PHOTO DE LA PAGE POSTER: Fred Fortin vient de sortir son sixième album solo, Microdose, dont plusieurs chansons ont vu le jour à son chalet du Lac-Saint-Jean. Le voici prêt à reprendre la route afin de leur prêter vie, tantôt seul, tantôt avec son camarade Olivier Langevin.

Microdose: l’album que Fred Fortin n'attendait pas

Les gens de Grosse Boîte parlent d’un album surprise et le plus drôle, c’est que les fans ne sont pas les seuls à s’étonner de l’existence de Microdose. Celui qui l’a créé, Fred Fortin, aurait affiché la même incrédulité si on lui avait dit que le successeur d’Ultramarr sortirait cette semaine. Quand il s’est enfermé dans son chalet en avril 2018, en effet, ses ambitions étaient plus modestes.

« Je voulais avoir du nouveau matériel à jouer en solo, pour changer les choses. Je pensais faire un EP, même si je ne suis pas fou de ça, sauf que j’ai écrit quatre tounes en huit jours. Ça ne m’était jamais arrivé de produire autant, aussi vite. C’est pour cette raison que cet album, je ne l’ai jamais vu venir », a raconté le Jeannois mardi, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Il ajoute que le fait de travailler aussi rapidement a donné une cohérence au projet, ce qui ne l’empêche pas de souligner le caractère hybride de cet enregistrement. Certaines compositions sont manifestement adaptées au concept d’homme-orchestre, alors que d’autres, sur lesquelles sont réunis différents collaborateurs, dont François Lafontaine (synthétiseurs) et son vieux complice Olivier Langevin à la guitare, conviennent davantage à un groupe.

La naissance de l’album Microdose a découlé d’une session de travail plus productive que prévu, raconte Fred Fortin. Il avait anticipé la sortie d’un EP, alors qu’une douzaine de pièces ont été mises en marché vendredi, par le truchement de Grosse Boîte.

À cet égard, la lourdeur de titres comme Cuite, Cracher en l’air et Zé ro-trois-quart rappelle l’existence en pointillé de Gros Mené. Ils auraient convenu à cette formation qui, à la manière du monstre du Loch Ness, ressurgit au moment où on ne l’attendait plus. Le projet solo est toutefois demeuré sur les rails, nourri par d’autres sources improbables, l’une d’elles étant Diane Tell.

Toujours en avril 2018, Fred Fortin a réalisé ce qui sera le prochain disque de la chanteuse, en plus de signer trois titres. Il venait de mettre le point final à cette collaboration au moment de se diriger vers son chalet. « Électricité, c’était pour elle, mais Olivier a dit que je devais moi-même faire cette composition, relate le Jeannois. Il y a aussi une pièce qui figurera sur son album, en même temps que sur le mien, avec des titres différents. » Ses fans la reconnaîtront en octobre, lorsque sa consoeur lancera Haïkus.

Autre expérience qui s’est révélée concluante, la chanson Microdose rappelle à quel point Fred Fortin manie bien l’ironie. Cette fois, il a tourné son attention vers les hippies californiens, brossant d’eux un portrait dont le ton est contenu dans cette phrase : « Les vapeurs fermentent dans leur cerveau ». La musique est à l’avenant, toute douce, un brin « space ».

« Joe Grass joue de la guitare là-dessus et il m’a convaincu que pour être dans le ton, ça prenait de la flûte. On a donc invité Eric Hove à travailler sur cet enregistrement et tout de suite, il a embarqué, se réjouit le Jeannois. Je suis content du résultat, parce que c’est le genre de décor que je n’avais pas encore exploité. Une « track » latine, un peu hippie. »

L’ironie, c’est aussi ce qu’on remarque sur Wendy, hommage posthume à sa chienne, et sur une pièce qui devrait marcher fort en spectacle. Elle a pour titre Redneck et rameute les clichés qu’on accole à ceux qui portent fièrement cette étiquette. « C’est un pastiche, la chanson redneck par excellence, dans le genre Sweet Home Alabama », résume Fred Fortin d’un ton enjoué.

+ UNE AUTRE POCHETTE SIGNÉE MARTIN BUREAU

Si un musée québécois en exprimait le désir, il pourrait monter une exposition consacrée aux tableaux de Martin Bureau figurant sur les albums de Fred Fortin. Amorcée avec Le plancher des vaches, en 2000, la collaboration entre ces artistes originaires du Lac-Saint-Jean fournirait suffisamment de matériel pour remplir une salle ou deux.

« Le problème est que certaines pièces sont rendues loin », mentionne le chanteur, faisant écho à la notoriété dont jouit son ami, laquelle déborde des frontières du pays. Lui-même possède l’oeuvre associée au Plancher des vaches et celle qu’on retrouve sur le plus récent enregistrement de Gros Mené, Agnus Dei. Il resterait à dénicher les toiles associées à Planter le décor, Plastrer la lune, Ultramarr et Microdose, le plus récent opus, afin de compléter le portrait.

« Moi et Martin, nous sommes amis depuis l’époque où nous avions 15 ou 16 ans. Il venait de Saint-Félicien, moi de Saint-Prime. Nous avons fait nos premières folies ensemble », se souvient Fred Fortin. Pour les albums, il lui est arrivé de prendre une toile existante, allant jusqu’à donner son titre à l’enregistrement. C’est le cas de Planter le décor. À d’autres moments, le peintre a produit des images après avoir écouté les chansons.

« Même si Martin a une approche plus intellectuelle que moi, je trouve qu’il y a un parallèle dans le propos, à travers la musique ou les arts plastiques », énonce le chanteur. Lui qui laisse une grande marge de manoeuvre à son ami a également le plaisir de découvrir ce que celui-ci a imaginé, que ce soit pour le CD ou, plus récemment, pour les versions vinyles d’Ultramarr et Agnus Dei.

S’agissant du dernier-né, les fans de Pink Floyd lui trouveront une parenté avec la pochette de Wish You Were Here, ce qui ne tient pas du hasard. « Cette fois, Martin est arrivé avec une proposition. Il a pensé à Wish You Were Here, sauf que c’est devenu un chien qui serre la main d’un homme en feu. Ça fait aussi référence à ma chienne Wendy, morte d’un cancer l’an passé. Ce tableau, je l’adore », raconte Fred Fortin.