Nathalie Lavoie présente le premier des 12 cabinets de curiosités qui se succéderont cette année, à la bibliothèque municipale de La Baie. Elle a remis cette ancienne pratique au goût du jour en créant des expositions qui, chaque mois, épouseront une forme différente.

Nathalie Lavoie revisite les cabinets de curiosités

Nathalie Lavoie a passé une partie de l’été les yeux baissés, sans pourtant que ce soit le fait d’une timidité excessive. L’artiste enracinée à La Baie a profité de ses marches le long de la grève, l’un des plaisirs qu’elle s’accorde à la belle saison, pour recueillir de petits trésors susceptibles d’enflammer son imagination. Plusieurs d’entre eux effectueront un séjour à la bibliothèque municipale de La Baie cette année, dans le cadre d’un ambitieux projet baptisé Les cabinets de curiosités.

Chaque mois, un thème différent sera abordé. En janvier, par exemple, les polystyrènes sont à l’honneur. Il y en a de toutes les formes, de toutes les couleurs, alignés sur les trois paliers du présentoir qui tient lieu de salle d’exposition. Pour y jeter un oeil, il suffit de se rendre au fond de la bibliothèque, dans la section consacrée aux ouvrages de référence.

Dans le premier volet de son projet centré sur les cabinets de curiosités, Nathalie Lavoie a mis l’accent sur le polystyrène. Des débris récupérés sur la grève, à La Baie, tiennent compagnie à des sculptures en argile, ainsi qu’à des boules évocatrices de l’hiver.

Comme elle est petite et relativement isolée, le visiteur est plongé dans une atmosphère propice au recueillement. C’est l’endroit idéal pour laisser son esprit vagabonder, tout en observant les pièces rassemblées par Nathalie Lavoie. « L’objectif est que le regard respire, que la personne puisse créer sa propre histoire. J’ai toutefois constaté que pour présenter le peu, ça demande beaucoup de travail », lance-t-elle, d’un ton enjoué.

Ce qui étonne lorsqu’on examine son premier cabinet de curiosités, visible jusqu’au début de février, ce sont les formes variées qu’épousent les débris de polystyrène. Ceux posés sur le palier supérieur sont lisses et colorés, alors que les pièces du milieu sont formées d’innombrables bulles. En dessous, par ailleurs, de jolies boules blanches font écho à l’hiver. Elles ont été achetées dans un magasin, ce qui explique leur forme parfaite et leur blancheur exemple de toute saleté.

Inspirée par l’espace où se déploieront ses 12 expositions tenues cette année, à la bibliothèque municipale de La Baie, Nathalie Lavoie a réalisé cette sculpture reproduisant une oeuvre de l’artiste italien Andrea Galvani.

« C’est une façon de jeter un regard poétique sur ce qui nous entoure. Après tout, c’est un matériau curieux, le polystyrène. Il y en a de toutes les sortes. Pour en faire des objets précieux, j’ai placé les débris sur des socles », explique l’artiste. Elle les compare à des corps célestes, ce qui l’a incitée à produire des météorites en façonnant de l’argile, lesquelles font également partie de son cabinet.

Dans la même foulée, Nathalie Lavoie a créé un cheval dont la tête est constituée de petites boules de polystyrène. Fort élégant, il est pareil à celui qui a été imaginé par l’artiste italien Andrea Galvani, il y a quelques années. Pour l’observer, il suffit de jeter un oeil derrière la verrière. Il a été posé dans un espace dégagé entre deux rangées de livres.

« Cette exposition rejoint mon intérêt pour les installations et pour la sculpture. Elle me donne l’occasion d’aborder notre rapport au temps, à travers l’érosion des pièces recueillies sur la grève », énonce la Baieriveraine, qui invite les amateurs d’art à participer à un atelier en sa compagnie, le 2 février. Ils pourront réaliser des collages et des exercices de dessin, de 13 h 30 à 15 h 30, en se rendant à la salle polyvalente de la bibliothèque. Pour s’inscrire, il suffit de téléphoner au 418 698-5350, poste 4151.

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UNE DÉMARCHE DE TRÈS LONGUE HALEINE

Les cabinets de curiosités qui ont inspiré Nathalie Lavoie furent les ancêtres des musées. Ils renfermaient des objets de petite taille qui correspondaient, le plus souvent, à une thématique bien ciblée. Certains avaient une vocation artistique, alors que d’autres mettaient en relief des disciplines comme la minéralogie, la biologie ou l’archéologie.

L’artiste baieriveraine, elle, a privilégié son environnement immédiat. Qu’il s’agisse de son jardin, des rives de la baie des Ha ! Ha ! ou des secteurs forestiers, elle a consacré plusieurs mois à la cueillette de petits trésors susceptibles de figurer dans l’une des 12 expositions présentées cette année, à la bibliothèque municipale de La Baie. La liste des possibilités était infinie, au point où l’aménagement d’un deuxième atelier est devenu une nécessité.

Des champignons, du bois de grève, des fleurs, des noix, des cocottes, des débris de polystyrène et pleins d’autres choses ont attiré son regard. « J’ai même trouvé un huard mort dont j’ai conservé le crâne, très beau, tout en reproduisant des ossements en les sculptant dans de l’argile », a-t-elle confié, il y a quelques jours, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Pour faciliter la gestation de ses 12 expositions, Nathalie Lavoie a disposé les pièces sur des tables. Puis, peu à peu, des thématiques sont apparues. « Au début, je ne savais pas quelle direction je prendrais. J’ai commencé par faire des regroupements par table, avant de passer à l’étape suivante, soit la répartition des objets sur trois paliers. Le plus difficile a été de trouver les angles à privilégier », raconte-t-elle.

La floraison est apparue comme l’un des thèmes méritant d’être explorés, une démarche dont on découvrira les fruits en avril. Ce sera le tour des champignons en juillet, du bois de grève et des ossatures en mars, des noix et des cocottes en septembre. Il y aura également une couleur, le bleu, qui sera omniprésente en juin, tandis que le corps humain meublera l’imaginaire des visiteurs en mai.

« Il reste deux mois à définir, et même pour ceux qui sont planifiés, je me garde une marge de liberté. En procédant à l’installation, ce que je fais au premier lundi de chaque mois, je me laisse inspirer par les lieux », indique la Baieriveraine, dont l’agenda pour 2019 comprend également une présence au Centre national d’exposition de Jonquière.