Mononc' Serge en campagne à Tadoussac

Mononc' Serge n'a pas attendu le déclenchement officiel de la campagne électorale pour plaider la cause de sa nouvelle formation, le Parti révolutionnaire conservateur du Québec (PRCQ). Il a profité de son passage au Festival de la chanson de Tadoussac, samedi soir, dans une auberge de jeunesse où il y avait beaucoup de citoyens au pied carré, pour jeter une lumière crue sur les énoncés contenus dans son plus récent album, Révolution conservatrice.

Lui et ses musiciens ont manifestement croisé la route de faiseurs d'images, puisqu'ils se sont présentés à leurs disciples en arborant des coupes de cheveux élégamment négligées. Et sous leurs vestons, chacun portait le vêtement fétiche du parti, un chandail à col roulé.

«Il faut préserver cette tradition québécoise. Ce chandail a été porté par le grand Gilles Vigneault et dans les dernières années, la tradition a été perpétuée par un immigrant tchèque, Tomas Plekanek. Vive Plekanek! Vive Gilles Vigneault! Vive le col roulé», a proclamé le futur premier ministre, dont l'article 1 du programme est évoqué dans la chanson Mon droit à l'incohérence.

Voici à quoi ressemble Mononc' Serge en mode électoral, une vision partagée par plusieurs centaines de personnes rassemblées samedi soir, à l'Auberge de jeunesse de Tadoussac, dans le cadre du Festival de la chanson.

Cette apologie du n'importe quoi a été livrée avec une vigueur de bon aloi, sur une trame de guitare chargée de réverbération, gracieuseté de l'Honorable Fire Lewis. Dans une veine plus rock'n roll, le trio complété par un autre ministre en réserve de la Nation, le batteur Ugo Di Vito, a rendu à La transgression ses lettres de noblesse. C'est sur ce titre, une quinzaine de minutes après le début du spectacle, que des membres de la Commission jeunesse ont commencé à danser au pied de la scène. Une répétition en attendant le Grand Soir.

Histoire de soigner ses relations avec les forces de l'ordre, Mononc' Serge a poursuivi la mise en place du premier gouvernement du PRCQ  en entonnant Moi, j'aime la police. Le beat était plus lourd, la voix poussée à la limite du hors-jeu, un dixième d'octave en bas du regretté Klaus Nomi, ce qui n'a pas empêché les gens de danser. On a même aperçu un retraité de la Sécurité publique de Saguenay dans l'assistance, esquissant quelques mouvements du bassin, preuve que le message a été reçu cinq sur cinq.

Or, même une personne ne comprenant pas un traître mot de français aurait senti une forme d'appel, tant les musiques distillées par le trio sont efficaces. À cet égard, des sommets ont été atteints sur La dictature de la vertu pour cause de guitare vénéneuse et sur Tout le monde se crisse de Mononc' Serge, un air hyper dansant qui rappelle le meilleur du punk français des années 1980.

Tout ça pour dire que l'homme a encore trouvé une façon de se renouveler sans toucher à l'essentiel: son humour décapant, ses allégeances musicales et sa profonde intelligence grâce à laquelle, l'air de ne pas y toucher, il brosse un portrait de notre société tellement lucide qu'il frôle la cruauté.

Il répétera l'exercice dimanche à 22h 30, toujours à l'Auberge de jeunesse, avant de se produire à la Marina de Chicoutimi le 5 juillet, dans le cadre de La Noce. Notons enfin que le 20 juillet, Mononc' Serge est attendu au Bistrot de l'Anse de L'Anse-Saint-Jean.