Le chef Jean-Michel Malouf dirigera la violoniste Marie Bégin dans un concert de Beethoven, le 18 février.

Orchestre symphonique: l’année de l’exigence et du plaisir

Beethoven, Julie Boulianne, la mort, Charlie Brown, Stéphane Tétreault et le hip-hop de Samian. Les fêtes soulignant le 40e anniversaire de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean sont chose du passé, mais la 41e saison n’aura pas l’air d’un lendemain de veille. Dévoilée mardi, au Conservatoire de musique de Saguenay, la programmation 2019-2020 marie le goût de l’exigence à la notion de plaisir, ce qui correspond à la philosophie qui guide le chef Jean-Michel Malouf.

Le désir d’aborder des oeuvres costaudes, ultimement gratifiantes, l’a poussé à présenter la Symphonie no. 4, opus 98, de Brahms, à l’occasion du premier des cinq grands concerts de l’année. Tenu le 29 septembre, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, il marquera le retour du violoncelliste Stéphane Tétreault, soliste dans le Concerto pour violoncelle, opus 104, de Dvorak.

«Après une saison festive, on aborde un répertoire plus ‘‘dark’’. On visite les replis de l’âme, ce qui sera le cas notamment avec Brahms. Il s’agit d’une grosse symphonie où sont abordées les thématiques du deuil et de la nostalgie», a raconté le maestro au cours d’une entrevue accordée au Quotidien. Ce n’est pas pour rien que l’un de ses professeurs disait que si le public réservait une ovation au chef à la fin de cette oeuvre, c’est qu’il avait manqué son coup. On est dans autre chose que les élans passionnels.

Dans une veine similaire (possiblement jugulaire), le concert Magie et frissons épousera les couleurs de l’Halloween. La direction sera assurée par Nicolas Ellis et l’un des titres phares sera la Totentanz de Liszt. Cette danse des morts ménagera une place de choix au pianiste Jonathan Nemtanu, enseignant depuis quelques mois au Conservatoire de musique de Saguenay. Il sera à l’oeuvre les 2 et 3 novembre, à la Salle Michel-Côté d’Alma et au Théâtre Banque Nationale.

L’année Beethoven

Puisqu’on célébrera le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven en 2020, Jean-Michel Malouf a monté un concert centré sur sa musique. Premier violon au sein de l’orchestre, Marie Bégin assumera le rôle de soliste le 18 février, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, Elle s’attaquera au premier mouvement du Concerto pour violon, opus 61, avant de retrouver ses camarades au moment où ils aborderont la Symphonie No. 1, opus 21.

«Un deuxième concert, présenté au cours de la 42e saison, nous donnera l’occasion de présenter une symphonie plus tardive», révèle Jean-Michel Malouf. Notons au passage que les mélomanes seront conviés à 17h30, plutôt qu’en soirée. C’est une expérience que tente l’orchestre, qui souhaite attirer les gens qui aiment rentrer plus tôt à la maison. Elle a été inspirée par la série de musique de chambre animée par le Quatuor Saguenay. Les programmes tenus à 17h, depuis quelques années ont trouvé leur public.

On ne connaît pas l’identité de la chanteuse qui participera au dernier rendez-vous de la saison, offert dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay. En revanche, on peut confirmer que la mezzo-soprano Julie Boulianne rejoindra l’orchestre le 21 mars, au Théâtre Banque Nationale. Elle chantera Les nuits d’été de Berlioz, tandis que le Choeur symphonique s’investira dans des compositions de Fauré et Elgar.

«L’an dernier, j’ai dirigé Julie dans Werther, à l’Opéra de Québec. Je l’ai adorée, la personne comme l’artiste, et quand je l’ai invitée à faire Les nuits d’été, elle a tout de suite accepté», se réjouit Jean-Michel Malouf qui, en plus de préparer les grands concerts, a planifié les quatre spectacles de la série Découvertes musicales. Elle a pour fin de rejoindre un public familial, ce qu’illustre le programme du 15 décembre. Le Tauray Butler Trio jouera alors des airs de Noël inspirés par le personnage de Charlie Brown.

Samian sur la zone portuaire

La volonté de l’orchestre de se produire pendant l’été donnera lieu à un maillage prometteur, le 11 juillet à 20h. Les musiciens se joindront au rappeur Samian sur la Zone portuaire de Chicoutimi, prolongeant ainsi la soirée d’ouverture du Festival des vins de Saguenay. Comme elle aura lieu à la Place du Citoyen, il suffira de traverser la rue pour faire le plein de notes. «Nous interpréterons trois oeuvres orchestrales, en plus des pièces de Samian orchestrées par Hugo Bégin», précise Jean-Michel Malouf.

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MUSIQUE DE CHAMBRE: UN MÉLANGE D'INNOVATION ET DE TRADITION

La programmation de musique de chambre devrait susciter la curiosité, au fil de la saison 2019-2020. Proposée par l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, conçue et livrée par le Quatuor Saguenay, elle comportera quatre rendez-vous qui balanceront entre l’innovation et la tradition.

La tradition se manifestera de différentes façons, l’une d’elles prenant la forme d’un hommage au luthier français Vuillaume. La violoniste Marie Bégin le connaît bien, puisque son instrument a été fabriqué dans l’atelier du maître, au 19e siècle. Pour souligner ses mérites, ses trois camarades du quatuor joueront aussi avec des Vuillaume. Il reste à les trouver, mais rien ne presse, puisque ce concert aura lieu le 25 février, au Conservatoire de musique de Saguenay.

L’événement suivant, le dernier de la saison, est prévu pour le 7 avril. Comme c’est devenu la coutume, les mélomanes auront le choix de se pointer à 17h ou 20h, ce qui leur permettra d’entendre le Quatuor opus 59 de Beethoven. Faut-il rappeler que le Quatuor Saguenay, jadis Alcan, a enregistré l’intégrale de quatuors à cordes de l’ombrageux Ludwig? Il célébrera ainsi son 30e anniversaire, de même que le 250e de la naissance de Beethoven.

L’innovation, elle, colorera le début de la saison. On en retrouvera la trace dans le programme du 15 octobre, par l’entremise d’une oeuvre de Steve Reich baptisée Different Trains. Le Quatuor Saguenay jouera «live», tandis qu’une bande sonore faisant entendre un train, ainsi que des voix, sera diffusée dans la salle. «Ce sera un défi pour nous, mais il est important de faire découvrir des oeuvres comme celle-ci. En même temps, c’est super accrocheur», fait observer Marie Bégin.

Signalons aussi le jumelage de Souvenir de Florence, un bijou signé Tchaikovsky, et du Verklertenacht de Schöneberg. Celui-ci ayant composé des pièces difficiles d’accès, on aurait pu s’étonner de le voir cohabiter avec le Russe. Or, la partition revisitée le 26 novembre a été écrite dans sa jeunesse, avant les grandes audaces. «C’est du romantisme poussé à l’extrême, une histoire tirée d’un poème. Cette musique est très narrative, comme la bande sonore d’un film», énonce la violoniste.