Voici Olivier Latry à la cathédrale de Chicoutimi, le 30 juillet 2013. Il avait donné un concert à cet endroit, à l’invitation de l’organiste Céline Fortin.

Olivier Latry, de Notre-Dame à Chicoutimi

CHRONIQUE / Au moment où le sort de Notre-Dame de Paris demeurait incertain, un pied dans le néant, un pied dans l’éternité, j’ai eu une pensée pour Olivier Latry. Titulaire des grandes orgues, ce musicien émérite retrouverait-il son fabuleux instrument? Même aujourd’hui, alors qu’on sait que le bâtiment sera restauré, la réponse à cette question demeure floue. Tant qu’on n’aura pas examiné les mécanismes, les tuyaux, la console, il faudra se contenter d’espérer avec lui.

Au cours de l’entrevue téléphonique qu’il m’a accordée il y a six ans, en prévision de sa visite à la cathédrale de Chicoutimi, le musicien avait évoqué les travaux réalisés à Notre-Dame. Coïncidant avec le 850e anniversaire de la pose de la première pierre, ils avaient mené à l’installation de huit nouvelles cloches et au nettoyage des peintures, entre autres choses.

Lui-même avait sorti un excellent album intitulé Trois siècles d’orgue à Notre-Dame de Paris, un hommage à ceux qui l’ont précédé à la tribune, autant qu’à l’instrument lui-même. L’un de ces maîtres, Louis Vierne, a composé des oeuvres majeures du répertoire. Il a aussi connu une fin dramatique le 2 juin 1937, poussant son dernier souffle à la tribune, au beau milieu d’un récital.

«L’orgue, c’est une oeuvre d’art collective. Comme l’église, il a toujours été en évolution, en mouvement. Et toujours, on a gardé les choses anciennes», m’avait raconté Olivier Latry. C’est ce qui faisait de l’orgue de Notre-Dame un cas d’espèce, eu égard à son âge. Chaque époque lui a permis d’acquérir de nouvelles propriétés se superposant à celles qui ont balisé la marche des siècles.

«C’est l’un des instruments les plus transcendants que je connaisse au chapitre du son, avait ajouté le musicien. Chaque fois, j’y vais comme si c’était la première fois et je suis toujours émerveillé. Du fait de ses 115 jeux, ses cinq claviers, il est très fort, un peu hypertrophié. Que ce soit pour la force ou la douceur, on trouve toujours de la ressource, et c’est encore plus vrai de nos jours, grâce à l’électronique.»

Cet homme d’une extrême gentillesse, très attaché au Québec, avait donné un concert mémorable à la cathédrale de Chicoutimi, le 30 juillet 2013. Les airs composés par ses prédécesseurs à la tribune de Notre-Dame avaient suscité l’enthousiasme des mélomanes, qui, ce soir-là, occupaient toutes les places disponibles. Un souvenir heureux, en somme, pour atténuer le profond désarroi résultant des événements de lundi.