Ce long manteau a été présenté à Stockholm dans le cadre d’une exposition collective. C’est à cet endroit que Cindy Dumais a amorcé son blitz créatif. L’artiste s’amuse avec la broderie et les pois, entre autres.

Onze expositions, sept villes

Stockholm. Berlin. Helsinki. Nantes. Montréal. Gatineau. Carleton-sur-Mer. Sept villes et 11 projets au total, dont une exposition en solo. C’est ce qui balisera les activités professionnelles de Cindy Dumais au cours des deux prochaines années, la période la plus intense de sa carrière amorcée au début du millénaire. Ça signifie beaucoup de déplacements, ainsi qu’une présence assidue à son atelier de Chicoutimi, une perspective qui ne l’effraie guère.

« Je suis entrée dans ma période la plus fructueuse, tant au niveau de la création que de la diffusion. J’ai maintenant identifié les matériaux que j’aime utiliser et j’ai développé une expertise en lien avec eux. L’expérience aidant, je suis aussi plus à l’aise pour développer des idées, des concepts qui mènent à la production d’oeuvres », a-t-elle expliqué il y a quelques jours, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

La Saguenéenne sait déjà à quoi ressembleront les projets à venir, en effet. Elle peut en décrire les contours, signe que le syndrome de la page blanche n’est pas à la veille d’altérer ses facultés. Quant à l’exécution, elle nécessitera du temps en atelier, donc beaucoup de discipline. Là encore, aucun problème ne se profile à l’horizon. « Je crée à travers le faire parce que j’ai une approche manuelle fondée sur le principe essai-erreur. Il faut juste se donner du temps pour ça », énonce Cindy Dumais.

Sa sérénité impressionne, à la manière d’un jongleur qui demeurerait imperturbable au moment où plein de boules flottent au-dessus de sa tête. Elle est nourrie par la confiance dans son art et par l’intérêt que suscite sa démarche. Une part découle de sa présence au sein du groupe AMV, aux côtés de Mathieu Valade et Julien Boily. Ils ont développé un réseau de contacts impressionnant, ce qui a donné lieu à plusieurs échanges avec des centres d’artistes établis à l’étranger.

Deux créations de Cindy Dumais visibles sur cette photographie seront dévoilées à la galerie Rosalux de Berlin dans les prochains jours. Il s’agit d’une aquarelle représentant une jupe à pois, ainsi qu’une image en négatif de ce vêtement réalisée grâce à la technique de la broderie.

« Il y a aussi le fait que moi-même, je suis plus active quand vient le temps d’envoyer des dossiers. Il faut être entrepreneur pour générer de la diffusion », estime Cindy Dumais qui, au moment où ce journal était distribué dans les foyers de la région, s’apprêtait à débarquer à Berlin avec ses partenaires d’AMV. Il s’agit de sa deuxième sortie avec eux cette année, la première ayant eu lieu en mai, à la faveur d’une exposition collective tenue à Stockholm, en Suède.

« J’avais alors apporté un manteau long découlant du projet intitulé Le soleil et la mort. Il met en scène deux personnages, dont un qui a la mort gravée sur son manteau. Bientôt, des photos seront réalisées avec Stéfanie Requin Tremblay et Paul Kawczak », annonce l’artiste. C’était la première fois qu’elle avait recours à la broderie, une expérience si concluante que cette technique est devenue partie intégrante de son travail. À Berlin, par exemple, d’autres créations feront écho à cette passion naissante.

L’une des pièces qui seront montrées à la galerie Rosalux est une aquarelle montrant une robe à pois. Elle tiendra compagnie à une représentation de ce vêtement s’apparentant au négatif d’une photographie. « J’ai refait le motif en recourant à la broderie, rapporte Cindy Dumais. J’explore l’idée que nous ne pouvons jamais nous voir en vrai, que nous restons dans l’angle mort. J’aime aussi le sens qu’on peut donner aux pois, le fait que dans notre rétine, il y a un point où on ne voit pas. »

Ses créations côtoieront celles de Julien Boily et de Mathieu Valade, ainsi que d’Amélie Laurence Fortin, de Québec, et d’une artiste de la relève provenant du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Charlie Lescault. Et toujours par le biais d’AMV, deux expositions se dérouleront au printemps 2019. L’une d’elles aura lieu à Nantes ; l’autre, à Helsinki, en Finlande.

