Valérie Milot présentera le spectacle Orbis, dimanche à 14h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi. Il est caractérisé par l’utilisation des nouvelles technologies, mises au service de compositions couvrant une large palette de sensibilités, de Frank Zappa à John Cage.

Orbis ou la musique réinventée

Sur la programmation de l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean, on annonce la tenue d’un concert baptisé Orbis, en précisant qu’il mettra en vedette la harpiste Valérie Milot. Il est écrit que cet événement qui aura lieu le 24 février à 14 h, au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, mariera la musique et la technologie, une description à laquelle l’artiste a ajouté plus de chair à l’occasion d’une entrevue téléphonique réalisée il y a quelques jours.

Il le fallait, parce que ce projet qu’elle pilote elle-même ne ressemble à aucun autre. Pendant une heure, par exemple, la musicienne sera seule sur la scène, même si on entendra d’autres personnes au fil des interprétations. Son amie Mariane Lambert, soprano de son état, sera la première à se manifester sur une composition d’Antoine Bareil, Castille 1382. Sur El Dorado, de Marjan Mozetich, ce sont vingt membres des Violons du Roy qui l’appuieront.

Ce que les spectateurs verront, cependant, c’est une femme et son instrument, lesquels se trouvent au coeur d’un dispositif sophistiqué jumelant des projections aux éclairages.

« L’idée, c’est que les projections flottent dans le vide. Ça prend toutefois des objets sur lesquels elles peuvent se déposer, ce qui comprend mes vêtements, ainsi que des bandes collées sur le plancher et sur ma harpe », fait remarquer Valérie Milot.

Puisque le visuel est solidement arrimé à la musique, le programme roule au quart de tour. Même les quelques secondes séparant deux pièces sont meublées par des ambiances visuelles et musicales. Pour trouver sa place à l’intérieur de ce cadre très serré, il a fallu que la harpiste s’habitue à jouer dans la pénombre. Ce fut le premier d’une série de défis. « J’ai dû pratiquer dans le noir, alors que j’étais très sensible à l’éclairage. Je voulais toujours qu’il soit optimal, mais j’ai réussi à casser ça », mentionne-t-elle.

Rien ne l’obligeait à le faire, sinon sa volonté de proposer un autre genre de spectacle. Même si la tradition inhérente à l’univers de la musique classique ne la rebute pas, le moment était venu de tenter une expérience. « Je souhaitais voir jusqu’où on pourrait amener la musique, tout en éliminant les temps morts qui ponctuent les concerts. J’en avais besoin et après une quinzaine de représentations, je sais que ça fonctionne. Je vais donc poursuivre ce projet en 2020 », souligne Valérie Milot.

Un programme costaud

Ce qui ne change pas, même dans le contexte défini par Orbis, ce sont les exigences posées par les interprétations. Elles sont particulièrement élevées en raison des choix effectués par la musicienne, qui a ratissé très large. À cet égard, trois noms sautent aux yeux, ceux des formations prog Gentle Giant et King Crimson, de même que celui de Frank Zappa.

Du grand Californien, elle fait G-Spot Tornado, dont lui-même avait signé les arrangements pour orchestre. « On a procédé à une réduction pour violon, violoncelle, alto, flûte et harpe. Cette pièce est à l’image du classique tel qu’on le vit aujourd’hui. Elle reflète le côté actuel, en plus de montrer que Zappa fut un compositeur sérieux », énonce Valérie Milot.

Tout aussi costaude, son incursion dans l’univers de Gentle Giant jette un éclairage nouveau sur la chanson As Old As You’re Young. « Je suis une amatrice de ce groupe, ce qui est le cas de plusieurs personnes associées à la musique classique. Les arrangements sont hypercomplexes et cette pièce module beaucoup, ce qui constitue un défi pour la harpe. Elle a été dure à apprendre, mais se révèle tellement agréable à jouer », note l’interprète.

Pour compléter le concert, dans ce qui tiendra lieu de rappel, elle proposera un titre de King Crimson, le très célébré Discipline. Puisque les membres de cette formation avaient été inspirés par le travail de Steve Reich, celui-ci est représenté par Electric Counterpoint, dont les trois tableaux meublent une quinzaine de minutes. S’y ajoute une jolie chose émanant de John Cage, In A Landscape.

« Pendant que j’interprète cette composition, on voit un arbre pousser. C’est une façon d’illustrer le fil d’Ariane d’Orbis, qui réside dans les éléments de la nature. C’est ce qui donne son unité visuelle au spectacle, sans toutefois empêcher les gens de se faire leurs propres images dans leur tête », raconte Valérie Milot.

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DEUX NOUVEAUX INSTRUMENTS POUR LA HARPISTE

La harpe que Valérie Milot utilise dans le spectacle Orbis est ce qu’il serait convenu d’appeler son vieux modèle. Puisqu’il fallait coller plein de choses dessus, histoire de satisfaire aux exigences techniques de cette production, la musicienne n’a pas voulu se servir des deux instruments qui sont entrés dans sa vie au cours de la dernière année.

C’est à Chicago qu’elle a découvert ces trésors on ne peut plus différents, à l’occasion d’une visite dans l’un des ateliers les plus réputés du monde. « Je cherchais un instrument plus puissant que le mien. J’ai essayé une cinquantaine de modèles, dont un appartenant à la catégorie des harpes de prestige. Le son était très différent », a confié Valérie Milot au Progrès.

Elle a tout de suite senti que c’était le bon instrument, celui qui répondrait pleinement à ses attentes. Le seul problème découlait de son prix, établi à 120 000 $. Ceux qui pourraient le trouver exagéré doivent savoir que cette harpe a été fabriquée par un artisan italien et que celui-ci en crée seulement une par année. On est loin de la production en série.

« Je me suis mise à la recherche d’un mécène et un an plus tard, soit en novembre 2018, monsieur Roger Dubois, le président du Groupe Canimex, a fait preuve d’une grande gentillesse en achetant l’instrument pour moi. Il me l’a ensuite prêté et le résultat est impressionnant lorsque je me produis en concert. Le son est à la fois puissant et rond », rapporte Valérie Milot.

Quelques mois plus tôt, elle a acquis - cette fois à ses frais - une harpe électrique « made in Chicago ». « J’ai eu un coup de coeur pour elle. Comme je peux en jouer tout en la tenant en bandoulière, c’est elle que j’utilise dans le spectacle Orbis, au moment de présenter une pièce de King Crimson en rappel. Elle me permet également de faire du multipiste et du traitement de son », fait observer la musicienne.