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Une première image, gardienne des témoignages, laisse entrevoir l’histoire des gens qui ont habité à Bienheureuse-Jeanne-d’Arc.
Une première image, gardienne des témoignages, laisse entrevoir l’histoire des gens qui ont habité à Bienheureuse-Jeanne-d’Arc.

Micro-résidences chez Langage Plus: restituer la mémoire d’un village disparu

Ariane Gobeil
Ariane Gobeil
Le Quotidien
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Simon Émond entre en dialogue avec la communauté disparue de Bienheureuse-Jeanne-d’Arc, dans le cadre du projet Interactions décalées-Micro-résidences à relais qui prend place dans l’espace vitrine de Langage Plus, en plein cœur du centre-ville d’Alma. Cette exposition, qui a débuté le 1er février, est une forme de dialogue interposé entre trois artistes qui se succèdent dans cet espace de création.

Chaque artiste investit l’espace une semaine durant et le transforme au gré de son inspiration, avant de le léguer au suivant. Chaque micro-résidence est suivie d’une semaine d’exposition avant l’intervention du prochain artiste, ce qui permet aux passants de la regarder lorsqu’ils marchent sur la rue Collard.

Pour Simon Émond, autodidacte œuvrant en photographie contemporaine depuis maintenant trois ans, cette exposition collaborative à Langage Plus relève d’une grande importance. Cette expérience de création, qui avait lieu du 15 au 20 février, constitue une étape clé dans son cheminement puisqu’il s’agissait de sa toute première résidence.

« C’est vraiment important dans mon parcours. Puisque je suis autodidacte, ça m’a demandé une certaine stratégie pour être vu, pour être reconnu. Et là, ça porte ses fruits, avec cette résidence et aussi celle au Centre SAGAMIE à venir en 2021. »

Originaire d’Hébertville et établi à Métabetchouan–Lac-à-la-Croix, l’ancrage territorial de l’artiste et sa cohabitation avec le Lac-Saint-Jean, nourrit fortement son processus de création.

Simon Émond, en résidence à Langage Plus pour le projet Interactions décalées, propose de restituer la mémoire d’un village disparu du Lac-Saint-Jean.

« Je désire continuer à faire ma pratique artistique en région. J’ai besoin de notre lac, de notre territoire, pour pouvoir réfléchir à ce dont j’ai envie de faire au niveau de la photographie. Le lac me permet de ne pas me sentir contraint par un espace. »

Simon Émond apprécie les échanges décalés entre les artistes ainsi que l’urgence de créer que rend possibles ce projet. « J’aime ça me faire challenger par les autres, j’ai besoin d’un cercle d’échanges à la création. C’est super intéressant de faire la lecture du travail de l’autre et de venir teinter le sien dans une espèce de rapidité, d’urgence de création parce qu’on a seulement une semaine. »

Son travail fait écho à celui de Boris Dumesnil-Poulin, en résidence du 1er au 7 février, qui avait installé une télévision avec des capteurs sur la fenêtre, avec différents phénomènes météorologiques (des éclairs, du vent, une inondation) qui permettent de changer le climat apparaissant sur l’écran.

À partir de cette œuvre, Simon Émond entame un véritable projet de mémoire du village disparu de Bienheureuse-Jeanne-d’Arc. Cet ancien village, autrefois localisé sur l’actuelle Pointe-Taillon, a été inondé à la suite de l’érection du barrage de la Grande Décharge en 1926.

« Vu que Boris nous propose d’avoir le contrôle sur la météo, j’ai eu envie de faire s’abattre une sécheresse sur le Lac-Saint-Jean, pour que les eaux s’évaporent et pour libérer les paroles des personnes qui ont habité à Bienheureuse-Jeanne-d’Arc, pour réactiver un dialogue avec la communauté sur ce qui s’est passé à cette époque. »

Cette exposition est le point de départ d’un autre projet photographique qui sera présenté au parc national de la Pointe-Taillon en 2022.

Afin de donner la parole aux gens ayant habité Bienheureuse-Jeanne-d’Arc et d’amorcer la discussion avec le public, l’artiste a d’abord collé, dans la fenêtre, des citations des anciens habitants du village, qui ont aussi été partagées sur les médias sociaux. Si les passants de la rue Collard ont été plutôt discrets, plusieurs personnes ont réagi aux publications sur Facebook et Instagram.

L’artiste a finalement apposé une première image, produite lors d’une balade en raquettes avec l’auteur en résidence Charles Sagalane qui contribue également à l’œuvre collective en y apportant une note littéraire. Sur cette image, un trou laisse l’observateur entrevoir une autre image en arrière-plan, qui fait écho à la première. Il s’agit d’une image réalisée par Simon Émond l’été dernier, pendant que l’artiste effectuait des recherches sur Bienheureuse-Jeanne-d’Arc.

« C’est comme si la première image était une façade, une gardienne des témoignages, des paroles des gens de Bienheureuse. Quand tu regardes par le trou, tu découvres qu’il y a une histoire qui est forte, sur la Pointe-Taillon, et qui commence à émerger avec mon travail artistique. »

Pour l’artiste, faire émerger ces paroles marque le début d’une prochaine exposition in situ qui prendra place en 2022 dans le parc national de la Pointe-Taillon et mettra en valeur cet ancien village du Lac-Saint-Jean. Pour préparer cette exposition, Simon compte poursuivre son travail de recherche et souhaite récolter des témoignages, dont celui de Jean Noël, âgé de 95 ans, originaire de ce village disparu.

Le projet Interactions décalées-Micro-résidences à relais prendra fin le 13 mars 2021. D’ici là, il est possible de visiter l’espace vitrine de Langage Plus, situé sur la rue Collard, à Alma. Le travail de Simon Émond y est exposé pendant une semaine avant l’intervention du prochain artiste en résidence du 1er au 6 mars. Reste à voir si la prochaine personne en résidence osera remanier complètement les créations précédentes.

En regardant dans le trou d’une première image, on entrevoit une autre image en arrière-plan, réalisée l’été dernier au cours des recherches de l’artiste sur Bienheureuse-Jeanne-d’Arc.

« J’ai vraiment hâte de voir s’il aura l’audace de tout remanier. Moi je n’ai pas osé toucher au travail de Boris. Il y a toujours un respect, alors qu’on sait qu’on a carte blanche. Si j’avais eu plus de temps, j’aurais sûrement davantage pris de risque. Si la prochaine personne va là, dans le remaniement de ce qu’on a fait, moi je lui lève mon chapeau », évoque Simon Émond.