Créée par Le Théâtre de La Tortue Noire et le Théâtre La Rubrique, la pièce Ogre a connu des débuts prometteurs, mardi, lors d’une représentation donnée à Paris.

Ogre plus forte que le coronavirus

Même le coronavirus n’a pas réduit Ogre au silence. Le personnage narcissique imaginé par l’écrivain Larry Tremblay, porté à la scène par le Théâtre de La Tortue Noire et le Théâtre La Rubrique, a amorcé une série de six représentations, mardi soir, à Paris. Quelques personnes avaient annulé leur réservation par crainte de se voir contaminées, mais la première européenne du spectacle s’est déroulée sans anicroche à la salle Le Mouffetard.

Près de 130 des 200 sièges étaient occupés et pour donner une idée de l’intérêt que suscite cette création, des représentants de plusieurs médias, dont les quotidiens Le Monde et Le Parisien, étaient présents. Leur camarade du Figaro devait se pointer mercredi. Ils ont pu constater que la transition de Jonquière vers Paris, dans un lieu plus exigu que la salle Pierrette-Gaudreault, s’est faite tout naturellement. La facture visuelle et le propos ont donné lieu à des éloges.

« Après la représentation, une réception a été organisée dans le hall, à l’initiative de la Délégation générale du Québec à Paris. Vu la taille de l’ogre, des gens nous ont dit que nous avions inventé un nouveau langage marionnettique. D’autres ont souligné que Larry Tremblay était en avance sur son temps. Dès les années 1990, il a vu venir le phénomène de la téléréalité », a raconté Dany Lefrançois, directeur artistique de La Tortue Noire, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Dany Lefrançois et Sara Moisan ont donné la 100e représentation de la pièce Kiwi, il y a quelques jours, à Paris. Elle a été encensée dans le quotidien Le Monde, où on a vanté la mise en scène de Guylaine Rivard.

Deux répétitions avaient permis aux membres de l’équipe de se mouler aux dimensions de la salle. Ils ont travaillé dans une relative sérénité, malgré l’incertitude qui entoure les manifestations publiques. Le gouvernement envisage en effet de serrer la vis sur les rassemblements, y compris les plus modestes, comme c’est le cas depuis quelques jours en Italie. C’est ce qu’on appelle le stade 3, une épée de Damoclès qui, pour l’heure, ne s’est pas abattue sur Ogre.

« Puisque nous n’avions pas de pouvoir sur la situation, nous nous sommes concentrés sur les répétitions. Il y a un petit danger qui plane sur les représentations qui seront données jusqu’à samedi, mais nous sommes confiants. Plusieurs croient que le gouvernement attendra la tenue des élections municipales, dimanche, avant de passer au stade 3. Là, je dirais que nous sommes rendus au stade 2,5 », énonce Dany Lefrançois avec humour.

Il voit tout de même que le métro et les rues sont moins achalandés qu’au début du séjour de La Tortue Noire à Paris, dans la première semaine de février. Par bonheur, la crise est survenue après que la compagnie saguenéenne ait pu présenter Le Grand Oeuvre au Théâtre des Roches, situé à Montreuil, puis les pièces Le petit cercle de craie, Kiwi et Ogre au Mouffetard.

Voici la metteure en scène Guylaine Rivard, ainsi que les interprètes de la pièce Kiwi, Sara Moisan et Dany Lefrançois, pendant un échange avec le public rassemblé au théâtre Mouffetard.

S’agissant de Kiwi, une critique très favorable a été publiée dans Le Monde, il y a quelques jours. On a vanté la mise en scène de Guylaine Rivard, ainsi que le travail des marionnettistes Sara Moisan et Dany Lefrançois. « Ça nous a touchés », confie ce dernier.

Bien que cette production ait vu le jour il y a 13 ans, à partir d’un texte de Daniel Danis, elle n’a pas perdu de son actualité, ont relevé plusieurs spectateurs. Le sort des jeunes de la rue est aussi peu enviable que le jour de la première tenue à Jonquière.

Ogre s’est attiré des commentaires similaires. Ce personnage qui parle constamment de lui, tout en jetant un regard méprisant sur ceux qui ont l’infortune de le côtoyer, a amené plusieurs personnes à tracer un parallèle avec le président américain Donald Trump. D’autres ont pensé au producteur Harvey Weinstein, en voyant de quelle manière la marionnette traite les manipulateurs chargés de lui prêter vie.

Captée devant La Conciergerie, cette photographie montre plusieurs membres du Théâtre de la Tortue Noire à l’occasion d’une visite effectuée samedi dernier. Inspiré par la pièce Le Grand Oeuvre, qu’il a eu la chance de voir le mois passé, à Montreuil, le guide Philippe Roullaux a monté un circuit faisant la part belle au Paris médiéval. Pour saluer cette initiative, chacun avait apporté un objet semblable à ceux qui sont utilisés dans le cadre du spectacle livré par Martin Gagnon et Dany Lefrançois.

Un autre lien avec l’actualité, totalement accidentel, a donné lieu à une réaction spontanée au sein de l’assistance, dans laquelle se trouvait Larry Tremblay. « À un moment donné, l’ogre a lancé une phrase qui a eu beaucoup de résonnance : “ Les virus sont à la mode”. Les gens ont ri en entendant cette réplique écrite il y a si longtemps », rapporte-t-il.