Yvon Dachille et Luc Beauchemin, de l'Ensemble Talisman, entourent le réalisateur de la websérie L'usine et ma vilaine mémoire de 9 ans, Philippe Belley. Ils étaient réunis récemment, en l'église Notre-Dame-de-Laterrière, afin de mettre en boîte des versions instrumentales de Mon village, la chanson de Paul Davis.

Mon village revit pour Philippe Belley

Le classique de Paul Davis, Mon village, a trouvé une nouvelle vie le 3 février, lors d'une séance d'enregistrement tenue en l'église Notre-Dame-de-Laterrière. Justifiée par la websérie L'usine et ma vilaine mémoire de 9 ans, elle a amené l'Ensemble Talisman, dirigé par Luc Beauchemin, à produire plusieurs versions qui seront utilisées par le réalisateur Philippe Belley.
Le directeur de l'Ensemble Talisman, Luc Beauchemin, prépare les musiciens en vue de l'enregistrement de la chanson Mon village, tenu en l'église Notre-Dame-de-Laterrière.
« J'ai créé un arrangement classique, en plus d'une déclinaison avec deux cors qui sera intégrée au générique. Il y a aussi une pièce que j'ai écrite pour un alto, quatre violoncelles et deux contrebasses. L'air sera moins facile à reconnaître, mais ça joue dans les mêmes tonalités », a décrit Luc Beauchemin au cours d'une entrevue accordée dans le choeur de l'église, juste avant l'arrivée de ses camarades.
Il l'admet d'emblée, Mon village ne constituait pas sa chanson préférée. À force de travailler dessus, cependant, en compagnie de son complice Yvon Dachille, le musicien a identifié des avenues intéressantes, y compris en studio où d'autres arrangements, très différents, ont vu le jour. « Ce sont des versions country et new wave, entre autres, où on entend l'alto, le violon et la guitare », précise le fondateur de l'Ensemble Talisman.
Les enregistrements réalisés à l'église Notre-Dame ont mobilisé 22 interprètes, dont un certain nombre qui étaient venus de l'extérieur de la région afin de participer à un concert de l'Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Jamais les effectifs de l'Ensemble Talisman n'ont été aussi imposants et pour faire d'une pierre, deux coups, cette formation a mis en boîte une deuxième composition qui figurera sur son prochain album, dont la sortie est prévue pour l'automne.
L'un des frères de Paul Davis, Denis Gagnon, a été témoin des nouvelles mutations de Mon village. Philippe Belley était présent, lui aussi, et il raconte que cette chanson est devenue le fil conducteur de sa websérie. « C'est une ''toune'' que j'ai toujours aimée. Elle est nostalgique et possiblement plus grande que ce qu'on soupçonne. Paul Davis l'a écrite alors qu'il vivait à l'extérieur de la région. Il jette un regard sur La Baie où filtrent plein de bons souvenirs », note le réalisateur.
Lui-même a vécu une expérience similaire récemment. Ses racines baieriveraines demeurent vivaces, en effet, même s'il est désormais installé à Chicoutimi. Le fait d'avoir mis une distance par rapport à son patelin, si minime soit-elle, a conféré à celui-ci une aura légèrement différente, un sentiment qui a nourri sa websérie. Tournée dans cette communauté, épousant la forme d'un documentaire, elle sera diffusée par la chaîne TV5 à compter du mois de mars.
Une websérie sur la disparition de son père
Philippe Belley est le premier étonné par l'ampleur qu'a pris la websérie L'usine et ma vilaine mémoire de 9 ans. À l'origine, ce documentaire que diffusera la chaîne TV5, à compter du mois de mars, devait comporter cinq épisodes d'une durée de cinq minutes chacun. Or, certaines émissions en font le double et ce, malgré le désir du réalisateur de ne montrer que les moments les plus percutants.
« Le tournage est presque fini et j'aurais suffisamment de matériel pour produire un long métrage. Il est donc possible que je rassemble tout ça à un moment donné », a-t-il avancé lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche. Le contenu comprend de nombreuses entrevues, ainsi que des films d'animation créés par Louis-Pierre Cossette et Anaë Bilodeau, de la boîte chicoutimienne Laps Images.
Rappelons que l'histoire racontée dans L'usine et ma vilaine mémoire de 9 ans est celle du père de Philippe Belley, qui travaillait à l'usine Consol de La Baie, plus spécifiquement à l'expédition. L'enfant de neuf ans, c'est le réalisateur lui-même, au moment où l'auteur de ses jours est disparu sans avertissement et surtout, sans laisser de traces. Personne ne l'a jamais revu, en effet, d'où l'aura de mystère qui, 26 ans plus tard, enveloppe toujours cette affaire.
« Mon père était parti à la suite d'une banale chicane avec ma mère, indique le réalisateur. J'étais le plus jeune de leurs trois enfants et longtemps, j'ai élaboré des scénarios pour comprendre ce qui était arrivé. Je m'étais dit, par exemple, qu'il s'était embarqué sur un navire, ce qu'aurait pu expliquer son poste à l'expédition. Aujourd'hui, toutefois, je crois que la véritable histoire est plus ''dull'' ». »
C'est par la grâce d'une rencontre fortuite, à l'occasion d'une partie de hockey, que la websérie a vu le jour. « Des anciens travailleurs de la Consol ont tracé un lien avec mon père après avoir vu son nom de famille, écrit dans mon dos. Ils ont été sidérés au moment où ils ont constaté que j'étais le fils à Michel. », rapporte Philippe Belley.
Les émissions témoigneront de sa quête personnelle, au fil d'une série d'entrevues pendant lesquelles ses interlocuteurs se sont exprimés spontanément. Rien de ce qu'on verra n'a été théatralisé, en effet, ce qui a conféré aux échanges un surcroît d'authenticité. « Au fond, ce fut davantage un voyage vers moi que vers mon père. J'ai appris des choses sur moi, sur lui, et après 26 ans, je trouve qu'il était opportun d'ouvrir le sujet, de faire craquer l'enveloppe », estime Philippe Belley.