Natasha Kanapé Fontaine, Christophe Payeur et Marco Collin font partie de la distribution de Muliats, une pièce qui fait du bien à l’âme, puisqu’elle laisse entrevoir la possibilité d’un dialogue entre Québécois et Amérindiens. Elle a été présentée jeudi soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Muliats: l’espoir d’un dialogue entre les peuples

Lorsque les lumières se sont rallumées jeudi soir, dans la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, il s’est produit un étrange phénomène.

Le public, nombreux, s’est levé pour applaudir les comédiens Marco Collin, Natasha Kanapé Fontaine, Charles Bender et Christophe Payer qui, pendant un peu plus d’une heure, avaient défendu Muliats, une pièce qu’ils ont créée avec la complicité du metteur en scène Xavier Huard. Rien de très anormal, sauf qu’il y avait quelque chose de spécial dans l’air. Appelons ça de l’espoir, mêlé à une forme d’apaisement.

L’histoire qui venait d’être racontée est celle d’un Innu de Mashteuiatsh, Shaniss, qui préfère qu’on l’appelle Charles. Sitôt arrivé à Montréal, il essaie tant bien que mal d’apprivoiser la grande ville et aussi son colocataire, un pure laine prénommé Christophe. Celui-ci connaît tous les replis de l’Europe, mais rien du Québec à l’extérieur du 514. Sa bonne volonté est manifeste, autant que son extrême maladresse qui, rapidement, va retrousser le poil du nouveau venu.

Une crise éclate le jour de l’anniversaire de Shaniss-Charles. Croyant rendre hommage à sa culture, Christophe lui remet une coiffe de plumes en cadeau. « La réplique cheap d’un objet cérémonial sacré », tonne le gars du Lac-Saint-Jean. D’autres incidents suivront, dont un qui met en cause le frère aîné, Marco. Ayant assimilé le départ du cadet à une désertion, il atterrit dans l’appartement et cherche à rétablir les ponts, ignorant que l’autre se sent étranger partout, y compris parmi les siens.

On approche d’une résolution qu’annonçaient les chants amérindiens entonnés doucement par Marco Collin et Natasha Kanapé Fontaine, ainsi qu’une jolie danse et des échanges en langue innue, sans parler du moment où le comédien originaire de Mashteuiatsh est sorti de son personnage afin de s’adresser aux spectateurs. Pour couronner cette intervention qui a allégé l’atmosphère, il leur a fait répéter un chapelet de mots avant de les féliciter : « Vous venez de compter jusqu’à dix. »

Un autre trait d’humour est survenu lorsque Natasha Kanapé Fontaine a campé une amie de Christophe, une Blanche qui méprise les Amérindiens. Impossible d’oublier qui incarne ce personnage, en effet, même quand celui-ci profère des insanités du genre : « On n’a pas à s’excuser d’avoir gagné. » C’est aussi sur un ton léger que Christophe et les deux frères ont pris congé du public, au sein duquel on remarquait plusieurs représentants des Premières Nations.

Leurs différends étant chose du passé, ils se tiraient la pipe en attendant de partir pour le Lac-Saint-Jean, préfigurant ce qui pourrait arriver si les Québécois et les Amérindiens essayaient enfin de se comprendre. Et justement, à la conclusion de cette pièce des Productions Menuentakuan intégrée à la programmation du Théâtre La Rubrique, les comédiens ont invité les gens à discuter en sirotant un thé du Labrador. Une fois de plus, c’est vers la salle que les projecteurs étaient tournés.