André Tremblay a illustré le processus créatif qui a donné naissance à cette aquarelle de Micheline Hamel, intitulée Docteure Véronique. Neuf photographies racontent de quelle manière l’oeuvre a vu le jour, lesquelles sont présentées jusqu’au 15 octobre, à la bibliothèque municipale de Chicoutimi.

Neuf photos pour un tableau

Lorsque Micheline Hamel peint une aquarelle, il s’agit d’une activité solitaire. Ses tableaux sont si foisonnants, la marge d’erreur si minuscule, que la présence d’une autre personne constitue un obstacle presque insurmontable. On mesure donc le caractère exceptionnel du projet auquel l’artiste a participé dans les derniers mois, à la demande du photographe amateur André Tremblay.

Celui-ci voulait monter une exposition sous l’égide du Club Photo Chicoutimi. On lui avait donné carte blanche et l’idée lui est venue d’observer le travail de Micheline Hamel, dont il possédait quelques oeuvres, sans la connaître intimement. Ça tombait bien, puisqu’elle avait reçu une commande de l’omnipraticienne Véronique Fortin. Celle-ci désirait acquérir une toile ayant pour thème la médecine, ce qui a donné naissance à un chantier étalé sur quelques mois.

«C’est la photographie qui me parle le  plus», confie Micheline Hamel. Sur cette image captée par André Tremblay, on la voit retirer des pigments à l’aide d’une brosse à dents.

Pendant une dizaine de séances, André Tremblay s’est donc pointé dans l’atelier de l’artiste, situé près du centre-ville de Chicoutimi. Le lieu est charmant, surtout l’après-midi, quand la lumière naturelle est mieux diffusée. Le photographe avait pour mission de se fondre avec les murs, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. «André a été d’une grande patience. En quelques occasions, j’ai tout de même oublié sa présence», a confié Micheline Hamel au cours d’une entrevue accordée au Quotidien.

Près de 400 photographies ont été captées, au total. Le quart d’entre elles ont été travaillées, puis est venue l’étape la plus exigeante, celle de la sélection finale. Il fallait identifier les neuf images qui seraient accrochées à l’intérieur de la bibliothèque municipale de Chicoutimi. Ce sont celles qui forment l’exposition Et Micheline créa une aquarelle... non, une «aquabelle»!, présentée jusqu’au 15 octobre.

Voici Micheline Hamel dans son atelier, en train de créer l’aquarelle intitulée Docteure Véronique.

«Je voulais montrer les croquis, les pinceaux, les différents outils dont se sert Micheline, ce qui comprend un séchoir à cheveux et des brosses à dents. J’ai aussi cherché les photographies qui parlaient, qui racontaient quelque chose. J’ai participé à la sélection avec Micheline, ainsi que mon épouse, Luce Tremblay. Il y a des fois où je n’ai pas eu le dernier mot», raconte André Tremblay en souriant.

Une expérience éclairante

Accrochées au fond de la bibliothèque, sur le mur situé du côté ouest, les photographies placent l’oeuvre à l’avant-plan. On ne voit l’artiste qu’une fois, promenant son pinceau sur la toile où prend forme l’aquarelle baptisée Docteure Véronique. La séquence débute par des croquis, puis viennent les étapes les plus significatives. Ainsi apparaît l’envers du décor, comme sur cette image où un détail du tableau, un poumon qui se mue en instrument de musique, fait l’objet d’un traitement particulier.

La première photographie présentée dans le cadre de l’exposition d’André Tremblay montre des croquis de Micheline Hamel.

«C’est la photographie qui me parle le plus, puisqu’elle dit beaucoup de choses à propos de mon processus de création. Je tiens une serviette mouillée dans une main, tandis que l’autre manipule une brosse à dents avec laquelle j’enlève des pigments qui ont taché le papier. On remarque également la présence de bouts de ‘‘masking tape’’ collés à côté du tableau», fait observer Micheline Hamel.

«Ce projet a changé ma façon de voir son travail. Je peux imaginer de quelle manière il évolue, parce que l’accent est mis sur le processus», indique André Tremblay. De son côté, l’artiste se dit satisfaite d’avoir participé à cette expérience. «Je me suis sentie respectée et les photographies m’ont amenée à réfléchir sur ma démarche. J’ai réalisé à quel point elle me procure une forme de liberté», analyse l’aquarelliste.

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L'EXPOSITION REND JUSTICE À L'AQUARELLE

Docteure Véronique, le tableau dont la gestation a été suivie avec assiduité par le photographe amateur André Tremblay, est représentatif de la vision artistique de Micheline Hamel. On y trouve tous les éléments qui caractérisent son travail, notamment son imagination débordante, servie par une solide maîtrise de l’aquarelle, un médium plus exigeant qu’on l’imagine.

Après avoir accepté de produire une oeuvre centrée sur la médecine, à la demande de l’omnipraticienne Véronique Fortin, la Chicoutimienne a établi un lien avec la musique. Ça lui est venu spontanément, puisqu’elle l’a enseignée pendant 34 ans au sein du réseau scolaire, en plus d’assumer la direction artistique du Choeur Euphonie. « Je suis partie du coeur pour en faire un violoncelle. C’était une façon de laisser aller le côté cartésien », explique Micheline Hamel.

Son drôle d’orchestre regroupe un rein en coupe, un foetus, des poumons et des intestins qui se confondent avec le manche du violoncelle. On remarque également un cerveau qui ressemble à un tambourin, ainsi qu’une jeune femme aux longs cheveux frisés, élégante dans son sarrau blanc. Elle fait de la musique, tandis que son stéthoscope se déploie à l’infini, jusqu’à ce qu’il ressemble à une branche. Bien sûr, c’est à elle que le tableau est destiné.

Même un observateur distrait réalisera à quel point cette oeuvre est le fruit d’une technique éprouvée. Il y a tant de détails, en effet, et tant de précision dans le rendu. Pas étonnant que sur l’une des photographies d’André Tremblay, plein de bouts de « masking tape » sont alignés au bord de la toile. L’artiste s’en sert régulièrement afin de protéger des sections déjà peintes.

« Peut-être que l’exposition de monsieur Tremblay amènera les visiteurs à apprécier pleinement l’aquarelle », espère Micheline Hamel. « Parler de la médecine comme elle le fait, c’est un exercice intellectuel », renchérit le photographe amateur, heureux d’avoir été le témoin privilégié de la naissance de Docteure Véronique.