Jean Lesage

Notre télévision amnésique

PLACE PUBLIQUE / Il y a de quoi être jaloux. La semaine dernière, au réseau PBS, on pouvait voir un documentaire de deux heures consacré à une expédition en Amazonie effectuée par l’ancien président Theodore Roosevelt au début du 20e siècle, une aventure qui a failli lui coûter la vie. Toujours cet hiver, une série intitulée Ni dieu ni maître, une histoire de l’anarchisme est diffusée par le réseau TV5. Elle a été créée en France et constitue un fascinant survol de ce courant de pensée – et d’action – qui a essaimé partout sur le globe.

Ce ne sont que deux exemples parmi bien d’autres, mais vous chercherez longtemps avant de dénicher une production de même nature évoquant l’histoire du Québec, voire même du Canada. Prenez un premier ministre aussi important que Jean Lesage, celui qui a engagé le Québec sur la voie de la modernité au début des années 1960. Il n’y a rien à son sujet qui ait été diffusé sur nos écrans frappés d’amnésie. Pendant ce temps, ces Américains dont on se plaît à railler l’inculture ont brossé des portraits remarquables de leurs présidents, toujours sur PBS.

Chacune de ces émissions livre un point de vue nuancé sur leur mandat, tout en ouvrant une fenêtre sur la personnalité de ces hommes en évoquant leurs années d’apprentissage, leurs zones d’ombre et leur caractère, de même que les courants sociaux avec lesquels ils ont dû composer. On ne craint pas de montrer des photos et des films en noir et blanc, alors qu’ici, on semble croire que les téléspectateurs n’ont pas assez de jugeote pour apprécier de tels documents. C’est ainsi qu’on a produit des téléromans afin de raconter la vie de René Lévesque et celle de Félix Leclerc, qui méritaient bien mieux.

Remarquez que ce n’est pas plus édifiant au Canada anglais où des gens comme Laurier, Mackenzie King et Pearson n’existent qu’entre les pages d’un livre, parfois sur un billet de banque. Ils n’ont pas justifié le tournage d’un documentaire, pas plus que des événements tels que la rébellion des Métis ou l’intégration de Terre-Neuve dans la Confédération. C’est comme si ce pays jugeait son passé inintéressant, ce qui, pour une rare fois, correspond à la vision qui prévaut au Québec.