Michèle Richard et Gilles Girard continuent de surfer sur la vague rétro.

Michèle Richard et Gilles Girard unis par l’amour du rétro

Ils ont fait leurs débuts au temps du radio transistor et de la télévision à lampes. Gilles Girard admirait les groupes vocaux des années 1950, The Platters trônant au sommet de son panthéon personnel. Quant à Michèle Richard, son apprentissage de la scène remontait à l’enfance. Elle y rejoignait son père, Ti-Blanc, dont le violon a résonné dans tous les villes et villages du Québec. Comme son camarade, toutefois, c’est au temps du yéyé que sa carrière a vraiment commencé.

Puisque le 45 tours était le moteur de l’industrie du disque, il fallait constamment nourrir la machine, produire de nouvelles choses qui justifieraient une participation à l’émission phare des années 1960, Jeunesse d’aujourd’hui. Pour Gilles Girard, l’heure de vérité est survenue en 1964 lorsque son groupe, Les Classels, a sorti la chanson Avant de te dire adieu.

« Nous sommes arrivés en même temps que les Beatles. Pour un disque qu’ils vendaient, on en écoulait quatre. Bien sûr, c’était au Québec », a-t-il raconté, il y a quelques jours, à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès. De passage à Chicoutimi pour faire la promotion du spectacle La Tournée des idoles, présenté le 25 mai au Centre Vidéotron de Québec – il y aura des représentations à 13 h 30 et à 19 h 30 –, lui et Michèle Richard étaient heureux de revisiter leur lointaine jeunesse.

« Avant nous, il n’y avait pas de groupes au Québec, rappelle le chanteur. Notre force, c’était les harmonies vocales et contrairement aux autres, nous présentions des compositions originales. Le sentier de neige, par exemple, a été écrit par Lucien Brien, qui était discothécaire à CKAC. »

« C’est aussi lui qui a créé Je suis libre, a précisé Michèle Richard. C’est l’un de mes succès préférés. Je trouve qu’à 72 ans, cette pièce colle encore mieux à ma réalité. »

L’ère du 45 tours

Pendant que Les Classels squattaient la cime du palmarès avec leurs ballades, Michèle Richard est devenue l’incarnation de la jeune fille moderne grâce à des titres comme La plus belle pour aller danser, Les boîtes à gogo, Quand le film est triste et plein d’autres chansons enregistrées, le plus souvent, à la suggestion du producteur Denis Pantis. Ce nom n’a guère de résonnance aujourd’hui, mais il a pesé lourd dans l’écosystème naissant du show-business québécois.

« Il avait du flair pour savoir ce qui allait devenir un succès », fait observer Michèle Richard.

Elle lui faisait confiance, même quand la composition ne lui plaisait guère, ce qui est arrivé en maintes occasions.

Parfois, on la comprend. Juste le titre de l’un de ces enregistrements, Les hommes, non, non, non, laisse entrevoir son côté éminemment périssable, en dépit d’un séjour de neuf semaines au sommet du palmarès.

Le blocage vis-à-vis la chanson Les boîtes à gogo, en revanche, est plus difficile à comprendre. « Celle-là, je l’ai tellement haïe, insiste l’interprète. Le problème avait commencé en studio. Je trouvais que la bande sonore était trop haute. »

Rien n’est éternel, cependant. La vague yéyé s’est tranquillement résorbée au début des années 1970. Même les bonnes chansons tombaient dans le beurre.

« Le groupe s’est séparé en 1971 », souligne Gilles Girard, qui a continué en solo, envers et contre tout. De son point de vue, le pire creux de vague est survenu à l’ère du disco, alors que sa consoeur identifie un phénomène différent, plus spécifique au Québec.

« Quand les auteurs de chansons sont arrivés en force, des gens comme Ferland, comme Charlebois, c’est devenu difficile. Ce que je proposais s’apparentait davantage au showbizz américain, à ce que faisait une femme comme Cher », énonce-t-elle. S’ils sont toujours présents, c’est en raison de la vigueur persistante de la scène rétro.

Il y a les grandes messes comme celles du Centre Vidéotron, mais aussi d’innombrables rendez-vous dans de petites salles, voire à des noces.

« Pour continuer comme nous le faisons, il faut avoir la passion de ce métier, en même temps que le respect du public. C’est ce qui nous a gardés là », résume Michèle Richard.

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UN SPECTACLE QUI AURA DES AIRS DE CONVENTUM

La liste des artistes qui participeront à La Tournée des idoles, le 25 mai, est aussi longue que leurs états de service. Ce jour-là, le Centre Vidéotron de Québec verra défiler Gérard Lenorman, Sheila, Plastic Bertrand, Enrico Macias et Claude Barzotti, ainsi que des gloires locales telles Claude Valade, Michel Stax, Patsy Gallant, Pière Sénécal, Michèle Richard et des représentants des Gendarmes, des Hou-Lops, des Bel Airs, des Bel Canto, des Classels et des Lutins, entre autres formations.

Les groupes, justement, feront l’objet d’un segment distinct. Pour appuyer les chanteurs, des musiciens ayant fait partie des Jaguars, de César et les Romains, des Artistos, des Sultans seront mobilisés au cours des représentations données à 13h 30 et 19h 30. «Ce qui est exceptionnel dans le cas de Gilles, c’est le fait qu’il chante dans la même tonalité qu’à ses débuts. Il est pourtant âgé de 77 ans», s’émerveille Michèle Richard.

Le principal intéressé n’a rien fait de particulier pour obtenir ce résultat, qu’il assimile à un don. À Québec, il jouira d’une plage de 10 à 15 minutes pendant laquelle on se remémorera les succès des Classels, mais aussi d’un groupe qui est resté mythique au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les Gendarmes. «À la suite du décès de Guy Harvey, son fils Pierre a pris la relève et il a la même voix», note Gilles Girard.

Lui et sa consoeur ont hâte de se produire au Centre Vidéotron et même s’ils ont été confrontés à de grosses foules dans le passé, cette première incursion, devant 15 000 fans, leur donne des papillons dans l’estomac. «Ce n’est pas tous les jours qu’on chante devant autant de monde. L’énergie des gens, leur passion, ça te donne une méchante poussée à ton arrivée sur la scène. Tu fais quasiment un pas de recul», analyse Michèle Richard.

Si les artistes européens l’indiffèrent, elle sera heureuse de revoir les vieux camarades du temps de Jeunesse d’aujourd’hui. Ils forment une communauté tricotée serrée, du fait des expériences vécues dans les années 1960 et 1970. Or, c’est seulement lors d’événements comme La Tournée des idoles qu’ils ont la chance de se revoir. «Ça me fait plaisir de retourner à Québec. C’est sûr que dans les coulisses, on va faire le party», anticipe la chanteuse.