Le photographe Michel Huneault a visité le chemin Roxham pendant six mois. Il a été témoin de plus de 180 interceptions de demandeurs d’asile par des agents de la Gendarmerie royale du Canada.

Michel Huneault explore la frontière entre l’image et le son

Le photographe Michel Huneault s’est rendu, chaque semaine, entre les mois de février et août 2017 sur le chemin Roxham à Saint-Bernard-de-Lacolle en Montérégie. L’artiste y a capté pendant de longues journées et même pendant la nuit les images et les sons entourant les tentatives de traversée de la frontière des demandeurs d’asile.

Jusqu’au 9 septembre, la Bibliothèque d’Alma accueille 16 photographies et une boucle sonore de 12 minutes du projet présentant ces parents et enfants provenant d’une vingtaine de pays qui tentent de traverser ce qui est devenu le point d’entrée irrégulière le plus emprunté au pays.

En l’espace de 16 jours de travail, Michel Huneault a assisté à plus de 180 interceptions faites par des agents de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) aux abords de la frontière.

« À la première visite, j’ai été assez frappé. Je voulais savoir comment ça allait évoluer au fil des semaines et des saisons. Est-ce que les gens allaient arriver plus préparés ? Est-ce que les agents de la GRC allaient modifier leur discours ? Est-ce que le paysage allait être modifié également ? », a confié au Progrès, Michel Huneault.

Dès le début de son projet, celui qui est interpellé par des thèmes tels que la migration, le développement, le post-catastrophe et la réhabilitation, savait qu’il ne dévoilerait pas l’identité des demandeurs d’asile. Plusieurs tentatives ont été faites par l’artiste avant qu’il obtienne le résultat escompté.

L’exposition permet de revivre la traversée de la frontière par des dizaines de demandeurs d’asile.

L’identité de ces personnes est cachée grâce à un travail esthétique accrocheur. Les silhouettes des demandeurs d’asile sont composées de divers tissus. Il s’agit là de la rencontre entre l’actuel projet du photographe documentaire et une série de photographies prise en Europe lors de la crise migratoire de 2015.

« Cela cache leur identité. Cela cache même les préjugés. On ne voit pas la couleur de leur peau ni leurs vêtements. On ne sait pas qui est derrière. Et ça lie les deux mouvements qui sont intimement liés », a souligné M. Huneault.

Les photos prises dans ce chemin qui relie les États-Unis au Canada laissent voir les agents de la Gendarmerie royale du Canada, la silhouette des demandeurs d’asile et le résumé de leur vie qui se retrouve dans bien peu de valises.

L’identité des demandeurs d’asile est cachée grâce à un travail esthétique accrocheur. Les silhouettes sont composées de divers tissus, tirés d’une série de photographies prises en Europe lors de la crise migratoire de 2015.

Le caractère fixe de la photographie et l’anonymat des personnes concernées n’empêchent en rien de ressentir la détresse et l’ultime tentative de ces demandeurs d’asile interceptés par les agents.

Les clichés démontrent diverses scènes dont celle d’un homme tâté par un agent de la GRC, d’un enfant soulevé par un autre agent et d’un parent accroché à une poussette. Ces personnes tentent de faire la traversée seules ou en famille.

La bande sonore permet d’entendre les échanges entre les demandeurs d’asile et les agents de la Gendarmerie royale du Canada. Les émotions s’ajoutent au dialogue parfois incertain causé par la barrière de la langue.

« C’est très intense. C’est un moment où la vie bascule. Ce sont des moments très intimes. On ne peut rien faire » a exprimé celui qui a oeuvré, par le passé, dans le développement international et humanitaire pendant une décennie.

La Bibliothèque d’Alma accueille une quinzaine de photos ainsi qu’une bande sonore.

Projet de livre

Le projet Roxham de Michel Huneault se décline en une exposition d’images et de sons et en un projet de réalité virtuelle accessible via le site Internet de l’Office national du film du Canada. L’artiste qui en est à l’origine consacrera les prochains mois à faire de Roxham, un livre. D’ici là, l’exposition est présentée à la bibliothèque d’Alma jusqu’au 9 septembre.