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Mille et une couleurs pour la rentrée de La Peuplade
Arts et spectacles
Mille et une couleurs pour la rentrée de La Peuplade
Comment planifie-t-on une rentrée littéraire à La Peuplade? La réponse de la directrice littéraire Mylène Bouchard montre que cet exercice comporte une part de figures imposées, une part d’intentions clairement affirmées, de même qu’une part de hasard.
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Une rentrée littéraire variée, touffue, parfois dérangeante à La Peuplade

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Une rentrée littéraire variée, touffue, parfois dérangeante à La Peuplade

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
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Comment planifie-t-on une rentrée littéraire à La Peuplade? La réponse de la directrice littéraire Mylène Bouchard montre que cet exercice comporte une part de figures imposées, une part d’intentions clairement affirmées, de même qu’une part de hasard.

«Je me fie d’abord aux projets de nos auteurs, dont je suis le processus de création. En même temps, je dois tenir compte des traductions, savoir à quel moment elles seront prêtes. Et puis, il y a la notion d’équilibre. On doit faire de la place au roman, à la poésie et aux oeuvres inclassables», a-t-elle énoncé à l’occasion d’une entrevue accordée au Progrès.

La cuvée de cet hiver reflète ce désir d’offrir un contenu diversifié. Elle compte deux romans, un récit, un recueil de nouvelles, ainsi que deux ouvrages de poésie. Dans certains cas, il s’agit de premières oeuvres, alors que d’autres s’inscrivent dans une forme de continuité. Voici donc les titres en question, dans l’ordre de leur publication.

Directrice littéraire à La Peuplade, Mylène Bouchard se réjouit de la diversité qui caractérise les titres proposés dans les prochains mois.

Indice des feux
La première nouveauté offerte par La Peuplade sera Indice des feux, d’Antoine Desjardins. Disponible à compter du 21 janvier, ce livre consistant, ainsi qu’en témoignent ses 360 pages, renferme sept histoires mettant en scène des personnages différents, dans des lieux différents. Leur trait commun tient aux pertes découlant de la crise écologique.

«Le titre que nous avons donné à cette saison est La maison brûle, ce qui constitue un clin d’oeil à la militante Greta Thunberg. Elle s’ouvre avec ce livre engagé, écrit par un nouvel auteur. L’écologie est un thème qui revient fréquemment dans les manuscrits que nous recevons», fait observer Mylène Bouchard.

La mémoire est une corde de bois d’allumage
On connaît moins Benoit Pinette que Tire le coyote, mais c’est lui qui signe cet ouvrage de poésie dont la sortie est prévue pour le 4 février. Lui aussi publie pour la première fois, mais les personnes qui fréquentent ses albums savent qu’en matière d’écriture, cet homme n’a rien d’un manchot.

«Ce livre devait sortir l’automne dernier, mais nous avons préféré nous donner du temps pour le travailler davantage», précise Mylène Bouchard.

Pour l’anecdote, les allumettes figurant sur la couverture tracent un lien avec celle d’Indice des feux, qui représente un paysage brûlé par le soleil.

La fille du sculpteur
Les habitués de La Peuplade connaissent Tove Jansson, puisque la maison saguenéenne a publié Fair-play et Le livre d’un été, en 2019. Ces parutions à titre posthume – l’écrivaine est décédée en 2001, à l’âge de 86 ans – découlent d’une volonté de faire connaître son oeuvre, qui a eu trop peu d’écho au sein du monde francophone.

«Nous trouvions que ça méritait d’être mis en évidence, d’autant qu’elle est appréciée des lecteurs anglophones. Comme la succession nous a manifesté sa confiance, nous souhaitons présenter une grande partie de son travail. Ses livres figurent dans la série Fictions du Nord», raconte Mylène Bouchard.

C’est la première fois que La fille du sculpteur est traduit en français. Des extraits avaient été offerts dans cette langue, mais pas la version intégrale. Il s’agit d’une oeuvre de fiction inspirée de faits réels, puisque l’enfant qui s’exprime dans ces pages ressemble beaucoup à la dame qui lui a prêté vie.

«Ce n’est pas le titre le plus connu de Tove Jansson, mais c’est peut-être le meilleur. On suit les aventures d’une fillette à travers le regard qu’elle pose sur le va-et-vient des adultes. On s’imprègne de ce qui a pu se passer dans sa tête d’enfant, souligne Mylène Bouchard. Ce livre est à la fois léger et profond, alors que cette enfant arrive avec des réflexions hyper matures.»

