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Mike Paul vient de lancer <em>Ashitenau</em>, le second extrait de son troisième album qui se retrouvera sur les tablettes le 18 juin prochain.
Mike Paul vient de lancer <em>Ashitenau</em>, le second extrait de son troisième album qui se retrouvera sur les tablettes le 18 juin prochain.

Mike Paul fait entendre sa voix grâce à la musique

Anne-Marie Gravel
Anne-Marie Gravel
Le Quotidien
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Le dialogue ; voilà ce que Mike Paul estime nécessaire pour faire avancer les choses. Pour sa part, c’est par la musique qu’il fait entendre sa voix. Une voix qui, il l’espère, trouvera de plus en plus d’oreilles prêtes à l’écouter. Fidèle à ses convictions, l’auteur-compositeur-interprète innu proposera son troisième album en carrière, Ashuapmushuan, en juin. En attendant, il convie le public à découvrir Ashitenau, le second extrait de l’opus à paraître.

Mike Paul a parcouru du chemin avec ses mots et sa musique. L’Innu de Mashteuiatsh s’est rendu jusqu’en France. Ses réalisations ont été en nomination aux Canadian Folk Music Awards en 2020 et aux Indigenous Music Awards en 2019.

Ces reconnaissances ont contribué à lui permettre de bénéficier de l’apport financier du Conseil des arts du Canada pour une première fois en carrière pour son nouvel album. « C’est la première fois que je reçois de l’aide. Habituellement je produis tout moi-même », confie-t-il.

Ashuapmushuan, le premier extrait de l’album du même nom qui se retrouvera sur les tablettes le 18 juin a été lancé en mars dernier. L’accueil qui lui est réservé réjouit son auteur. « Ashuapmushuan fait bonne figure. Elle est en 30e position du décompte musical autochtone national et tourne sur une douzaine de stations de radio. »

L’artiste espère que le même sort sera réservé à Ashitenau (Soyons fiers), pièce lancée le 22 avril, jour de la Terre.

« C’est une chanson qui parle de la fierté de la culture autochtone et de l’importance de protéger l’eau », décrit-il.

Un vidéoclip a également été lancé. Des images ont été tournées par Santiago Bertolino, un réalisateur qui a notamment travaillé avec Natasha Kanapé Fontaine.

« Nous sommes allés à la marche sur la crise climatique à Montréal en mars. J’avais été invité et on en a profité pour tourner le vidéoclip dans le respect des règles sanitaires. »

On peut y voir Mike Paul avec une affiche contre le projet GNL. Son message est clair, mais l’artiste tient à se faire entendre dans le respect.

« C’est important dans notre société qu’on puisse exprimer nos idées dans le respect, sans tomber dans les guerres. Je suis capable de parler avec des gens favorables à GNL de façon diplomatique et dans le respect. Je veux exprimer notre point de vue dans le respect. C’est important d’entendre la voix autochtone. »

Pour une première fois en 26 ans de carrière, Mike Paul a atteint la 30e position du décompte musical autochtone national avec sa chanson <em>Ashuapmushuan</em>.

Un album fidèle aux origines

La relation avec l’eau, le territoire, les animaux, mais aussi l’amour, figurent au nombre des sujets abordés dans l’album qui sortira dans quelques semaines.

« En tant qu’Autochtone, on a une relation spéciale avec le territoire, notre langue, notre culture, ça fait partie de notre identité et ça se retrouve dans chaque chanson. »

L’artiste s’est entouré de la même équipe que pour son précédent album, Origine, notamment des musiciens du Lac-Saint-Jean Frédéric Désautels (guitare), Jean-Pierre Boutin (basse), Jean-Claude Tremblay (batterie) et Hugo St-Laurent (clavier). La réalisation a été confiée à Francis Perron, qui a notamment travaillé avec Voivod.

Cette fois, des voix féminines autochtones ont été ajoutées grâce à la collaboration de Valérie Hamelin et de la Wendat Andrée Lévesque-Sioui, qui proposent des harmonies.

Pour que ses messages se rendent jusqu’au public, Mike Paul chante en innu, mais aussi en français et en anglais. Il espère ainsi voir son public s’élargir.

« Ç’a toujours été dans mes volontés de faire passer nos messages. C’est aussi important de mettre notre langue de l’avant pour la promouvoir. Et le français est important pour que les gens comprennent. »

Les paroles des chansons de l’auteur-compositeur sont d’ailleurs disponibles et traduites sur YouTube. Il a travaillé avec la poétesse Joséphine Bacon pour la traduction des paroles. « C’est une inspiration pour moi. »

Le défi d’être entendu 

Être entendu constitue un défi de taille pour l’artiste autochtone. « Après 26 années dans le milieu, c’est la première fois que j’apparais dans un décompte national », témoigne l’auteur d’Ashuapmushuan.

L’artiste estime qu’il est plus facile de se faire entendre ailleurs au Canada qu’au Québec. « Au Québec, notre musique est catégorisée dans la musique du monde. C’est difficile de passer dans les radios québécoises. On essaie de faire diffuser nos chansons, mais il n’y a pas beaucoup de place pour les indépendants, encore moins pour les Autochtones. Nos chansons passent aux États-Unis et dans l’Ouest canadien, même si elles sont en français, mais on a de la difficulté à les placer au Québec. On fait partie de l’apport culturel au Québec. On est une culture distincte qui fait partie du territoire. Il faut qu’on soit diffusé dans les radios. »

Malgré tout, l’artiste estime que les choses s’améliorent. « On peut avancer, les choses peuvent s’améliorer. Je crois que ça ferait grandir beaucoup de gens que notre musique soit diffusée. On a commencé à l’entendre, avec Florent Vollant et Elisapie Isaac par exemple. On commence à avoir une tribune et c’est un bon pas. »

La création du Félix de l’Artiste autochtone de l’année en 2019 est aussi source d’espoir. Tout comme le succès du livre Kukum de Michel Jean.

« C’est l’fun de voir comment ça avance. »