Michel Cusson prend plaisir à monter sur les planches pour présenter son travail. Celui qui a l'habitude de composer seul en studio aime échanger avec le public. Il sera en prestation mardi soir, à 20 h, à l'Hôtel Chicoutimi, dans le cadre du Festival jazz et blues de Saguenay.

Michel Cusson: improvisation sur une vie jetée à la mer

Un matin, en marchant sur une plage de la côte Est des États-Unis, Michel Cusson a été témoin d'un geste qui allait donner un souffle nouveau à sa création. Une femme en crise jetait ses albums de famille à la mer. Il a ramassé les photos, se disant qu'elle reviendrait peut-être. Puis comme il n'en fut rien, les ramena chez lui. C'était sa bouteille à la mer, lui qui cherchait depuis des années déjà une idée qui lui permettrait d'allier son côté compositeur et son côté improvisateur.
Michel Cusson s'est inspiré de photos lancées à la mer par une femme en crise afin de créer des pièces à partir d'éléments marquants de sa propre vie.
Michel Cusson a l'habitude de travailler à partir d'images. Il met en musique les scènes de nombreux films et séries télévisées depuis des années. Au cours des dernières semaines, il a notamment travaillé sur la nouvelle série Cheval-Serpent, la cinquième saison d'Unité 9, Sur-Vie, la série documentaire Opération Police et le dernier film de Léa Pool, Et au pire, on se mariera. Plus de deux semaines complètes seraient nécessaires pour écouter les minutes de musique qu'il a composées et qu'on a pu entendre au petit et au grand écran.
Depuis longtemps, il rêvait donc d'incorporer une histoire à sa propre musique. Après avoir laissé les photos récupérées de côté pendant trois ans, il les a ressorties, 
« La femme a jeté son passé à la mer. Si elle avait voulu l'effacer, elle l'aurait brûlé. C'est symbolique, mystérieux. Avec l'eau et le sable, les photos se sont transformées en tableaux. J'ai refait une oeuvre avec tout ça. J'ai bâti des bouts de films. Je compose souvent en m'arrêtant sur une image d'un film ou d'un épisode d'une série. Un mot clé sort de l'image. C'est ce qui m'inspire. C'est ce que j'ai fait avec ces photos, puis j'ai composé en pensant à des points marquants de ma propre vie », raconte-t-il. 
Le disque Michel Cusson solo est né de la démarche. Les pièces qui y figurent sont entièrement composées de guitares. « J'emploie tous les procédés que je peux pour les faire sonner différemment. Ça crée une palette de sons incroyable. »
L'album est sorti il y a un plus d'un an. Depuis, il a présenté son spectacle à une quarantaine d'occasions. « Le spectacle va super bien. La réaction est super bonne. Je propose quelque chose de différent qui évolue au fil du temps. »
en solo
Mardi soir, 20 h, le public du Festival jazz et blues de Saguenay pourra découvrir le résultat sur la scène de l'Hôtel Chicoutimi. Après avoir songé à s'entourer d'autres musiciens, il a opté pour une formule solo. « Je n'ai jamais fait ça », explique-t-il simplement. « J'avais le goût de créer quelque chose de nouveau. »
Sur scène, il présente les pièces de l'album dans un ordre préétabli, mais improvise quant à leur durée. Il se laisse inspirer par son propre état d'esprit et le public. Des projections accompagnent également les notes. Michel Cusson met aussi en scène chacune des pièces. « Ce n'est pas un spectacle d'images. Les projections derrière moi, il faut les voir comme une orchestration. Ça reste assez simple. C'est comme si je présentais des bouts de films, mais je change un peu le montage. Je me sers aussi de ces outils pour improviser. Ç'a m'a pris presque neuf ans avant de trouver cette idée. »
Celui qui passe beaucoup de temps seul en studio apprécie le contact avec le public. « J'aime être dans cet état d'être, interagir avec les gens. Sentir le "feedback" direct, c'est vraiment agréable. »
Michel Cusson assure que le public apprécie l'expérience. « Les gens sont émus. Je pense que le résultat n'est pas banal. Une image vaut peut-être mille mots, mais une note sur une image en vaut 10 000. »