La patience du lichen
Le 4 mars, Noémie Pomerleau-Cloutier invitera les lecteurs à l’accompagner au bout de la route 138. Fruit de plusieurs voyages en Basse-Côte-Nord, là où les seuls moyens de transport sont l’avion, l’hélicoptère et le Bella Desgagnés, cet ouvrage épousant une forme poétique donne la parole aux gens croisés par l’écrivaine. Il s’inscrit dans la foulée de Brasser le varech, sorti en 2017.

«C’est un projet d’une rare envergure, où chaque poème résulte d’une rencontre, décrit Mylène Bouchard. L’objectif consiste à mieux comprendre les personnes qui vivent là-bas, les enjeux auxquels elles sont confrontées, autant que leur rapport au territoire. Noémie est fascinée par sa terre natale. C’est aussi une grande médiatrice, une femme proche des gens.»

Lettre à Benjamin
Ce texte existe parce que le conjoint de Laurence Leduc-Primeau s’est enlevé la vie au début de 2020. Les gens qui le liront, à compter du 18 mars, reconnaîtront la souffrance de ceux qui restent, à travers ce témoignage écrit dans l’urgence. « Ça ne peut pas être plus confidentiel. C’est pour cette raison que nous n’avons pas touché au texte, à l’exception de quelques virgules », confie Mylène Bouchard.

Elle connaissait déjà l’auteure, puisqu’un premier titre, Zoologies, a été publié par La Peuplade en 2018. Cette fois-ci, cependant, le propos est différent, gravissime. «Il est question d’un sujet tabou, le suicide, et de la santé mentale, qui est si difficile à aborder. Laurence tenait à ce que ce texte paraisse parce qu’il va l’aider à passer à travers cette épreuve, affirme l’éditrice. Il est très délicat. Il faut le lire avec le coeur et l’émotion.»

Les collectionneurs d’images
Voici une rareté, toutes nations confondues. Un roman écrit dans la langue des îles Féroé, situées entre l’Angleterre et l’Islande. Mise en marché le 8 avril, cette oeuvre de Joanes Nielsen relate le destin de six garçons, de 1952 à aujourd’hui.

On en parle comme d’un chef-d’oeuvre, une fresque tragique dont la version française a été réalisée à partir d’une traduction en danois.

« On est dans la grande épopée, alors qu’on suit ces garçons, de l’enfance jusqu’à la mort. Joanes Nielsen est un auteur important, et ça nous motivait, l’idée de faire découvrir ce texte à la francophonie », explique Mylène Bouchard.

Une année record pour La Peuplade

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Une année record pour La Peuplade

Daniel Côté
Daniel Côté
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«Nous avons connu une année record en 2020», rapporte Mylène Bouchard, directrice littéraire à La Peuplade.

Le goût de la lecture s’est révélé plus fort que le coronavirus, plus fort, même, que la fermeture des librairies pendant plusieurs mois. Notez que celles-ci sont demeurées actives par le biais de leur service en ligne. De surcroît, les personnes qui souhaitaient acheter un ouvrage en papier ou en format électronique avaient l’option de se rendre à l’adresse leslibraires.ca.

Parmi les titres de La Peuplade qui ont trouvé leur public en 2020, mentionnons Le lièvre d’Amérique, de Mireille Gagné, ainsi que Ténèbre, de Paul Kawczak. Le fait que ce dernier soit demeuré à l’avant-plan est d’autant plus remarquable que sa publication remonte à 2019. Quant au format privilégié par les lecteurs, il ne change guère. C’est le papier, encore et toujours.

Même les gens qui commandaient en ligne lui ont accordé leur préférence dans une forte proportion. Ils voulaient du tangible, afin de découvrir d’autres visions du monde que celles que colportaient les bulletins de nouvelles. «L’électronique reste stable, mais c’est le papier qui se vend le plus, note Mylène Bouchard. La façon de lire n’a pas changé, ce que je trouve rassurant.»

Elle croit également que la lecture a profité des conditions particulières dans lesquelles une grande partie de l’humanité a été plongée. « À part aller dehors, les gens n’ont rien d’autre à faire, constate la directrice littéraire de La Peuplade. Lire, c’est l’une des seules activités culturelles qu’il nous reste, avec l’écoute de la musique. »

Les ventes sont vigoureuses, ce qui ne l’empêche pas de regretter l’éclipse en pointillé des librairies, ainsi que la disparition temporaire des lancements. « Ils nous manquent beaucoup, puisque ça donne l’occasion de revoir les auteurs. On a aussi perdu un gros morceau avec les salons. C’est plus difficile de faire de la promotion », énonce Mylène Bouchard.