Détail de la broderie réalisée par Cindy Dumais, celle-là même qui sera présentée à Berlin.

« Aujourd’hui, il est devenu possible de présenter notre travail à l’extérieur. En nous solidarisant, nous avons accès à plein de réseaux », se réjouit Cindy Dumais.

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PLUS D'OUVERTURE POUR L'ART CRÉÉ EN RÉGION

Signe que les temps changent, Cindy Dumais participera à plusieurs expositions à Montréal au cours des deux prochaines années. Ces projets témoignent de l’ouverture plus grande de la métropole à l’égard des artistes établis dans les régions. « Le fait de posséder un site Web ouvre des possibilités. On sent également que dans le milieu de l’art contemporain, il y a plus de diversité », avance la Saguenéenne.

Elle croit aussi qu’après avoir mis le pied dans la porte, les opportunités se multiplient. « Plus on est exposés à l’extérieur, plus ça allume l’intérêt », affirme l’artiste. C’est ainsi que jusqu’au 20 octobre, elle participe à une exposition collective au Centre Skol, baptisée Tension monstre. On y trouve des sculptures réalisées en 2014 et en 2016, ainsi qu’une aquarelle formant un diptyque. Cette oeuvre récente a pour titre Illumination et représente un homme accompagné d’un enfant. « En peinture, l’aquarelle constitue mon médium favori. Souvent, le résultat est plus satisfaisant que l’idée initiale. Dans ce cas-ci, par exemple, il y a une ambiguïté. L’enfant semble tirer un fil, mais ce n’est pas clair, tandis que la deuxième toile donne l’impression que la tête de l’homme forme un cocon. Comme je m’intéresse à la notion du double, ça marque le début d’une série », annonce Cindy Dumais.

Toujours dans la métropole, elle participe pour une troisième fois à une exposition-bénéfice tenue chez CIRCA. Le vernissage a lieu aujourd’hui (dimanche). Une trentaine d’artistes sont de la partie et la Saguenéenne a apporté Éclat de rire, un tableau réalisé à l’encre et à l’aquarelle. Puisqu’il montre une bouche qui rit sur fond noir, on pense au chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles ou à Snoopy lorsqu’il personnifie le Cheshire Beagle. À chacun ses classiques.

En solo

En septembre 2019, par ailleurs, son exposition en solo baptisée Les conversations reprendra du service dans la foulée d’un séjour au Centre Sagamie d’Alma en 2016. Elle atterrira chez ARPRIM, un centre d’essai qui se consacre à l’art imprimé. Enfin, Cindy Dumais contribuera au festival Art souterrain, présenté en mars prochain. La thématique sera le vrai du faux et mènera à la création d’une installation intitulée Take All The Roads.

« Je travaille sur le poème de Robert Frost, The Road Not Taken. Ce sera assez gros comme oeuvre. Il y aura une image imprimée sur du vinyle ainsi que du tissu et de la broderie. Je ne sais pas à quoi m’attendre parce qu’il s’agira de ma première présence à cet événement qui se déroule dans des couloirs souterrains », fait observer la Saguenéenne, qui a également l’intention de plancher sur une installation en compagnie du performeur Sébastien Dulude, cette fois à Gatineau.

« Le principe derrière cette manifestation est un texte, une oeuvre. Le projet de Gatineau mobilisera aussi les auteurs Stéfanie Requin Tremblay et Paul Kawczak, tandis qu’en mai 2020, il y aura une suite au centre d’artistes Vaste et Vague de Carleton-sur-Mer. Ce sera le troisième volet de ma série Entretiens amorcée à Stockholm en mai dernier », note Cindy Dumais en référant au premier projet piloté de concert avec Stéfanie Requin Tremblay et Paul Kawczak.

À Gatineau, encore, une exposition en solo figure à son agenda. Elle se concrétisera chez Art Image en mai 2019 et s’appuiera sur des textes soumis par des écrivains tels Larry Tremblay, Mylène Bouchard, Jean Désy, Hélène Dorion, Marie-Andrée Gill et Jean-Pierre Vidal. « Je pars de textes qu’ils m’ont remis, des premiers jets », résume Cindy Dumais.