Matiu chante des pièces engagées. Il veut se rendre dans les oreilles des jeunes autochtones.

Matiu et son folk bipolaire

« Sur la Côte-Nord, on est déconnectés des réseaux, mais on se sent plus connectés sur la nature. » C’est en ces termes que Matiu, un jeune artiste issu des Premières Nations, qui sera en spectacle dimanche à Chicoutimi, parle avec fierté du coin de pays et des gens qui l’inspirent dans sa création.

Matiu, un auteur-compositeur-interprète, est venu à la musique et à la création sur le tard. Le jeune homme, menuisier de métier, a commencé à jouer de la guitare alors qu’il était au cégep. Il s’est mis à la composition après avoir visionné un documentaire sur la vie de Sitting Bull, un des derniers chefs autochtones américains. Ce film lui a donné envie de s’exprimer.

« À la fin, il y avait comme une rage à l’intérieur de moi. J’étais crinqué. Au lieu de mettre la ville en feu, ben, j’ai écrit une toune. » Cette chanson Indian Time, lui vaudra des encouragements de plusieurs personnes et l’amènera à se consacrer plus sérieusement à sa carrière de musicien.

En entrevue, il décrit ses compositions avec humour. « Avant, quand il fallait absolument que je me trouve un style – on ne peut plus appeler ça juste du folk –, j’aimais bien ça appeler ça du folk bipolaire. J’appelle ma musique comme ça, parce que ça peut être très festif ; parfois, très conscient ; d’autres fois, plus posé. Ça passe d’un extrême à l’autre », explique-t-il, avant d’ajouter que ce terme lui donne la liberté de faire tout ce qu’il veut.

Matiu sera en spectacle dimanche, dans le cadre du Festival internation des Rythmes du Monde

Musique engagée
Matiu parle dans ses compositions de ce qui l’entoure, à Mani-utenam. « Je parle de la réalité autochtone, de la recherche identitaire de jeunes Innus, qui se situent entre la réserve, la ville pis vouloir se retrouver dans leur milieu traditionnel. Le monde est très sensible à la cause autochtone ces temps-ci, avec tout ce qu’on voit dans les médias. On est plus présents qu’avant », explique-t-il. Cette nouvelle sensibilité lui permet de se faire connaître du grand public.

S’il ne met pas tous ses oeufs dans le panier de la musique, il espère tout de même faire une différence. « J’aimerais ça me rendre dans les oreilles des jeunes autochtones qui se cherchent. Je ne veux pas être un modèle, mais je veux leur montrer que même si on vient d’une petite communauté, comme Mani-utenam, on peut se permettre de voir grand », raconte Matiu.

Encore en début de sa carrière, Matiu s’est déjà produit dans le cadre des Francofolies de Montréal, du Festival d’été de Québec, du Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda et à l’émission Belle et Bum.

Rythmes du monde
Matiu, qui se donnera en spectacle à Saguenay pour la première fois dans le cadre du Festival international des Rythmes du Monde, viendra défendre ses compositions originales avec son band. La seule reprise qui se retrouve dans son répertoire est une chanson de Richard Desjardins, Le bon gars, qu’il a endisqué dans album hommage au chanteur abitibien. « Le monde aime bien ça quand je fais ça », affirme Matiu.

Le chanteur lancera un premier album complet de pièce originale cet automne. Il a déjà lancé un EP de cinq pièces.