Et puisqu’on a fait référence à la pandémie, est-ce un thème qui sera abondamment exploité dans les prochaines années? « C’est sûr qu’il y aura des livres là-dessus, peut-être dès l’automne prochain, mais moi, ça ne m’intéresse pas beaucoup, répond-elle. Je trouve qu’on manque de recul. » 

Benoit Pinette, au-delà de Tire le coyote

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Benoit Pinette, au-delà de Tire le coyote

Daniel Côté
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Mylène Bouchard ne regrettera jamais sa décision d’assister au spectacle de Tire le coyote, au Côté-Cour de Jonquière.

Ce soir-là, la directrice littéraire de La Peuplade a pu échanger avec le chanteur, dont la tournée arrivait sur les derniers milles. La pause qui se profilait dans son horizon immédiat lui permettrait-il d’écrire un premier livre? Ce projet flottait dans l’air, encore indéfini. Encore fallait-il se décider à plonger. «Il m’avait parlé de textes qui dormaient chez lui, de la possibilité de former un recueil. C’est à ce moment que j’ai commencé à le coacher, d’une certaine manière. Dans ses poèmes, on entend sa voix, on retrouve les sujets qu’il aime aborder. Des choses comme l’enfance, le temps, l’éternité », fait-elle remarquer.

Ce qui l’a impressionnée, entre autres, c’est la capacité de Benoit Pinette, l’homme derrière Tire le coyote, de gratter le bobo sans se soucier des conséquences. «C’est un auteur qui a le courage d’aller dans les zones sombres, douloureuses, avant de remonter vers quelque chose de lumineux», s’émerveille Mylène Bouchard.

En matière d’écriture, le rôle de l’éditrice fut d’inciter Benoit Pinette à « pousser plus loin les images, la réflexion ». Puis est venu le moment de construire le recueil intitulé La mémoire est une corde de bois d’allumage. «Créer des chansons, ce n’est pas comme organiser un livre, avance-t-elle. Dans ce cas-ci, on veut arriver à un crescendo.»

Leurs échanges ont donné naissance à une oeuvre qui totalise une centaine de pages, laquelle sera offerte au public dès le 4 février. Au-delà de la notoriété de son auteur, qui, forcément, rejaillit sur La Peuplade, ce que retient Mylène Bouchard de cette collaboration, c’est le plaisir qu’en retireront les lecteurs.

«Il s’agit d’un beau premier texte de poésie. Ce livre, c’est comme un bonbon», assure-t-elle. 

Le livre qui a failli s'appeler Solastalgie  

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Le livre qui a failli s'appeler Solastalgie  

Daniel Côté
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Un adolescent qui se meurt dans sa chambre d’hôpital, obsédé par le rehaussement des eaux. Un vieil homme qui craint plus que sa propre mort la disparition d’un orme centenaire. Deux frères jetant un regard différent sur la crise écologique, frôlant ainsi le point de rupture. Ce n’est pas tous les jours qu’on tombe sur un livre comme Indice des feux.

La décision de publier ce titre en premier, dans le cadre de la rentrée littéraire à La Peuplade, fait écho à l’originalité du projet mené par l’auteur Antoine Desjardins. Son pari consistait à raconter sept histoires mettant en scène des gens ordinaires auxquels il est facile de s’identifier, tout en insérant des événements symboliques de ce que vit la planète. « Nous avons failli appeler ce livre Solastalgie, un terme qui désigne la nostalgie des environnements disparus. Entre autres choses, il est question de la disparition des forêts, des populations d’oiseaux qui sont moins présentes qu’avant. Ces thèmes sont incarnés par différents personnages à travers leurs émotions, leurs angoisses », affirme Mylène Bouchard.

Le recours à de longues nouvelles pour exprimer ces préoccupations a attiré l’attention de la maison saguenéenne. La forme est originale, en effet, mais pas au point de reléguer dans l’ombre les qualités du texte. Même si le ton varie d’un personnage à l’autre, il colle étroitement à son âge, à son état d’esprit, à la situation avec laquelle il doit composer.

« Nous sommes vraiment contents de travailler avec cet auteur talentueux », résume Mylène Bouchard.