plaît tout de suite aux gens », constate Céline Fortin. Les mélomanes auront trois occasions de se faire leur propre opinion, puisqu’elle présentera des extraits de sa Suite de concert intitulés Prélude en forme de marche, Badinerie et Danse.

Rappelons enfin que l’entrée est gratuite, comme ce sera le cas au cours des cinq concerts tenus d’ici au 24 juillet. Ils ont toujours lieu le mardi à 20 h.

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MANON FEUBEL REVIENT CHANTER AU SAGUENAY

Les concerts d’orgue de la cathédrale amènent de la belle visite, des artistes originaires de la région, mais qu’on voit rarement sur nos scènes. Ce sera le cas à l’occasion du quatrième programme de la saison, celui du 17 juillet, alors que l’ancien directeur du Conservatoire de musique de Saguenay, l’organiste Régis Rousseau, fera équipe avec la soprano Manon Feubel.

Ils ont déjà oeuvré ensemble, justement à la cathédrale, mais ça remonte à une dizaine d’années. C’est l’époque où la carrière de la chanteuse était florissante en Europe, ce qui lui a valu d’apparaître à la Scala de Milan dans I Due Foscari, puis dans le rôle-titre de l’opéra Aida, sous la direction de Daniel Barenboïm. Toujours active, l’artiste née à La Baie profitera de sa visite pour explorer un répertoire familier.

«Elle et Régis sont de bons amis. Sa voix demeure puissante et ensemble, ils présenteront plusieurs airs d’opéra», raconte la responsable de la programmation, Céline Fortin. La liste comprend des extraits de l’Othello de Verdi, ainsi que des opéras Turandot et La Rondine de Puccini. Ajoutez une pièce tirée du Russalka de Dvorak, en plus d’un air de Cila provenant d’Adriana Lecouvreur, et ça donne un aperçu du parcours de cette grande dame.

Elle-même a composé une pièce dont le titre capte l’attention: Fragilité-Vocalise symphonique. Quant à Régis Rousseau, en plus d’accompagner sa camarade, il offrira au public un extrait de la Cantate numéro 29 de Bach, ainsi que des compositions du Québécois Raymond Daveluy et de Jehan Alain, ce Français disparu à l’âge tendre de 29 ans, en 1940.

Une autre voix d’ici résonnera à la cathédrale cet été, celle de la soprano Mireille Dufour. Elle et son cousin, l’organiste Denis Gagné, se pointeront à la tribune le 24 juillet, pour ce qui constituera le dernier rendez-vous de la saison. Bellini sera représenté à l’orgue et aussi par le biais de Casta Diva, le célèbre extrait de l’opéra Norma. L’ombre de Verdi enveloppera également ce programme, alors que la chanteuse revisitera son Requiem, ainsi que l’opéra Il Trovatore.

Denis Gagné, lui, s’aventurera sur les terres de Pierné et de Théodore Dubois, dont on entendra trois oeuvres. Il adressera aussi un coup de chapeau à Denis Bédard avec le Lamento, prolongeant une chaîne musicale à laquelle s’associera également sa consoeur Mélanie Barney, le 10 juillet. Elle proposera la Fantaisie sur O Canada, parallèlement à la Fantaisie en sol majeur de Bach, exécutée en solo. Son partenaire sera le hautboïste Rémi Collard, dont l’instrument se marie tellement bien à l’orgue.

Le carnaval des animaux

Autre personnage familier, puisqu’il en sera à sa troisième visite à la cathédrale, Jean-Willy Kunz aura la distinction d’être le seul organiste à donner un concert ne comportant qu’une tête d’affiche, ce qui arrive une fois par saison. L’organiste en résidence de l’Orchestre symphonique de Montréal ayant sorti un disque consacré au Carnaval des animaux, c’est cette oeuvre de Saint-Saëns qui constituera l’élément central du concert.

«Dans la première partie, par contre, je lui ai demandé d’expliquer en quoi consistent les jeux de l’orgue. C’est le genre de chose dans laquelle il excelle», affirme Céline Fortin. Le programme sera jalonné de quelques curiosités, dont The Ragtime Dance de Scott Joplin et une composition de Debussy, disparu il y a 100 ans, Première arabesque. Et pour ceux qui se le demanderaient, non, il n’a pas intégré un titre de Denis Bédard. C’est un autre Québécois, Maxime Goulet, qu’on entendra en lever de rideau.