Monique Leyrac s’est fait discrète depuis qu’elle a pris sa retraite de la scène, à l’âge de 65 ans. Il était donc approprié que François Dompierre lui consacre un livre épousant la forme d’une biographie romancée.

Monique Leyrac, la chanteuse oubliée

Ainsi en est-il en ces temps oublieux. Le nom de Monique Leyrac, l’artiste québécoise la plus populaire des années 1960, chez elle comme en Europe, possède une faible résonnance. «Les moins de 50 ans ne la connaissent pas et je dois dire qu’elle-même n’a rien fait pour raviver sa mémoire. On l’a oubliée et c’est un peu injuste», constate François Dompierre.

Si l’oeuvre du musicien est familière, son goût pour l’écriture est tout aussi profond. Et justement, il a trouvé matière à s’exprimer à la suite d’une rencontre impromptue dans une épicerie des Cantons de l’Est, il y a cinq ans. Son panier a heurté légèrement une dame âgée, laquelle a eu un mouvement d’humeur avant de le reconnaître. Heureux de se retrouver, les deux artistes ont soupé ensemble et partagé maintes anecdotes. C’est dans ce contexte que l’idée de produire un livre a pris forme.

«Je trouvais que Monique Leyrac avait eu une vie palpitante, à une époque où le destin des femmes était terne. Elle a accepté de participer et nous avons eu une vingtaine d’entretiens, ce qui ne s’est pas fait d’un trait parce que ces échanges l’empêchaient de dormir. Il y a même une fois où elle a voulu se retirer. Je suis passé à autre chose et un jour, elle m’a rappelé», raconte François Dompierre.

Ne se considérant pas comme un biographe, il a opté pour la forme romancée. Les faits sont véridiques, mais l’auteur a recouru à son imagination pour rendre l’atmosphère dans laquelle a baigné la chanteuse et comédienne. C’est aussi l’une des raisons qui justifient l’absence de photographies, hormis celle - très jolie - qui figure sur la couverture. C’est au lecteur de se faire ses propres images.

Le texte, toujours le texte

Le destin de Monique Leyrac s’est cristallisé très tôt. Vivant à Rosemont dans une famille de condition modeste, elle s’est mise en tête de devenir comédienne, ce qui a mené à un premier contrat à la radio, à l’âge de 14 ans. La chanson est venue par accident, un hobby qui a pris un tour plus sérieux à la suite de quelques apparitions au Faisan Doré. Opéré par le crime organisé, ce cabaret dont la vedette était Jacques Normand, qui allait devenir son amant et la source d’un grand chagrin, lui a servi de tremplin.

«Rien ne l’intimidait. Sans renier son milieu, cette femme qui n’avait pas complété sa neuvième année est devenue une grande chanteuse et une excellente comédienne. Elle a joué dans les classiques, du Molière, du Corneille, et aussi dans des boulevards. Et dans tous ses projets, le texte était la chose la plus importante», fait observer François Dompierre.

Le Québec et l’Europe lui ont tendu les bras, bien avant que Robert Charlebois ne débarque à l’Olympia. Même aux États-Unis, la porte était ouverte. Un producteur réputé a multiplié les appels du pied, sûr qu’il en ferait une vedette. «Elle a refusé parce qu’elle voulait chanter un certain répertoire, plutôt que de faire des compromis, ce qui aurait été inévitable», explique l’auteur de Monique Leyrac, le roman d’une vie.

Une femme de caractère

Sensible aux idées portées par la Révolution tranquille, l’interprète a raffiné son approche au début des années 1960. Moins dispersé qu’à ses débuts, son répertoire a fait la part belle aux artistes québécois incarnant la modernité, des gens comme Gilles Vigneault, Jean-Pierre Ferland, Jacques Blanchet et, bien sûr, son vieil ami Félix Leclerc. Signe des temps, son album regroupant des chansons de Vigneault a été écoulé à 100 000 exemplaires.

Dans le livre, on voit poindre le caractère de l’héroïne, une femme qui savait mener sa barque, à la fois authentique et rigoureuse, parfois cassante. C’est ainsi que dans la dernière phase de sa carrière, elle a créé des spectacles thématiques jumelant deux de ses passions, la chanson est le théâtre. Il n’y avait pas de modèle à suivre, mais le succès fut au rendez-vous.

Puis, ce fut le théâtre. Puis, la retraite à l’âge de 65 ans. Sa troisième passion, l’horticulture, a pris le pas sur les arts de la scène.

Maintenant âgée de 91 ans, Monique Leyrac réside toujours dans les Cantons de l’Est. Le corps s’est fragilisé, mais son esprit demeure alerte, ce qui lui a permis de se faire une opinion sur le livre.

«Elle l’a apprécié», résume François Dompierre, heureux d’avoir jeté un peu de lumière sur une femme qui, à sa manière, aura incarné le rêve québécois.